Les contraires s'attirent et se plaisent : la recette est bien connue mais vend toujours autant, mécanique huilée servant de prétexte à une vague de comédies romantiques plus ou moins inspirées.

Par Geoffrey CRETE - publié le 17 mars 2010 à 17h37 ,
MAJ le 19 mars 2010 à 19h23 - 0 commentaire(s)
Les contraires s'attirent et se plaisent : la recette est bien connue mais vend toujours autant, mécanique huilée servant de prétexte à une vague de comédies romantiques plus ou moins inspirées. Cette semaine, ce sont Romain Duris et Vanessa Paradis qui tombent dans les bras l'un de l'autre. Et ce qui n'était qu'un simple travail va brutalement et logiquement se métamorphoser en conte de fées moderne, d'une manière étrangement similaire aux Beautés empoisonnées joliment interprétées par Sigourney Weaver et Jennifer Love Hewitt ...



Il y a quelques années, la journaliste Kate Hudson, dans l'espoir de comprendre le fonctionnement de la gente masculine, orchestrait une relation chaotique et perverse avec le beau gosse Matthew McConaughey dont l'ambition était de tenir tête à ses amis en restant plus de dix jours avec la même fille. C'était Comment se faire larguer en 10 leçons, sympathique romance dont les débuts prometteurs étaient immédiatement soufflés par les impératifs de la comédie romantique.

L'exemple opposé, celui qui ne recule devant rien pour mettre en scène la perversité amusée des relations amoureuses et sexuelles, est celui de Fausses apparences, film méconnu de Neil Labutte. Après le glaçant En compagnie des hommes et avant le naïf Nurse Betty, il jetait un Paul Rudd coincé et maladroit dans les filets d'une Rachel Weisz cinglante et féministe. Fou amoureux d'une fille définitivement placée dans la catégorie supérieure, ce jeune étudiant s'oubliera totalement dans une relation dont les mécanismes truqués lui échappent. Dévoiler le pourquoi du comment serait indigne d'un cinéphile, alors il devient nécessaire de visionner ce film d'une cruauté rare. En tous les cas, les histoires d'amour déglinguées ne manquent pas d'exemple.




Dans le cinéma comme partout, la pire des options reste celle de la non-réciprocité des choses. Et ce qui caractérise les couples mythiques est justement ce lien infime mais inviolable qu'est l'amour. Aussi, lorsque la réunion improbable de deux paumés existentiels donne lieu à une non-comédie non-romantique où l'essence même des sentiments amoureux est bafouée. La fille, c'est Christina Ricci, une jeune fille en mini-jupe adepte de la danse et des claquettes. Lui, c'est Vincent Gallo qui, pour son premier film, se donne le rôle d'un homme psychorigide, maniaco-dépressif, tout juste sorti d'une peine de prison qu'il n'avait même pas mérité. Leur rencontre et la virée hallucinée qui s'en suit n'ont rien du simple hasard car ce pauvre homme n'a qu'une idée en tête : rendre visite à ses horribles parents avec sa petite amie pour démontrer que sa vie est belle. Faute d'en avoir une sous la main, il kidnappe et embarque la première prétendante sur son chemin. Certains parleront du syndrome de Stockholm - qui voit une victime de kidnapping s'enticher de son agresseur - mais Buffalo '66 ressemble davantage à une cicatrisation forcée. Celle d'un homme froid et meurtri, tellement rabaissé et ignoré par sa famille qu'il en est venu à la conclusion de se refuser toute émotion humaine par haine de soi. L'insouciance lunaire et la détermination timide d'une jeune fille tout aussi perdue viendra panser un être qui s'éteignait lentement mais sûrement. Mais avant d'en arriver à cette conclusion presque forcée, le spectateur aura assisté à la relation sado-masochiste entre un homme et une femme si seuls qu'ils n'ont trouvé aucun autre moyen de récolter une quelconque chaleur humaine qu'en s'accrochant au premier venu.

 



Le cinéma de Gregg Araki est tout aussi barré. Dans sa Teenage Apocalypse Trilogy, le réalisateur underground s'intéresse à la frontière entre l'amour et la violence, le masochisme et le plaisir, le sexe et la mort. En confrontant l'idéalisme et la pureté d'un personnage central - James Duvall, égérie du cinéma Arakien et futur lapin halluciné par Donnie Darko chez Richard Kelly - qui évolue dans un univers tordu et bourré de signaux illisibles - seul le spectateur semble réunir les éléments indiquant la conclusion forcément tragique des évènements - Gregg Araki dresse le portrait de l'amour comme un sentiment incohérent et logiquement corrompu par le cours des choses. Dans The Doom Generation, Amy Blue et Jordan White enchaînent les clopes et les « Fuck », roulent dans une vieille voiture aux vitres peintes en noir et écoutent Trent Reznor chanter « God is dead » tout en s'évertuant à essayer de perdre leur virginité en s'avouant leur amour et leur peur du SIDA. Dans Nowhere, Dark évolue entre partie de cache-cache sous LSD et projets arty tandis qu'il s'habitue au libertinage bisexuel de la fille qu'il aime, rongé par son désir d'exclusivité. Jamais l'amour ne rime avec tranquillité et épanouissement, ni chez Gregg Araki, ni chez Woody Allen. Vicky Cristina Barcelona, exploration inspirée de l'amour sous le soleil espagnol, ressemble à une expérimentation sociologique : d'où vient le désir et comment le gérer ? A travers une galerie de personnages profondément insatisfaits et insatiables - la blonde légère, la brune intello, l'artiste passionnée, la peintre enragée et le couple marié - le cinéaste New-Yorkais interroge la finalité d'un sentiment qui nous pousse à courir dans tous les sens. Au bout du compte, le jeu des chaises tournantes aura amené tout un chacun à passer sur l'autre, pour finalement revenir dans son petit nid douillet avant d'avoir évité quelques coups et balles perdues.

 




L'étrangeté la plus apparente dans une histoire d'amour provient naturellement d'une différence physique. Harold et Maude aura marqué des générations en décrivant la relation entre un garçon de 19 ans et une femme sur le point de fêter ses 80 ans. Tous deux fascinés par la mort - il simule le suicide et conduit un corbillard, elle est déterminée à mourir à 80 ans, âge idéal pour quitter cette Terre - ils se rencontrent tous les deux en assistant à des funérailles. Une rencontre inattendue et surprenante qui sera néanmoins exploitée avec une frontalité nettement plus violente par la Française Emmanuelle Bercot dans Clément. La réalisatrice de Backstage s'intéresse à la passion entre une femme trentenaire relativement peu équilibrée et un jeune garçon de 13 ans. Filmée par une caméra qui ne romance et n'arrange absolument rien, cette aventure éphémère et pédophile est loin d'être exceptionnelle. Que ce soit dans le cinéma de prestige - The Reader, romance fiévreuse entre une femme de 36 ans et un adolescent - ou le cinéma indépendant - Palindromes de Todd Solondz, Moi, toi et tous les autres de Miranda July - le motif de l'amour bancal dans le temps est récurrent.


De temps en temps, les histoires virent carrément dans le fantastique pour exprimer l'impossibilité et la complexité des relations. Après tout, King Kong n'est-elle pas l'histoire d'amour platonique mais non moins poignante entre une actrice ratée et un singe géant ? Et Ghost, les miettes sentimentales de deux âmes sœurs entre la vie et la mort, Patrick Swayze dans le rôle de l'ectoplasme romantique ? Et Edward aux mains d'argent, la rencontre entre une jeune adolescente et un Frankenstein autiste ?

 




Néanmoins, il serait simpliste de croire que se ressembler et s'aimer est chose aisée. Mozart and the whale imagine la rencontre entre Josh Hartnett et Radha Mitchell. Une comédie romantique niaise et légère ? Presque. Tous deux atteints du même syndrome - Asperger, une forme d'autisme qui était aussi celle du vieux monsieur dans Mary & Max - ils vont tomber amoureux et vivre une histoire extrêmement compliquée et chaotique.


A se demander s'il existe un quelconque moyen d'aimer dans le calme...



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