Succès ou échecs, la majorité de ses longs métrages sont devenus de très grands classiques. Hommage à Monsieur Alain Corneau qui vient de disparaître à l'âge de 67 ans.

Par Gilles BOTINEAU - publié le 14 août 2010 à 17h57 ,
MAJ le 30 août 2010 à 14h45 - 0 commentaire(s)

Si Patrice Leconte l'a choisi pour incarner un réalisateur dans le film La Guerre des Miss, ce n'est pas un hasard. Alain Corneau se révèle être en effet un digne représentant du cinéma français. Même si le public ne le reconnaît pas encore à sa juste valeur, l'homme domine une carrière de plus de quarante ans, aux côtés d'Yves Montand, Gérard Depardieu, Philippe Noiret, Sophie Marceau, Jean-Pierre Marielle et Daniel Auteuil. Succès ou échecs, la majorité de ses longs métrages sont d'ailleurs devenus de très grands classiques.

 

Alain Corneau est mort ce lundi 30 août deux semaines seulement après la sortie de son dernier film, Crime d'amour. Rendons un hommage, aussi modeste soit-il, à Monsieur Alain Corneau.

Homme fidèle

Evoquer le cinéma d'Alain Corneau, c'est se concentrer principalement autour du polar. Son premier long métrage, datant de 1974, France société anonyme, ouvre sombrement le bal. Interdite aux moins de 16 ans lors de sa sortie en salles, l'oeuvre se déroule en 2222. Il y est question d'un étrange gangster. Après avoir été cryogénisé des années auparavant, celui-ci est réveillé dans le but de plonger la nouvelle civilisation dans le culte de la drogue. Sous la direction du cinéaste, on reconnaît Michel Bouquet, Francis Blanche, Roland Dubillard et Daniel Ceccaldi. Décontenancé par un tel sujet, le public ignore quelque peu cet ambitieux coup d'essai. Alain Corneau ne s'en offusque pas et poursuit alors son incursion au sein du genre, comme si de rien n'était. Deux ans plus tard, l'homme signe Police Python 357, avec Yves Montand, Simone Signoret et François Périer. Le succès est désormais au rendez-vous. Quant au metteur en scène, il trouve peu à peu son style et surtout ses thèmes de prédilection, comme l'Amour, la violence, la psychologie voire même la philosophie, tout en rendant hommage aux grands classiques américains. Evidemment, la direction d'acteurs va de pair.


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Alain Corneau se fait donc du polar (et tout ce qui s'y rattache) une véritable spécialité. S'en suivront La Menace (en 1977), Série Noire (en 1979), l'une de ses plus grandes réussites, élevée par un Patrick Dewaere exemplaire, et Le choix des armes (en 1981). L'échec de ce dernier amène Corneau à une certaine réflexion. Cinq ans plus tard, Le Môme, coécrit avec Christian Clavier ( !!), et dans lequel Richard Anconina tente de jouer au dur, ne change pas la donne. Le genre n'est définitivement plus à la mode, exploité à tort et à travers, notamment par Jean-Paul Belmondo ou bien encore Alain Delon. Pourtant, après une longue parenthèse (plus de dix années), le cinéaste revient aux sources. Un acte d'autant plus courageux que l'époque ne s'y prête guère. Olivier Marchal n'a pas encore remis les flics au goût du jour, et à l'exception de ceux présents à la télévision (Julie Lescaut, Navarro, Les Cordier, juge et flic...), le public semble se désintéresser totalement de ces personnages. D'ailleurs, Le Cousin, sorti en 1997, se solde par un nouvel échec. Néanmoins, la critique est unanime. A juste titre. Patrick Timsit et Alain Chabat y sont remarquablement utilisés, bien qu'à contre-emploi, l'un en indic poisseux, l'autre en flic désabusé. Surprenant et efficace.


Une décennie plus tard, Alain Corneau s'atèle à un remake, et pas des moindres, celui du Deuxième Souffle. En se basant sur une intrigue conçue par l'immense José Giovanni, Jean-Pierre Melville avait en effet réalisé dans les années 60 un pur chef d'oeuvre, réunissant un casting de choc (Lino Ventura, Paul Meurisse, Michel Constantin ainsi que Raymond Pellegrin), au service d'une histoire obscure et complexe. De la même façon, Corneau met à son tour les petits plats dans les grands. Sa version se dote d'une affiche toute aussi prestigieuse (Daniel Auteuil, Monica Bellucci, Jacques Dutronc, Michel Blanc...) et d'une mise en scène extrêmement léchée (peut-être trop). Le résultat déconcerte, les puristes crient au scandale et la jeune génération passe outre. Dommage.

 

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L'Amour du cinéma

Pour autant, Alain Corneau ne s'est jamais enfermé dans un genre précis. Bien au contraire. De 1984 à aujourd'hui, il s'est ainsi attelé à bon nombre de sujets parmi les plus divers. Quelques exemples. Fresque historique, mélodramatique et aventureuse, Fort Saganne narre les mésaventures du lieutenant Charles Saganne, fils de paysans ariégeois, de retour à Paris après avoir connu la gloire au Sahara en 1911. Mais de nombreuses raisons le poussent à retourner dans le désert... Face à Gérard Depardieu, aussi massif que charismatique, on retrouve Philippe Noiret, Sophie Marceau, Catherine Deneuve et Michel Duchaussoy. Une œuvre à l'image de sa reconstitution, grandiose. Précisons également qu'à l'époque, il s'agissait du film français le plus cher de toute son Histoire. Triomphe populaire, accentué sur la durée.

En 1991, Alain Corneau voyage dans un tout autre Temps, celui du XVIIIème Siècle, à la rencontre de Marin Marais, violiste et compositeur français. Dans Tous les matins du monde, nous suivons avant tout le parcours de Sainte-Colombe, un homme aussi farouche que sombre, grand maître de la viole de gambe et professeur de Marin Marais, par ailleurs musicien de Louis XIV. L'une des grandes réussites de ce film repose sur la description et l'évolution progressive de Marin Marais dans sa profession mais aussi au cours de sa vie. C'est d'abord Guillaume Depardieu qui incarne le personnage durant ses jeunes années, avant de laisser la place à son père. Celui-ci ouvre d'ailleurs le long-métrage sous des traits extrêmement vieillis et commence alors à raconter son histoire. L'acteur retrouve à cette occasion sa partenaire Anne Brochet, un an seulement après Cyrano de Bergerac, et donne la réplique à l'immense Jean-Pierre Marielle, particulièrement triste et austère dans sa composition de Sainte-Colombe. Que dire de plus sinon que chaque comédien se montre d'une parfaite justesse et donne à ce film toute sa noblesse. Incontournable.

 

Fort Saganne


La carrière d'Alain Corneau prend une énième tournure à l'aube du XXIème Siècle. Entre aventure et comédie, Le Prince du Pacifique sent le réchauffé avant même sa sortie. L'idée de réunir Patrick Timsit, Thierry Lhermitte et un jeune enfant n'est pas sans rappeler le film d'Hervé Palud, Un Indien dans la ville, datant de 1994. On nous promet pourtant du spectacle, une œuvre familiale dans toute sa splendeur. Mais en fin de compte, tout est poussif, de l'intrigue aux comédiens, en passant par la mise en scène. Corneau, guère inspiré, ne parvient pas à divertir, que ce soit dans les scènes d'action ou humoristiques. Reconnaissons-le, on ne peut être doué en tout, et le cinéaste, définitivement pas à sa place, jura, un peu tard, qu'on ne l'y reprendrait plus. C'est sans doute la raison pour laquelle il se réoriente aussitôt dans un film beaucoup plus intimiste, Stupeur et tremblements, d'après le livre d'Amélie Nothomb. Alain Corneau se refait un nom et une réputation, obtenant un César (pour Sylvie Testud, consacrée meilleure comédienne en 2004) et une nomination (celle de la meilleure adaptation). « Le roman d'Amélie Nothomb m'intéressait par son ton, son style, ses thèmes, et par le fait que l'histoire soit située au Japon. De tous les voyages que j'ai faits, le Japon est sans doute le plus extrême, bien plus que la Chine ou l'Inde. C'est le pays où le mystère de l'autre est le plus grand . (...) Enfin, le traitement du sujet permettait un film entièrement contrôlable, avec une équipe légère, sans lourde pression économique, ce qui me libérait entièrement pour tenter des formules peu habituelles, comme de tourner en japonais par exemple ! ». C'est aussi ça, le cinéma d'Alain Corneau : une liberté, généralement propre aux plus grands auteurs.

 

Alain Corneau nous donnait un dernier rendez-vous, il y a deux semaine, avec Crime d'amour, un thriller mené tambour battant par le couple Kirstin Scott Thomas-Ludivine Sagnier. L'un des évènements de cette rentrée cinématographique. Future référence ?


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