A l'origine, quatrième long-métrage de Xavier Giannoli, fut présenté cette année au festival de Cannes. A l'occasion de sa sortie dans les salles le 11 novembre (dans un montage allégé de quinze minutes), le réalisateur a accepté de revenir sur son œuvre, qui a les pourtours d'un film miracle. Après le succès public et critique de Quand j'étais chanteur.
A l'origine, un fait divers
Quelle enquête avez-vous mené sur ce fait divers ?
Tout a commencé il y a plus de dix ans. Au départ, j'ai lu l'article paru dans Le Nouvel Observateur et signé par Jean-Paul Dubois, l'auteur d'Une vie française. Je le connais car mes premiers courts-métrages étaient adaptés du romancier. Il parlait d'un juge d'instruction, Laurent Léguevaque, un homme atypique que j'ai été voir à Mâcon où l'homme qui a inspiré le rôle principal avait sévi. Nous avons eu une discussion formidable. A l'époque, j'avais un désir mais pas encore un projet. Je suis parti dans une enquête sans savoir vraiment pourquoi. Aujourd'hui, M. Léguevaque n'est plus juge d'instruction. Il m'a conseillé et joue son propre rôle à la fin du film. Il m'a dit que lors de sa première confrontation avec l'accusé, lorsqu'il lui a demandé pourquoi il avait agi de la sorte, il lui a répondu que pour la première fois de sa vie il était quelqu'un. Cette phrase a résonné très fort en moi. Laurent Léguevaque a ajouté qu'il avait la certitude que l'homme en question n'avait jamais gagné d'argent et que son mobile était purement humain. Il m'a ensuite donné un permis de visite pour que je puisse rencontrer le prisonnier.

Votre expérience a donc énormément compté dans la reprise du projet ?
J'avais dix ans de plus. Je ne sais pas pourquoi j'y suis arrivé. Peut-être le fait d'avoir eu un enfant, d'avoir réalisé trois films. J'ai écris A l'origine dans une étrange fièvre. J'avais toute ma documentation autour de moi. J'avais une adhésion au trouble de ce personnage, à sa fragilité au milieu des gens. J'ai éprouvé un vertige, le sentiment que c'était une autobiographie possible. Ce qui m'intéressait, c'était le désir paradoxal pour un escroc de normalité. Il a demandé à ce qu'on fasse une expertise de son chantier imaginaire. Tout était parfaitement construit et il avait la certitude qu'il avait bien fait son travail. Il y avait une volonté de reconnaissance. Je trouvais beau qu'un homme tente de retrouver sa dignité par le travail. De plus, sa famille ne voulait plus le voir et j'ai eu un déclic en tant que père. Cet homme est devenu la figure paternelle de substitution de deux jeunes que l'on voit dans le film. Il reconstitue une famille. Ce n'est surement pas un hasard si je n'ai ressenti cela qu'après avoir eu mon premier enfant. C'est un déclic important dans l'écriture.
On ressent une fluidité narrative parfaite lorsque vous expliquez l'élaboration de l'escroquerie...
C'était un des enjeux principaux de l'écriture. Il fallait que les spectateurs croient en la possibilité de cette aventure. Exactement comme dans un polar. A la première projection, j'étais heureux de voir que les gens comprenaient les scènes avec le banquier et comment il a réussi à avoir tout cet argent. J'y ai pensé comme un film de genre, la course-poursuite d'un homme contre son mensonge. Comme dirait Woody Allen : "il faut couper ce qui est raisonnable". J'ai donc remonté le film depuis Cannes. Ce fut très simple car nous avons repris le tout premier montage !

Avez-vous rencontré les habitants qui ont vécu cette histoire ?
Oui, mais très récemment. J'avais peur qu'ils réagissent mal. Ils m'ont dit combien ils avaient eu l'impression de ressentir ce qu'ils avaient ressenti à l'époque, même si les scènes n'étaient pas les mêmes. Tout le monde était très ému. Moi le premier. Tous m'ont parlé de Philippe avec une énorme affection.
Propos recueillis par Sophie Wittmer et Nicolas Schiavi

L'histoire : Un homme sort de prison et va passer du statut de petit escroc sans envergure à grand arnaqueur, en faisant croire à une commune qu'il est le patron d[…]
