Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 30 septembre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 21 octobre 2009 à 20h57 - 0 commentaire(s)
Belle satisfaction du dernier Festival de Cannes, Adieu Gary a inscrit dans le panorama du cinéma français contemporain, la figure du prometteur Nassim Amaouche. Pour la qualité de son regard tout d’abord, pour l’originalité de son écriture et plus encore pour la dimension aussi politique que cinématographique de son approche. Dès lors, il semblait opportun de revenir sur ce premier long-métrage à l’approche d’une sortie que l’on espère suivie et réussie.



Regard et originalité

Lorsqu’Adieu Gary se donne pour personnages, Francis, ses fils, Maria, leurs amis et leurs voisins dans le cadre d’une cité ouvrière du sud, l’ambition est tout d’abord de raconter leurs destinées et tout autant leurs fractures et l’intense humanité qui les réunit dans un tel environnement. Or, ici, malgré les difficultés sociales et l’arrière plan politique, point de mélodrame, point de pathos exagéré sur fond de misérabilisme social : tout est lumière, espérance et résilience. Car Adieu Gary refuse le stéréotype, il échappe aux clichés et fuit avec malice, la normalité compassée et confortable des représentations éculées.



Et comme si cela allait de soi, il leur préfère des présences solaires, des comportements inattendus, des quotidiens étonnants et presque surréels dans des décors qui ne le sont pas moins. Ainsi, Adieu Gary installe ses protagonistes dans des situations que le cinéma français ne connait plus, lui qui préfère à tort de commodes études psychodramatiques sur des élites très parisianistes. De fait, loin des travers d’un cinéma national trop centré sur ses propres clichés, le regard de Nassim Amaouche surprend, détonne, étonne et au final, ravit. Car il se fait le metteur en images de « vrais » gens tout en leur accordant une part d’onirisme et de fantastique que leur quotidien cinématographique ne leur aurait jamais accordé ou promis. En effet, plus que rares sont les cinéastes français dernièrement à avoir su oser la richesse d’un scénario à dimension sociale, des intentions humanistes et la présence de séquences fantasmagoriques comme celle où Francis se grime en Gary Cooper.


Un cinéma politique, formellement et profondément inventif

Loin du cinéma réaliste britannique et à des années lumière d’un cinéma national porté vers le dépressif, Adieu Gary nous raconte donc autrement la réinsertion progressive d’un fils, ses relations ou les secondes et nouvelles amours d’un père pour sa voisine. De même, échappe-t-il à toutes les figures imposées du cinéma social en nous contant par exemple avec chaleur et poésie, la progressive réparation d’une machine par un homme, licencié avant d’avoir pu la terminer ou le mutisme d’un autre fils en quête de père. Or, là n’est pas la moindre réussite de Nassim Amaouche car une telle audace est d’autant plus rare à l’heure actuelle qu’elle s’accompagne d’une volonté assurée de traiter l’ensemble sans compromis tragique et avec l’envie d’affirmer d’abord par le cinéma et ses moyens, la chair des êtres et la profonde humanité qui en sourd.



Signe d’une approche incroyablement profuse et d’une écriture aussi mature que particulièrement riche, le geste du jeune cinéaste caractérise donc à l’écran l’originalité de ses ambitions, l’acuité de son regard et la profondeur de ses intentions. Et cela à tous points de vue. Car la forme et le fond vont de paire dans Adieu Gary comme on l’a rarement expérimenté ces dernières années. Ainsi, dans la veine des films de Rabah Ameur-Aaïmeche, Nassim Amaouche nous propose avec son premier long, une véritable expérience filmique autant qu’une subtile réflexion politique. En effet, nourri de l’univers ouvrier qu’il fait émerger par touches et laisse à saisir, Adieu Gary raconte et documente les marges, les bouleversements et les sentiments qui animent le changement au sein de ces dernières. Sans insistance ni outrance, en montrant simplement au travers de ses personnages, l’essor du religieux au détriment des convictions syndicales et politiques ou autrement en saisissant en arrière-plan l’évolution sociologique des familles d’aujourd’hui entre recomposition et multiculturalisme. Ainsi, le film s’offre-t-il le luxe d’un refus auxquels tant d’autres pourtant succombent, celui d’une approche démonstrative et péremptoire, cela au profit d’une autre voie éthique et esthétique.



En définitive, par le brio de ses desseins et la justesse de son ton, la qualité de son interprétation et la richesse de son traitement, Adieu Gary s’impose comme l’une des belles surprises françaises de l’année et fait assurément de Nassim Amaouche, l’un des plus sincères espoirs de notre cinéma. Dès lors, s’il nous tarde déjà de retrouver le cinéaste sur de prochains projets, il est une vérité qui d’ores et déjà doit être affirmée, Adieu Gary mérite d’être soutenu et récompensé, vu et chaleureusement recommandé !
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