Across The Universe est à la fois une grandiose comédie musicale, une belle histoire d’amour et un portrait de l’Amérique des années 1960. En deux heures, la réalisatrice Julie Taymor fait chanter, danser et vivre des comédiens en apesanteur, portés par des textes évocateurs et une musique intemporelle, celle des Beatles. Esthétiquement époustouflant, le film est une expérience visuelle ahurissante et en ajoutant quelques « All you need is love » et autres « Hey Jude... », vous êtes définitivement sûrs de tomber sous le charme. A travers 10 chansons du film (sur les 33 au total), retour sur des séquences chocs et les textes même des Beatles qui ont offert à cette production une dimension éternelle... Traversons donc l’univers en compagnie de quatre garçons dans le vent et d’une réalisatrice passionnée !
Girl(Rubber Soul – 1965 – Lennon & McCartney)
La chanson Girl ouvre le film, le comédien Jim Sturgess (Jude) est assis sur une plage et nous demande d’écouter son histoire sur cette « fille » qu’il a rencontré. La réalisatrice ouvre son film tel un conte, une histoire d’amour racontée à la première personne... La chanson Girl, dernier titre enregistré pour l’album Rubber Soul, symbolise certainement les grandes thématiques de la pop music. Difficultés des relations dans un couple, les aléas des sentiments et l’interêt que l’on porte à l’autre sont les grandes idées que les chansons populaires évoquaient depuis les années 1950. Entre la parodie, John Lennon avoue avoir beaucoup rit en écrivant ce titre, et l’hommage aux chansons d’amour, Girl est une symbiose entre la mélodie la plus sensible et le texte le plus évocateur... Pour l’anecdote, les choeurs assurés en public lors des concerts reprennaient un « tit-tit-tit » (qui signifie nibard) et donnaient une petite touche humouristique peu perceptible à cette chanson que Lennon considère comme l’un de ses meilleures.

I want to hold your hand(With the Beatles – 1963 – Lennon et McCartney)
L’une des plus belles et émouvantes scènes du film se déroule sur une des chansons les plus légères des Beatles composée à l’origine pour se moquer tranquillement des gospels américains. La reprise par la chanteuse T.V Capio (Prudence) transforme littéralement le titre qui devient alors une sublime chanson d’amour impossible et non plus une petite ballade entraînante. La séquence est de toute beauté (travail des couleurs, superbes ralentis et interprétation sensible) et offre au titre des Beatles un nouveau sens et une profondeur insoupçonnable. Premier titre du groupe à se hisser en tête des ventes aux Etats-Unis, il marque l’arrivée sur le territoire Outre-Atlantique des quatre membres qui vont alors devenir de véritables stars. Enregistrée sur une console quatre pistes permettant un mixage en stéréo, I want to hold your hand et ses claquements de main devint la chanson phare du groupe pendant plusieurs années et fera partie de l’intégralité de leurs concerts entre 1963 et 1964. Appréciée pour son petit coté « poppy », I want to reste cependant une chanson gentillette et peu marquante dans la carrière des garçons. Elle représente néanmoins une étape primordiale dans leur succès planétaire...

HeyJude
(Single Hey Jude/Revolution 1968 – Lennon & McCartney)
Destinée au personnage principal du film se prénommant Jude, la chanson est utilisée ds le film comme élément unificateur et un véritable hymne à l’amitié. Thèmes renforcés par l’apparition d’une ribambelle de gamins venus porter main forte aux choeurs de la chanson... Chantée par le comédien Joe Anderson (Max), cette chanson des Beatles devait à l’origine figurée sur l’album White mais fut éditée sur un single en raison de sa longueur étonnante (7 minutes et 12 secondes, pas une seconde ne pouvait être gravé sur un 45 tours). L’origine de la chanson est véritablement touchante, elle vient en effet d’une conversation que Paul McCartney a eu avec le petit Jules Lennon, agé de sept ans et qui vit avec difficultés la séparation de ses parents. McCartney lui aurait donc chantonné ces quelques mots « Hey Jules... don’t make it bad, take a sad song... ». Trouvant que Jude sonnait beaucoup mieux que Jules, il décida de changer la consonne et de composer un air qui restera neuf semaines en tête des ventes aux Etats-Unis, un record pour le groupe... Si le titre ne fait pas partie de White, sorti au même moment, il participe littéralement à la mouvance de ce double album aux trente titres.

With a little help from my friends(Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band 1967 – Lennon & McCartney)
Point de rencontre entre les deux amis du film, Max et Jude, la chanson est ici prétexte à une veritable sequence de comédie où les references affluent et les chrorégraphies sont quelque peu brouillées par l’alcool. Chanson de potes construite sur des dialogues et des bribes de conversations, With a little Help est enregistrée en mars 1967 pour l’album Sgt. Pepper’s consideré par beaucoup comme le chef d’oeuvre du groupe anglais ! En studio, Lennon et McCartney se renvoyaient des questions et des réponses sans véritable sens : « Are you afraid when you turn out the light... ? » « Do you believe in love at first sight ? ». Au fur et à mesure, la chanson s’est écrite sur ce principe et est devenue un titre culte, intégralement dédié à l’amitié. Reprise plusieurs années après par Joe Cocker, elle semble à l’origine composée pour Ringo Starr qui fait office ici du brave type qui essaye à tout prix de plaire aux copains. Le film reprend ce principe des échanges spontanés en faisant chanter quelques figurants et seconds rôles...

Dear Prudence(White 1968 – Lennon & McCartney)
Encore une très belle et douce reprise durant une séquence onirique ou les murs d’un appartement se substituent à un superbe ciel bleu... Les personnages tentent de faire sortir Prudence du placard où elle s’est enfermée. La réalisatrice met en image la source de ce titre composé pour Prudence, la soeur cadette de Mia Farrow qui passait le plus clair de son temps enfermée dans sa chambre à méditer. Le répétitif « look around, around, around » chanté par les comédiens est illustré dans le film par un mouvement de caméra circulaire qui peu à peu transperce les murs et laisse apparaitre « the sunny sky ». Les effets visuels utilisés soulèvent littéralement le spectateur qui sort, à l’instar de Prudence, de son fauteuil et quitte le sol. Elle est ensuite utilisée sur une séquence de manifestation pour montrer l’aspect pacifiste des revendications... Dear Prudence étant l’un des titres les plus doux des Beatles.
Let it be(Let it be 1970 – Lennon & McCartney)
Véritable séquence émotion du film, la reprise de Let it Be par un jeune enfant chantant acapella et une chorale gospel est certainement très allusive et naïve dans sa manière d’introduire les conflits entre noirs et blancs durant les années 1960. Mais la force de la séquence, qui repose principalement sur la qualité des interprètes, a pour effet de marquer le spectateur qui ne mettra jamais de coté cette toile de fond... Connaissant son sujet sur le bout des doigts, Julie Taymor choisi d’illustrer les conflits raciaux par cette musique qui fut originellement composée pour le chanteur noir américain Billy Preston en hommage au negro spiritual, un type de musique vocale et sacrée né chez les esclaves noirs des États-Unis au 17è siècle qui sera à l'origine du mouvement gospel ! La chanson est également dédiée à Mary McCartney, mère de Paul et, dans une dimension plus spirituelle, la vierge Marie... Let It Be évoque la paix, l’espoir et la sagesse et selon certains, elle aurait été composé par McCartney qui souffait déjà d’une éventuelle dissolution du groupe. George Harrisson ayant la même année, quitté le groupe. Let It Be fut le dernier album des Beatles.

While my guitar gently weeps
(White 1968 – Harrison)
Chantée par le comédien Martin Luther, While my Guitar prend dans le film une dimension très blues, rauque et profonde. Elle est d’ailleurs une des seules chansons à ne pas faire réellement avancer l’histoire du film mais reste cependant un moment clé se concentrant plus sur la musique que sur l’image. Comme si Julie Taymor avait voulu rendre hommage au travail de George Harrison en enlevant tout artifice à sa composition. Ce titre, présent sur l’album White, fut élaboré à partir d’une technique originale : Harrison prit un livre au hasard, ouvrit sur une page et pointa du doigt sur deux mots « gently weeps ». Et la chanson de naître peu après... Harrison avoue avoir été victime d’une certaine amertume et frustration face au duo Lennon/McCartney qui daignait jeter un coup d’oeil « condescendant » à ses compositions après en avoir enregistrer une dizaine pour eux... While my guitar est certainement la plus belle composition d’Harrison et marquera le début d’une collaboration régulière avec Eric Clapton qui pose sur ce titre quelques excellents riffs.

All you need is love
(Single All you need is love/Baby, you’re a rich man 1967 – Lennon & McCartney)
Evitons les révélations qui gacheraient le plaisir du film, sachez juste que ce titre clot Across The Universe avec classe dans une ultime séquence faisant référence au rooftop concert du 30 janvier 1969 qui eut lieu sur les toits de l’immeuble Apple de Londres (dans le film c’est l’immeuble Strawberry de New York) et qui dura 42 minutes. La séquence est à la fois sobre et émouvante et permet d’assister à une reprise soufflante d’All you Need is love, l’hymne à l’amour le plus culte de l’histoire de la musique. Le titre fut composé à l’occasion du premier Mondovision (une émission de télé diffusée aux quatre coins de la planète) auquel les Fab Four participèrent. Une mélodie simple, quasi répétitive et des paroles faciles à retenir construisent cette chanson dont l’ambition était de toucher le plus grand nombre. Le 25 Juin 1967, peu avant l’émission, les choeurs se forment autour de Mick Jagger, Keith Richards, Eric Clapton, Graham Nash, Keith Moon ou encore Marianne Faithfull et l’enregistrement démarre. Ils garderont la prise 58, qui servira de bande pré-enregistrée lors de la diffusion en direct du Mondovision ! La chanson démarre sur La Marseillaise pour la simple et bonne raison qu’elle sonnait comme une fanfare guerrière et que la chanson devait retentir comme un véritable hymne... Le titre se termine sur un hommage musical assumé réunissant des titres tels que In the Mood de Glenn Miller, un concerto de Bach, la trompette de Penny Lane et le chorus de She Loves you... Un véritable feu d’artifice qui terminait la chanson dans un véritable élan d’amour qui s’accélère et s’intensifie peu à peu ! A l’instar de la fin d’Across The Universe...

Strawberry fields forever
(Single Strawberry Fields Forever 1966 – Lennon & McCartney)
Véritable patchwork musical, pictural et cinématographique, la séquence de Strawberry est à mettre en relation avec le clip du titre réalisé la même année et considéré comme l’un des derniers clips conceptuels en incluant animation, ralentis, retour arrières et éléments de montage arbitraires. Ecrite par Lennon sur le tournage du film How I Won the war de Richard Lester, elle possède de fortes connotations psychédéliques et surréalistes. Dans le film, la chanson utilise la couleur rouge sang des fraises pour figurer les champs (« fields » en anglais) de bataille maculés d’un sang d’innocents. La version finale est un mélange de deux performances distinctes. Le groupe a enregistré de multiples prises de deux versions très différentes du morceau. La première est une tentative d'imiter le son acid rock de groupes américains. La deuxième version, enregistrée quelques semaines plus tard opte pour un arrangement nettement plus complexe avec trompettes et violoncelles, ainsi que le son de cymbales passé à l'envers durant les couples. Lennon aimant la première minute de la prise 7 (la version « acid rock ») et la fin de la prise 26 (la version « orchestrale »), il décide que la prise finale doit combiner ces sections des deux versions... Elle est devenues la chanson la plus appréciée du groupe par les critiques.

Revolution(Single Hey Jude/Revolution 1968 – Lennon & McCartney)
“You say you want a revolution, well you know we all want change the world !” Telles sont les premières paroles de Revolution qui marquent dès le depart le manque d’enthousiasme révolutionnaire de Lennon qui cherche à montrer ici que la révolution se fait bien plus par les mentalités que dans les actes… Ce que Julie Taymor montrera à travers son personage de Jude qui malgré sa volonté d’aider ses proches ne peut que déplorer le manque d’influence des actes révolutionnaires à travers le monde dans les années 1960... Lennon exprime son hésitation à se battre, de la même manière que Jude, véritable caricature du jeune des années 1960 qui ne veut plus de la société imposée, qui ne sais pas vraiment par quoi la remplacer mais qui se bat tout de même. Pour le meilleur comme pour le pire... Rappelons que ce sont les évènements de mai 1968 en France qui ont inspiré cette chanson à John Lennon.