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Andy Garcia : Carrière chaotique d'un acteur remarquable

Par Nicolas HOUGUET - 18 janvier 2010 - 0 commentaire(s)

Andy Garcia a commencé à la télévision avant de se distinguer au cinéma. C'est son apparition dans Les Incorruptibles de Brian de Palma qui l'a propulsé au premier plan. Personne n'a oublié qu'il a campé le dernier héritier des Corleone dans l'ultime volet du Parrain de Francis Ford Coppola. Dès lors, il jouera régulièrement les gangsters (dans Les Seigneurs de Harlem jusqu'à Ocean's Eleven). A l'occasion il abordera également des comédies romantiques et portraiturera souvent de grandes figures (Federico Garcia Lorca ou Modigliani). En hommage à ses origines il réalisera Adieu Cuba. Il revient au premier plan avec City Island (sortie le 20 janvier).
 
Valeur montante
L'acteur voit le jour à Cuba le 12 avril 1956. Cinq ans plus tard, au moment du fiasco de la baie des cochons, sa famille quitte l'île pour s'installer dans la Floride voisine. Le jeune homme se distinguera pendant toute sa scolarité pour ses talents sportifs. Pourtant, au terme du lycée, c'est l'art dramatique qui a sa faveur. C'est ce domaine qu'il choisit de parfaire à l'université où il fait ses premiers pas sur les planches. Il se voit pourtant déjà en haut de l'affiche et va s'installer à Los Angeles pour parvenir à ses fins.
D'auditions en bouts d'essai, les débuts sont humbles. Andy fait son apparition dans quelques séries télévisées. Au cinéma, c'est presque logiquement qu'on l'emploie d'abord pour ses qualités athlétiques dans l'univers sportif de Blue skies again en 1983 (où une équipe de baseball est  troublée par l'arrivée en son sein de Mimi Rogers). C'est dans un registre plus sombre qu'il se distingue toutefois, d'abord face à Kurt Russell, journaliste empêtré dans une histoire de meurtre dans Un Eté pourri en 1985. Un autre polar contribuera à faire de lui une valeur montante, Huit millions de façons de mourir de Hal Ashby (avec Jeff Bridges et Rosanna Arquette).

 

City Island de Raymond De Felitta
 
L'âge héroïque des gangsters
Dès lors, le visage d'Andy Garcia n'est plus tout à fait inconnu. Cela n'échappe pas à la sagacité du grand Brian de Palma qui engage le jeune homme pour se joindre à la troupe réunie autour de Kevin Costner. Garcia est donc en 1987 de la très belle adaptation Les Incorruptibles, face à un Al Capone facétieux et ultra-violent campé par Robert de Niro. Andy, c'est le jeune flic virtuose de la gâchette qui va s'élever, avec ses compères, contre le caïd légendaire et s'opposer à son trafic d'alcool pendant la prohibition.
Par la suite, l'acteur décroche des rôles principaux, notamment pour American roulette, où il incarne un chef d'état destitué d'Amérique du sud. C'est un homme épris de culture dont la vie est menacée par les complots qui l'entourent. En 1989, il est aux côtés de Michael Douglas dans Black Rain de Ridley Scott, affrontant la mafia japonaise et ses yakuzas. Après avoir joué dans Internal Affairs de Mike Figgis, il est imposé à Francis Ford Coppola par les studios pour tenir le rôle de Vincent Mancini dans Le Parrain 3 en 1991. On imagine la méfiance du metteur en scène (et la fébrilité du comédien), qui voulait réunir dans ce personnage les qualités des grands hommes du clan légendaire (le dotant de l'impétuosité de son père Sonny, la sagesse de Vito, la froideur calculatrice de Michael). Pourtant, Garcia s'acquitte de sa tâche avec conviction et la tragédie familiale se clôt en beauté. Il est alors au premier plan et va devoir gérer sa gloire avec plus ou moins de clairvoyance.
 
Une décennie en demi-teinte
Les années 90 augurent pourtant du meilleur, s'ouvrant notamment avec Dead Again de Kenneth Brannagh, polar surnaturel où une femme rêve d'un crime commis dans un lointain passé. Il incarne également le pauvre type usurpant l'action héroïque d'un Dustin Hoffman abject dans Héros malgré lui de Stephen Frears en 1992.
Il continue à être de distributions prestigieuses (côtoyant Uma Thurman dans Jennifer 8 par exemple), mais ses choix sont attendus et il évolue dans une sorte d'évidence. Il soutient une Meg Ryan à contre-emploi: elle est son épouse alcoolique dans Pour l'amour d'une femme. Mais comme Ryan, qui est limitée aux comédies romantiques, Garcia revient toujours au genre policier qui l'a fait connaître comme dans Dernières heures à Denver en 1996. Le rôle n'est pas dépourvu de charme et de malice, il est de nouveau face à un monstre sacré, Christopher Walken. Pourtant, on a le sentiment qu'Andy Garcia s'est laissé piéger dans un registre dont il ne lui sera pas aisé de sortir. Il prête sa fantaisie à Faux frères, vrais jumeaux, le temps d'une performance dédoublée. Mais un grand rôle commence à se faire attendre.
Il y a une évolution lorsqu'il incarne un grand poète en 1997 dans The Disappearance of Garcia Lorca. Il retrouve la caméra d'un maître, Sidney Lumet, qui le choisit pour son Dans l'ombre de Manhattan. Andy y est un jeune procureur zélé qui vient de la rue dont il connaît les codes. Il se trouve confronté à la corruption qui gangrène la justice. L'acteur a souvent à jouer ces hommes, familiers des usages criminels. Il campera par exemple un parrain légendaire, Lucky Luciano, dans Les Seigneurs de Harlem de Bill Duke, un film évoquant la guerre des gangs qui faisait rage dans les années 30.
On le retrouve dans le registre beaucoup plus léger de Gary et Linda où il est charmant et capable de tout pour reconquérir sa belle. Garcia revient pourtant à son genre de prédilection dans L'Enjeu de Barbet Schroedoer en 1998. Il est de nouveau un incorruptible flic, face à un dilemme moral puisque seule la moelle épinière d'un criminel (Michael Keaton) pourrait soigner son fils. C'est certes un peu attendu mais sa composition est efficace. La carrière de l'acteur connaît cependant un essoufflement certain. On le retrouve à la télévision dans Will and Grace ou Frasier et dans quelques films anecdotiques.

 oceanstwelveint10
 
Retour au premier plan
Au début du millénaire, décidant de faire le remake de L'inconnu de Las Vegas, Steven Soderbergh le choisit pour incarner l'inquiétant directeur de casino que George Clooney et sa bande vont dévaliser dans Ocean's Eleven et ses suites. C'est ainsi qu'on le redécouvre dans la peau d'un méchant très classe. La suite de sa carrière est inégale : il est un psychothérapeute endeuillé croyant retrouver son fils disparu dans Sous le silence en 2002. Il participe à un polar déjanté, Confidence de James Foley. Il fait partie de l'enquête tourmentée orchestrée par Philip Kaufman, Instincts meurtriers.
Il tente de faire revivre un Paris bohème et artistique, tenant le rôle titre d'un biopic par ailleurs assez académique, Modigliani en 2004 (qui ne parvient pas à faire oublier Gérard Philipe dans Montparnasse 19). En 2006, il s'attelle à un projet qui lui tient à coeur, son premier film en tant que metteur en scène sur Adieu Cuba, évocation de son île natale à la veille de la révolution castriste. Il y incarne le directeur d'un club, pris dans les tourments de l'Histoire qui bouleversent son pays. Le traitement est de nouveau très classique, mais il y a de l'ambition dans ce sujet et une dimension évidemment très intime.
Andy Garcia retrouve un policier énergique avec Mise à prix de Joe Carnahan. Il a atteint une stature certaine qui lui permet de tourner régulièrement et parfois dans des films pas indispensables (La Panthère rose 2 ou The Line). Avec City Island de Raymond de Felitta, il tient probablement l'un de ses plus beaux rôles dans une comédie remarquablement rythmée. Il y incarne un gardien de prison, chef de famille qui a bien du mal à contenir les turbulences de son clan tapageur.
 
Après sa révélation dans l'univers des polars, son incarnation marquante du dernier des Corleone, Andy Garcia a pu connaître une carrière quelque peu chaotique. Pour autant, avec City Island, il rappelle à tous l'acteur talentueux qu'il est. En effet, riche de ses heures de gloire comme de ses creux de la vague, ce comédien connaît là un moment de grâce et une rupture de style qui remettent quelques pendules à l'heure.

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