Par Arnaud Mangin - publié le 12 janvier 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 16h50 - 0 commentaire(s)
Cette fois c'est clair ! Jack Bauer est un poissard fini que les scénaristes traînent sadiquement à chaque fois un peu plus vers la déchéance pure et simple, le forçant à accepter malgré lui une ultime (et dernière ?) fois de sauver les Etats-Unis d'Amérique à la demande express du président en place, totalement dépassé par les événements. Et ce à peine trois heures après un retour d'entre les morts psychologiques et quelques poignées d'explosions, de bastons, et de fusillades qui sont désormais autant d'ingrédients de rigueur pour toute nouvelle saison de 24 heures chrono qui démarre. La sixième prend son envol Dimanche 14 Janvier aux Etats-Unis avec deux épisodes, et continue sur sa lancée le lendemain avec deux autres parties. Nos amis américains pourront donc découvrir fraîchement cette nouvelle aventure dès après-demain. Nous, nous avons déjà pu voir ces quatre premiers épisodes.

24 HEURES CHRONO SAISON 6
Avec Kiefer Sutherland, Mary Lynn Rajskub, James Morison, D.B. Woodside, Eric Baffour, Roger Cross, Peter McNicol et Regina King
A partir du dimanche 14 Janvier sur FoxTv
Diffusion France : fin 2007/début 2008

Attention : Les propos qui suivent dévoilent l'intrigue de la saison précédente, encore diffusée actuellement sur canal +.


Effectivement, il sera dur de parler de cette sixième saison sans parler de cinquième, au même titre qu'on ne pouvait pas s'étendre sur cette précédente sans évoquer la quatrième. Depuis deux années maintenant, et plus que jamais, les scénaristes se donnent ici le mot d'ordre de tisser un fil conducteur infernal liant les saisons les unes avec les autres pour mieux bâtir la personnalité de plus en plus sinistre de Jack Bauer. Un héros que l'on découvre ici à bout de souffle alors qu'il conservait une forme olympique au tout début de la série. C'est vraisemblablement une évidence, masquée par des twists, des scènes d'action plus spectaculaires les unes que les autres (plus particulièrement ici, mais on en reparle plus loin) et des scénarii d'attaques terroristes en tout genres comme de conspirations tordues, 24 heures chrono est avant tout l'histoire d'un homme que rien n'épargne, cuisiné à petit feu, année après année, pour une issue qu'on imagine inéluctable. Reste à savoir "Quand" oseront-ils achever leur souffre-douleur…


Par pour l'instant en tout cas puisque pour rappel nous avions laissé ce pauvre Jack en mauvaise posture l'an passé, aux mains des forces chinoises bien destinées à se venger de la mort accidentelle de l'un de leur diplomate dans la saison 4. Magie du papier, magie de la télévision, deux années se sont écoulées entre l'histoire de la saison 5 et celle de la sixième. Deux années durant lesquelles notre boy-scout s'est enfermé dans un mutisme pour survivre aux conditions carcérales les plus insupportables et non plus donner un sens à sa vie, mais à sa mort. Comme il le clamera lui-même à plusieurs reprises, sa longue agonie retardée chez l'ennemi n'aura perdurée que pour se laisser aller une dernière fois chez lui. On peut comprendre un tel esprit patriotique après des années de loyaux services, et cette volonté de mourir sur sa mère patrie. Ce qui arrange un peu tout le monde... puisque c'est exactement ce qu'on va lui demander.


Le territoire américain est sous un feu nourri depuis onze semaines et toutes les unités anti-terrorisme sont totalement dépassées par les événements au point de confondre leurs sources. La dernière chance, c'est bien évidemment ce bon vieux Jack que l'un des nombreux groupuscules demande à se faire livrer en échange d'une information capitale pour faire stopper la guerre. Deux choses essentielles sont à retenir de cette saison 6, si l'on excepte une fois encore ses gros défauts qui demeurent encore et toujours les mêmes (non respect du temps réel puisque un personnage peut traverser la ville en quelques minutes alors que le même mettra pas moins de quatre minutes pour ouvrir une porte histoire de satisfaire les coupures pub) avec lesquels nous devrons faire puisqu'ils sont là et ne changeront pas. La première c'est l'ambiance générale. Prise en cours de route, l'intrigue nous plonge en plein état de siège où la reluisante Amérique, ses jolies maisons et ses beaux palmiers cachent à peine une perte de contrôle extrême où l'insécurité n'a plus rien à envier à celle des pays du Moyen-Orient noyés sous les attentats depuis des années. Pesant, speed, et malgré une mise en place des pions un peu plus longue que d'habitude, on est immédiatement happé par la chose.


La seconde, c'est bien évidemment Jack Bauer lui-même qui gravit d'un coup plusieurs échelons dans son martyr psychologique (et physique) en plus d'être tout un symbole du revirement général de l'ensemble. 24 Heures chrono changera à de nombreuses reprises son fusil d'épaule là où nous aurions pu jurer l'ensemble prévisible. Et les nombreux "Oh non, ils nous refont le coup du…" seront systématiquement contredits dans le quart d'heure suivant. Primo, on nous montre un gouvernement clairement bancal avec son président trop jeune et dynamique, peu crédible face à une horde de conseillers qui transforment insidieusement leurs mesures de défense en méthodes nazies. Alors certes, les terroristes sont une fois encore des arabes, mais les poser en victimes cinq ans après le 11 septembre sur une chaîne de télé grand public se montre particulièrement couillu. Et comme dit plus haut, Jack sera le plus beau porte étendard de ce changement radical : des dialogues réduits à quelques murmures, incapable de mener à bien les quelques opérations qu'on lui confie au point de vouloir démissionner après seulement quatre épisodes, fondant radicalement en larmes à la moindre occasion et, miracle, prenant en pitié l'un des hommes qu'il tentera vainement de torturer pour décrocher une information lorsqu'il prend conscience de ses trop nombreuses dérives. Les fans les plus accros ne reconnaîtront certainement pas leur (anti-)héros facho fétiche…


Pas de panique néanmoins, 24 reste toujours 24 et conserve son lot de suspense et de situations tirées par les cheveux. Gros plus ici, un vrai budget de cinéma conférant à la moindre fusillade un sens du spectaculaire plus poussif que la saison précédente (aidé par du numérique dans la scène du métro, certes) et cette volonté de ne pas laisser retomber la tension avec des intrigues secondaires toujours redoutées tant elles parasitaient systématiquement l'intrigue principale. Pour la première fois, aucune d'entre elles ne se montre pompeuse (pour l'instant en tout cas) et toutes parviennent à s'associer malignement les unes aux autres pour tisser une toile cohérente autour du même noyau. Un vrai plus qui, arrivé à l'issue de ces deux soirées d'ouverture, harponnera assurément le spectateur pour les mois à venir (c'est le but, marketing subliminal oblige) en atteignant une apogée radicalement incroyable qui a le mérite de laisser sur le cul avec non pas un, mais deux twists consécutifs du plus bel effet. On se dit qu'ils n'arriveront probablement pas à faire mieux sur les vingt épisodes à venir, mais compte tenu de l'effort fourni dans cette épatante introduction, tous les espoirs sont permis…


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