Premier long métrage signé Leonid Prudovsky, A 5 heures de Paris se présente comme une véritable réussite. L'histoire d'un coup de foudre entre deux êtres solitaires. Drôle, tendre et romantique, l'oeuvre, d'origine israélienne, est malheureusement accompagnée, à quelques jours de sa sortie en salles, d'une polémique aussi surprenante que ridicule. Rencontre avec un metteur en scène définitivement prometteur.

A 5 heures de Paris est votre premier long métrage. Qu'est-ce qui vous a amené à franchir le pas, après différents courts ?
Il y a six ans, je réalisais en effet un court métrage (Dark Knight, ndlr), dans le cadre de mes études. Celui-ci m'a amené à rencontrer la comédienne Elena Yaralova, qui m'a aussitôt séduit. J'ai donc eu envie de retravailler avec elle. Et d'idées en idées, j'en suis arrivé au scénario du film A 5 heures de Paris. Bien sûr, cela ne s'est pas fait aussi facilement, il y a eu de très nombreuses versions, et avant d'arriver à la définitive, je me suis offert l'aide d'Erez Kav-El, un excellent auteur à qui je dois beaucoup. Aujourd'hui, je suis vraiment heureux de notre travail, et aussi d'avoir pu donner à Elena un rôle plus conséquent encore.
Est-il difficile de monter un film comme celui-ci, aujourd'hui, dans votre pays ?
Je dirai qu'aujourd'hui il est difficile de monter un film. Tout simplement ! (Rires) Celui-ci ou un autre, quelle que soit la nationalité de votre projet, c'est exactement pareil. Dans mon cas, le plus dur a été de trouver une coproduction. Ce qui, au final, ne s'est malheureusement pas fait. Beaucoup aimaient le sujet, notamment en France, mais tous me disaient : « C'est très beau mais ça pourrait se passer n'importe où ». Quand un film est réalisé en Israël, on s'attend forcément à une histoire dramatique, faite de morts et de guerre, en rapport avec la Palestine. Or, mon script est tout autre. Le thème et les personnages décrits sont nettement plus simples voire abordables. Aussi surprenant que cela puisse paraître, on s'est donc débrouillé seul (ou presque).
« C'est un long métrage très réaliste, qui parle de la Vie et de sentiments divers, tristes ou joyeux. »
Justement, parlons un peu de votre film, en détails. Pour vous, de quel genre s'agit-il ? Une comédie dramatique ? Une romance ? Ou peut-être même, une oeuvre musicale ? Vous usez en effet de certains « classiques » propres à divers répertoires, notamment français. En conséquence, on en ressort avec des airs plein la tête et une incroyable envie de chanter...
Pour moi, il s'agit avant tout d'une comédie romantique. Mais pas n'importe laquelle. Il n'est pas question de jeunes gens en émoi ou de trentenaires victimes d'une crise passagère. Non. Je voulais raconter une histoire d'amour entre deux êtres, la quarantaine bien dépassée. Ceci dit, vous avez raison d'évoquer la notion de genre, car A 5 heures de Paris en comporte plusieurs. Il y a autant d'humour que de drame, le film étant divisé en plusieurs parties distinctes, et chacune permet une évolution de l'intrigue proposée. Dans un premier temps, on part sur un coup de foudre, celui de Yigal et de Lina. Puis intervient le mari qui, inévitablement, "complique" la situation. La fin, quant à elle, est censée résoudre tous les problèmes engendrés depuis le début. Dans le fond, c'est un long métrage très réaliste, qui parle de la Vie et de sentiments divers, tristes ou joyeux.
La musique a également une place des plus importantes dans mon film, et notamment, vous l'avez remarqué, certains titres de Joe Dassin, d'Alain Barrière ou bien même d'Adamo. La raison en est simple. J'aime ces chansons, j'ai grandi avec. Je suis né en Union Soviétique, et à l'époque (celle du Rideau de Fer), tout ce qui venait d'Amérique était interdit. En revanche, les artistes français voire italiens pouvaient être acceptés. Mon coscénariste Erez Kav-El a quant à lui passé une bonne partie de sa vie en Belgique. On avait donc les mêmes références. Voilà pourquoi on a décidé de donner à notre personnage principal, Yigal, cette caractéristique. Cela lui apporte beaucoup. Un côté à la fois tendre et sympathique. On y gagne enfin question rythme.
Quelles sont vos références ? En regardant votre film, on pense beaucoup à Claude Lelouch...
Oui. Claude Lelouch est un cinéaste qui m'a énormément marqué. Un homme et une femme, c'est pour moi un incontournable dont je ne me lasse pas. A côté de ça, il y a aussi les films de François Truffaut, de Woody Allen... Mais j'aime aussi m'inspirer du Monde en général, de mon quotidien, de mon expérience... A 5 heures de Paris est un vrai mélange de tout cela. Je souhaite bien sûr que le public reconnaisse certaines références, mais j'aimerai également le surprendre par un style nouveau et inattendu. C'est ce que j'ai tenté d'imposer à ce film. Après, ce n'est pas à moi d'en juger...
Vos comédiens sont épatants. Vous connaissiez déjà Elena. Mais les autres, comment les avez-vous choisi ? Ils dégagent une vérité de jeu incroyable...
Dror Keren est une vraie star en Israël. Et j'avais très envie de travailler avec lui également, non pas de ce point de vue là, mais pour tout ce qu'il dégage, son charme, sa douceur et sa drôlerie. Il correspondait vraiment au personnage que je lui proposais. Ça n'a donc pas été difficile de le choisir. Ce fut la même chose pour Vladimir Friedman. Dans un tout autre genre, bien évidemment. Mais c'est ce qu'il fallait aussi. Elena est partagée entre deux hommes. Il fallait que chacun ait ses particularités, bonnes et mauvaises. Je ne regrette vraiment pas ces acteurs. Ils forment un trio parfait.
« C'est une fiction. Il n'y a rien de caché, aucun message en particulier. »
Êtes-vous au courant de la polémique liée à votre film depuis quelques jours ? (Pour rappel, de nombreuses salles en France, classées Art et Essai et appartenant au réseau Utopia, ont décidé de déprogrammer le long métrage, suite à l'offensive lancée sur la flottille pro-palestinienne Free Gaza)
(Il acquiesce, l'air pensif)
Qu'avez-vous à dire à ce sujet ?
C'est un coup de projecteur incroyable. Sans ça, le film serait certainement sorti dans l'indifférence la plus totale, même s'il a déjà fait l'ouverture du 10ème Festival du cinéma Israélien, à Paris, au mois de Mars dernier. En revanche, je regrette qu'il soit au coeur de cette polémique précise, alors que cela n'a vraiment pas lieu d'être. Tout ça, c'est de la politique. Sauf que moi je n'en parle pas, à aucun moment. La seule « erreur » de ce film, c'est sa nationalité. De ce fait, on le mêle bien malgré lui à une actualité qui ne le concerne absolument pas. C'est ridicule. Mais je ne peux rien y faire... J'avoue même être un peu dépassé par tout cela. L'important, c'est que le public réussisse à faire la part des choses. C'est une fiction. Il n'y a rien de caché, pas de message en particulier. On rit, on pleure... L'histoire racontée pourrait arriver à chacun de nous.
Propos recueillis par Gilles BOTINEAU

L'histoire : YIgal et Lina n'étaient pas faits pour se rencontrer. L'un est un père divorcé qui se remet à peine quant à elle, sa vie n'est faite que de travail et[…]
