L’un d’entre eux ne nous le répétera jamais assez : ne jamais tomber amoureux pendant une mission ! C’est Bond... Et lorsque l’on demande à Clive Owen si son personnage dans
Duplicity ne serait pas finalement une sorte d’agent 007 qui, pour les beaux yeux de sa compagne, commettrait les plus grosses erreurs de sa carrière, il répond en souriant que le pauvre agent ne sait effectivement pas gérer toutes les situations de crise. C’est bien le problème. C’est hommes sur-entraînés, au coeur de glace, des tyrans maîtres de la torture et du chantage ne sont que des petits pantins lorsqu’une femme entre dans le jeu ! A l’occasion de la sortie du film de Tony Gilroy,
Duplicity, où Julia Roberts et Clive Owen rendent hommage aux films d’espionnage des années 1950, nous vous proposons un petit florilège des amourettes entre espions. Entre celles qui tournent mal, celles qui font marrer ou celles qui nous échappent, l’amour classé top secret répond finalement à la seule règle de l’amour tout court : il n’y en a pas...
Notorious... ou
Les Enchaînés en français. Certainement la plus belle histoire d’amour entre espions jamais filmée. D’un érotisme absolu et d’une sensualité incroyable, le film d’Alfred Hitchcock a engendré des dizaines de récits similaires mais n’a jamais été surpassé dans la manière si discrète et intense de faire naître cette idylle entre Alice, fille d’un espion nazi, qui s’inflitre chez un ami de son père pour déjouer un complot et Devlin, qui va suivre sa mission de très près... Flirtant avec le plus habile des montages (son génie s’illustre lorsqu’il entre-coupe un baiser de dialogues pour le faire durer plus longtemps et contourner la censure alors en place –le Code Hays- qui minutait les scènes dites « osées »), explorant les cadres à moitié vide pour signifier l’absence d’une moitié, le cinéaste s’empare littéralement de leur histoire et crée une scène ultime proprement réjouissante où les deux êtres se retrouvent, à deux doigts de la mort d’Alice. Le réalisateur anglais parvient alors à allier son MacGuffin, le fameux prétexte –ici l’uranium 235- à son récit romantique, pour ponctuer son film de morceaux de bravoure tels que la visite de la cave du nazi...
Si l’on doit se poster du côté strictement féminin, puisque
les Enchaînés offre la part belle à sa comédienne principale, Ingrid Bergman, il faudra également se pencher sur le film
Agent X27 (1931) de Joseph Von Sternberg où Marlene Dietrich interprète une jeune prostituée engagée par l’armée Autrichienne et qui laisse filer son ennemi par amour ! Développant le mythe de Mata-Hari, également repris dans un film avec Greta Garbo, réalisé la même année par George Fitzmaurice, et dont Fassbinder s’inspirera largement pour Lili Marleen, le film sera également à la base de nombreux personnages féminins de la série des James Bond où les girls de l’espion de Sa Majesté sont souvent recrutées pour leurs charmes plutôt que pour leurs réelles qualités d’espionnes. Preuve en est la première représentante de la longue liste : Ursula Andress, certainement l’une des plus belles femmes au monde lors de la sortie du film. Mais le film n’explore pas encore les relations tumultueuses entre la girl et Bond et il faudra attendre le huitième épisode où Bond est incarné par
George Lazenby pour apercevoir un semblant d’amour dans la relation qu’il entretient avec Tracy, jouée par
Diana Rigg...
Celle-ci, qui sort quelque peu du schéma habituel où la girl doit savoir jouer la détresse, la séduction outrancière ou l’espionne sans coeur, sort du lot. Il décide d’ailleurs de se marier avec elle et de quitter son boulot d’agent secret avant que cette dernière ne se fasse assassiner. Coup dur pour Bond... Un sentiment qu’il revivra dans l’excellent
Casino Royale où le rôle de Vespertine, tenu par
Eva Green, propose enfin un personnage féminin dense et complexe, donnant du fil à retordre à
Daniel Craig. La girl n’est plus potiche... ou presque puisque les mauvaises habitudes furent bien vite reprises dans
Quantum of Solace avec une Olga Kurylenko aussi lisse qu’insipide.
Un autre espion, un peu plus français et nettement moins classe (quoique) c’est Hubert Bonisseur de la Bath alias OSS 117, héros d’une série de films ringards des années 1960 remis au goût du jour par Jean Dujardin et Michel Hazanavicius depuis peu... Pour le coup, et nous parlons des films récents, la OSS girl fait ici office de penchant intellectuel, sorte de cerveau pour les gros bras de l’espion le plus abruti de l’Hexagone, s’’inspirant finalement du modèle américano-britannique
Austin Powers où les rôles féminins (
Heather Graham, Liz Hurley et Beyoncé Knowles) allient charme et intellect...
Au début des années 2000, c’est au tour de Jason Bourne de nous montrer sa gestion des affaires privées. La romance développée dans le premier opus et qui se solde par une union heureuse sert ainsi de détonateur dans le second épisode puisque la jeune femme, interprétée par
Franka Potente, est assasinnée par les ennemis de Bourne... La machine s’enclenche et si
La mort dans la peau ne s’embête pas avec un semblant d’histoire d’amour, le personnage de
Julia Stiles connaîtra une nette amélioration dans son développement. Outre le fait qu’elle participe à relancer de manière assez classique le scénario du troisième opus, il faut préciser qu’elle était une « ennemie » de Bourne dans
La Mémoire dans la peau et que les scénarsites ont eu l’intelligence de l’intégrer dans les nombreuses intrigues de cette trilogie pour enfin aboutir à une histoire crédible et durable...
Au même moment des productions ambitieuses et françaises ont atteri sur nos écrans. Comme si le rôle d’
Emmanuelle Béart dans le Mission Impossible de Brian de Palma,
Sophie Marceau dans
Le Monde ne suffit pas avaient enfin fait comprendre aux producteurs que nos acteurs étaient tout aussi capables d’incarner de véritables agents secrets et que, somme toute les rues de Paris, particulièrement bien filmées par Jonathan Demme dans
La vérité sur Charlie, John Frankenheimer dans
Ronin ou Doug Liman dans
La mémoire dans la peau, pouvaient servir de décors à des exactions secrètes. Premier couple d’agents secrets :
Vincent Cassel et
Monica Bellucci, désormais fierté nationale.
Frédéric Schoendoerffer les filme au plus près, donne un petit côté français intimiste au film d’espionnage et nous embarque dans un récit amoureux atypique et assez original. L’union des deux comédiens, qui rappelle les films d’Hitchcock à certains instants et le cinéma de Melville à d’autres, ouvre alors la fenêtre à d’autres productions telles que
Triple Agent d’
Eric Rohmer,
Le plaisir de Chanter d’Ilan Duran Cohen ou
Secret Défense de
Philippe Haïm où les histoires d’amour et de sexe jouent un rôle primordial.
Tout aussi récents, des films comme
Munich ou
Mission Impossible 3 développent le mythe de l’amour impossible chez les espions, qui mettent en jeu leurs amours à chaque baiser et chaque nouvelle rencontre... Ils protègent leur moitié et s’empêchent d’aimer pour éviter la souffrance de leurs proches. Cependant, le dernier film de Tony Gilroy, qui a la bonne idée de projeter son histoire dans l’univers de l’espionnage industriel, retire cette notion de danger et tente d’aller jusqu’au bout des coups bas que deux espions ennemis peuvent se donner. Dans la même veine qu’un
Mr & Mrs Smith où Jolie et Pitt se foutaient royalement sur la tronche avant de s’allier pour sauver leur couple,
Duplicity montre comment des maîtres chanteurs peuvent s’aimer lorsqu’ils s’entendent sur un même point : la vie privée à tout à voir avec la vie professionnelle !