Belle, souvent écorchée mais toujours intense,
Anne Consigny gagne depuis quelques années en reconnaissance et en audience, ce que sa modestie tranquille par ailleurs semblait lui refuser. En effet, si sa carrière au cinéma débuta en 1984 sous la direction de Manoel de Oliveira (
Le Soulier de Satin), la fille de grand commis de l’Etat qu’elle est ne semblait pas accorder à sa poursuite un intérêt marqué. Et pourtant, d’où que l’on regarde, on sent poindre chez elle toute la puissance d’une actrice d’exception. La sortie de Première Etoile aidant, il était donc temps de s’intéresser plus encore à la sublime et non moins talentueuse
Anne Consigny.
Du théâtre au cinéma : une trajectoire étonnanteTrès tôt tentée par les planches, la native d’Alençon semble se destiner à l’exercice du théâtre et paraît promise à de beaux succès. En effet, faisant ses premières armes dès son enfance aux côtés de Jean-Louis Barrault, notre comédienne en herbe trouve ses marques au théâtre et enchaînera pas moins d’une vingtaine de pièce entre les années 1980 et 2005 après être passé par le Conservatoire. C’est ainsi que sans surprise, son talent se confirme lors de son entrée en tant que pensionnaire de la prestigieuse Comédie française. Nous sommes alors au début des années 1980 et parallèlement à la voie qui s’ouvre à elle, la jeune femme en expérimente deux autres, aussi similaires en apparence que différentes : la télévision et le cinéma.
S’il n’est pas impossible d’exercer ses talents sur toutes les scènes et d’en gravir les multiples échelons, une telle boulimie d’interprétation marque tout de même les esprits puisqu’on retrouve
Anne Consigny dans pas moins de huit productions télévisuelles et trois longs entre 1980 et 1988, ceci sans compter les douze pièces auxquelles elle participe pour Peter Brook notamment et le Français. Ainsi, celle qui disait jouer pour s’échapper de son milieu bourgeois, emporte son pari et peut désormais vivre de son art. C’est d’ailleurs à cette époque qu’elle aura un fils, Vladimir, avec le talentueux
Benoit Jacquot (
Adolphe, Villa Amalia), fils qui par ailleurs se risquera lui aussi à exercer la dure profession d’acteur.
En effet, si
Anne Consigny semble alors comblée, sa vocation et son orientation l’amènent à se poser de telles questions qu’elle suspend son activité pendant plus de quatorze ans. Se cherchant, cette dernière explore d’autres territoires, tout en continuant avec intermittence le théâtre. Mais l’art dramatique a tôt fait de la rattraper. Et c’est en 2002 sous la férule d’
Isabelle Nanty qu’elle renoue avec le cinéma (
Le Bison) après être repassée avec succès par la télévision dans
Une famille formidable.
Un retour mesuré pour une éclosion éclatanteEnchaînant avec quelques rôles télévisuels et des prestations de plus en plus remarquées auprès de grands espoirs du cinéma français (Arnaud Desplechin,
Olivier Marchal, Philippe Lioret, Jeanne Labrune, Laëtitia Masson…),
Anne Consigny devient familière au regard des amateurs et des cinéphiles. Mais plus encore, gagne-t-elle leur confiance et leur soutien puisqu’on se souvient de chacune de ses nouvelles apparitions. Talentueuse, l’actrice s’attache à tous les genres et par sa faculté à s’adapter, plait du fait de son registre étendu. En effet, on la retrouve aussi bien dans une comédie (Le Bison) que dans des films plus dramatiques et audacieux (
Léo, en jouant Dans la compagnie des hommes,
Anna M.,
L'Equipier ou
36, Quai des Orfèvres…) Ainsi, ses rôles vont-ils en s’étoffant à mesure que de plus en plus de cinéastes avertis lui font confiance. Appréciant sa faculté à incarner et sa propension à exprimer aussi bien l’extrême tendresse que la plus singulière dureté, ils lui confient donc des personnages éminemment intéressants. Ainsi, fera-t-elle partie dans des usages très divers des distributions de
Largo Winch où elle joue une mère adoptive dévouée, de Conte de Noël où elle joue une sœur infâme en passant par le personnage très compatissant du film de Julian Schnabel,
Le Scaphandre et le papillon. Mais tout aussi surprenante dans
l’Ennemi public numéro 1, elle joue l’avocate d’un Jacques Mesrine que l’on n’est pas prêt d’oublier. Habituée dès lors des premiers rôles, elle confirme encore aujourd’hui sa nouvelle place parmi les actrices qui montent. Sa prestation de mère débordée et harassée dans Première Etoile en est d’ailleurs un nouvel exemple.
Ne lui reste plus dès lors qu’à atteindre une cime autrement plus compliquée. En effet, si le travail ne semble pas lui manquer, tout comme les nominations infructueuses aux César comme aux Molière, il lui faut passer le cap le plus difficile : celui qui fait qu’un projet se monte sur votre talent et sur votre nom. En cela, sa participation prochaine à la galaxie des acteurs ayant tourné avec Alain Resnais (
les Herbes folles) s’avère aussi révélatrice que porteuse de beaucoup d’espoirs pour la suite. Et ce n’est pas – on en conviendra – sans une réelle impatience que l’on espère que ce jour arrivera bien vite. Car dans le cinéma français, outre Juliette Binoche,
Isabelle Huppert et quelques autres, les actrices à mêler si bien drame et comédies, petites et grosses productions se font bien trop rares. Dès lors, on ne peut que souhaiter une réussite plus flagrante encore à
Anne Consigny, tout en espérant qu’elle profite des films qui s’annoncent pour elle (
Le Dernier pour la route où on retrouvera
François Cluzet,
Rapt ! de
Lucas Belvaux ou encore
John Rabe où elle jouera aux côtés de
Steve Buscemi) pour continuer à tant nous toucher.