Par Stéphane Argentin - publié le 14 juin 2004 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h07 - 53 commentaire(s)
Une disparition mystérieuse ?
Incroyable mais vrai, la censure frappe encore nos séries TV en 2004. La dernière victime en date de ces ciseaux séculaires : la deuxième saison de la série 24 (également connue en France sous le titre 24 heures chrono) dont la diffusion télé a démarré ce samedi 12 juin 2004.

Alors que débute cette seconde journée de la vie de Jack Bauer et qu'apparaissent les deux écriteaux : "Ces évènements se déroulent entre 8:00 et 9:00 heures du matin", "Ils sont rapportés en temps réel", le tout premier plan nous dévoile un somptueux paysage montagneux portant l'indication : "Lac Oswego, Oregon. 08:02:20" : voilà du temps réel qui démarre fort bizarrement ! Ceux qui suivent la série depuis ses tous débuts savent pertinemment que les épisodes ne durent en réalité que 42 minutes en moyenne et non 60 pour cause de coupures publicitaires lors de leurs diffusions aux Etats-Unis. Mais ces fameux "bonds temporels" n'ont lieu qu'en milieu d'épisodes et non au début ou à la fin. Où ont donc bien pu passer ces fichues 2min20 introductives ? Pour trouver le vrai coupable, il suffit de comparer cette diffusion TV avec le coffret DVD anglais ou bien l'américain, tous deux dans les bacs depuis l'été dernier. On constate alors que le prologue comportant une scène de torture située en Corée a tout bonnement été retiré !

Scène absente
lors de la diffusion TV
Scène absente
lors de la diffusion TV
Diffusion TVImages DVD


Séquence politiquement incorrecte ou bien visuellement excessive ? On pourra légitimement se poser la question d'une coupe aussi franche, d'autant qu'une brève allusion à ladite scène a lieu quelques minutes plus tard au cours d'un briefing. Sans toutefois nuire à l'intégrité de l'histoire, ce retrait entame passablement la nature mène de cette seconde saison, résolument plus sombre que la précédente, et remet à nouveau en question certaines politiques de diffusion TV.


On se souviendra en effet des quelques retraits effectués pour le passage télé de la série Band of brothers (Frères d'armes) à l'été 2002 et réintégrés par la suite pour la sortie DVD. Certes, la diffusion du programme à une heure de grande écoute pouvait, à la rigueur, justifier pareille décision mais qu'en est-il alors de la série Urgences, bien loin d'être rose bonbon elle aussi, et pourtant diffusée depuis 10 ans déjà sur le même créneau horaire 21h00-22h30. Dans le cas de 24, l'amputation est d'autant moins justifiable que la série se voit programmer en seconde partie de soirée (de 23h30 à 01h00).


Une telle décision va en fait totalement à l'encontre de l'évolution créatrice et idéologique des séries TV de ces dernières années qui s'extraient un peu plus chaque jour de leur carcan puritain, tout spécialement aux Etats-Unis. Une évolution par ailleurs saluée à la fois par le public et la critique qui reconnaissent conjointement de plus en plus de qualités aux productions TV faisant défauts à bon nombre de longs-métrages. A quoi bon museler une telle richesse salvatrice, voire expiatoire, qui ose (enfin) parler sans tabous de sujets particulièrement délicats : la mort et le deuil (Six feet under, Dead like me), l'univers carcéral (Oz), le trafic de stupéfiants (Sur écoute), une certaine réalité policière (The shield) ou bien encore, dans le cas de la seconde saison de 24, une Amérique meurtrie en proie à ses propres démons (terrorisme, ségrégationnisme, émeutes raciales ...). Qu'adviendrait-il de la diffusion, sur nos grandes chaînes nationales, de telles séries privées de leurs mots et de leurs images en rapport avec la drogue, le sexe, le racisme, la violence, la mort ? Des épisodes de 15 minutes au lieu de 45 dans le seul et unique but de ne pas trop choquer les âmes bien pensantes ?

Et les prochaines 24 heures ?
Alors oui, la seconde saison de 24 est sombre et dure, aussi bien visuellement que thématiquement. Mais les temps changent, et 24 s'inscrit parfaitement dans cette métamorphose en parfaite harmonie avec une certaine observation de la société du 21ième siècle. Et la priver ainsi d'une introduction aussi explicite qu'annonciatrice du climat général ne laisse rien présager de bon pour la suite. Que va-t-il advenir des différentes scènes de tortures, d'exécutions sommaires et autres passages à tabac qui ponctuent cette très longue et très rude journée de l'agent Jack Bauer ? La réponse dans les prochaines semaines en attendant la parution à la rentrée 2004 du coffret DVD Z2 français qui, espérons-le, nous offrira l'intégralité de la saison. Un director's cut en quelque sorte. Ca ne serait pas la première fois depuis son lancement que le salut d'une oeuvre passerait par le DVD ...
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