Attention : changement radical concernant le DVD zone 1 de American Psycho. Il est toujours annoncé pour le 29 août mais contrairement à ce que nous disions dans notre précédente news du 19 juin, il comportera non seulement une piste française en 5.1 (!!!) mais aussi des tas de suppléments comme un petit making of, une interview avec Christian Bale, des notes de production, des bio/filmos et la bande annonce.
En revanche, il y aura bien 2 DVD. Un R-rated (la version ciné US) et un autre Unrated qui comprendra la scène de sexe dans son intégralité (projetée en France). Bonne nouvelle !
Ci-dessous, la critique ciné de Laurent Pécha
A sa sortie aux USA et après avoir pourtant beaucoup fait parlé de lui au travers de nombreux problèmes avec la censure, le film n’a déclenché aucune polémique. Tout juste, une divergence avec la MPAA (qui officie entre autre comme commission de classification des films) qui a obligé la réalisatrice à couper la scène où Patrick Bateman (Christian Bale) fait l’amour sauvagement avec deux prostituées. En France, la totalité de cette scène figure dans le métrage final...
La déception est donc forcement immense. Le livre de Bret Easton Ellis est un pur chef d’œuvre, une vision cynique et froide de la décadence des années 80, où seul le fric et l’apparence comptaient (quoi qu’aujourd’hui, cela peut rester d’actualité). Mais surtout et c’est ça qui avait le plus choqué, l’auteur ne se privait pas pour décrire de la façon la plus gore possible, les différents meurtres perpétrés par son ''héros''.
Fasciné, le lecteur était alors sous le choc du réalisme saisissant que constituait le descriptif de ces meurtres. On se demandait bien comment de tels horreurs allaient pouvoir être adaptées sur le grand écran. Mary Harron et sa scénariste ont eu la très mauvaise idée de mettre en scène la violence hors champ. Si on fait exception d’une scène gore qui rend maladroitement hommage à Massacre à la tronçonneuse (impossible de ne pas sourire tant on frise le ridicule), il n’y a rien de choquant à se mettre sous les yeux. Non pas qu’on aurait aimé un étalage de sang gratuit mais il s’agissait quand même de l’essence du livre.
Donc, avec ce parti pris, la cinéaste a déjà tout faux avant même que la première bobine ne soit achevée (lisez le passage du meurtre du clochard et regardez ensuite le film, vous comprendrez aisément l’erreur).
Le film n’est pourtant pas une catastrophe absolu. Plusieurs raisons à cela.
Tout d’abord, la justesse dans le choix du rôle principal. Christian Bale (souvenez-vous, le petit gosse dans Empire du soleil, c’était lui !) personnifie à merveille Patrick Bateman. Pour tous ceux qui ont lu le livre, il est difficile d’imaginer désormais quelqu’un d’autre dans le rôle. La bonne initiative est d’avoir aussi retranscrit le plus possible les longs monologues du livre en voix off. La première demi-heure est ainsi très réussie. Les mots de Bret Easton Ellis y sont intégralement mis. Le cynisme des situations, la singularité du personnage de Bateman sont alors réellement présents sur l’écran.
Un autre bon point, c’est d’avoir gardé ce qui restera d’ailleurs l’unique grand moment du film, la scène où les golden boys de Wall Street comparent entre eux leur carte de visite afin de voir qui a la plus belle. C’est à la fois drôle, pathétique (car complètement superficiel) et déconnecté des vraies valeurs de la vie.
Il est par contre impossible de pardonner cette interprétation réductrice du roman lorsqu’à la fin, Mary Harron ose laisser planer plus qu’un doute sur la nature des agissements de Bateman (rien ne serait réel, tout serait le fruit de son imagination). Se faisant, la réalisatrice réduit de façon gigantesque les propos de l’auteur. On lui pardonnerait volontiers s’il ne s’agissait pas de l’adaptation du livre de Bret Easton Ellis. Livre qui méritait assurément un autre traitement, comme celui qu’aurait pu lui apporter David Cronenberg, premier réalisateur intervenu sur le projet. En attendant, nous n’avons que nos yeux pour pleurer devant cet énorme gâchis.
Allez un petit conseil avant de partir : allez plutôt voir ou revoir l’incroyable film de John McNaugthon, Henry, Portrait of a serial killer. Vous aurez là un vrai film qui dérange et non pas ce film aseptisé et inoffensif qu’est malheureusement American Psycho.