Par OB, RLV & JDM - publié le 20 décembre 2005 à 03h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h42 - 35 commentaire(s)
On ne sait toujours que penser de La passion du Christ, de Mel Gibson, interprété en Araméen. Que va-t-il falloir penser de son prochain opus Apocalyptico, interprété cette fois en Maya (difficile puisqu'il existe 70 langues maya) et qui semble aussi ambitieux ?

Revenons sur le phénomène. Conspué par une majorité des journalistes à sa sortie, adulé par un cercle fermé de cinéphiles rebelles, La passion du Christ ne mérite pas ce tombereau d’insultes ni l’accumulation de panégyriques. Loin de toutes les polémiques délétères que les détracteurs ont tenté de véhiculer (pas de diffusion en France, des spectateurs morts pendant la projection, de l’antisémitisme en puissance, ostracisme sévère de Martin Karmitz…), le film gagne sans doute à être revu avec plus de sérénité. Tel quel, il résume les douze dernières heures du Christ bombardée de séquences de flagellation interminables, de cris, de sang et de larmes. L’effet de surprise en moins, le film ne fonctionne pas aussi bien à sa seconde vision, mais il n’en reste pas moins d’une puissance émotionnelle réelle. Il s'agit juste d'une question d’accepter que Mel Gibson se permette de parler aussi sincèrement d’un sujet qui dérange.


Jim Caviezel est Jésus dans La passion du Christ

Les défauts de la dernière tentation de Mel naissent du manque de recul d’un cinéaste halluciné. Rien que le fait d’avoir pu monter et montrer un film pareil relève du miracle. S’il n’est pas exempt de défauts irréfutables (nombreux ralentis inutiles, afféteries formelles superflues…), La passion du Christ opte pour un refus drastique du consensus mou. Cette démarche mérite d’être considérée et appelle au minimum le respect. Mais le film ne se résume pas qu’à cela : aux antipodes des scènes de fureur sanglante, certains flash-back explicatifs (à l’instar de la lapidation de Marie-Madeleine) viennent aérer un récit claquemuré dans sa propre fureur. Preuve que Gibson ne cherche pas la haine mais l’amour. Pour mettre en valeur cette déchéance terrible et épique, il bénéficie en outre d’une interprétation adéquate, parfaitement au diapason, dont se détache Maia Morgenstern dans le rôle de Marie. Son regard habité, à la fin du film, hante longtemps l’esprit.


A condition de ne pas jouer les cyniques et d’aimer se laisser émouvoir, cette descente aux enfers prend aux tripes, peu importe l’individu et sa religion. Malgré les avertissements de la presse, les réactions des spectateurs sont presque unanimes : malgré sa brutalité, La passion du Christ a finalement plus ému qu’effrayé. Sans doute parce qu’à travers cette violence spectaculaire, se cache une parabole sur la souffrance du monde, l’intolérance, le sacrifice, la bêtise nue et le manque d’amour où un homme est devenu le réceptacle des haines les plus ordinaires.


Jim Caviezel est Jésus dans La passion du Christ

Apocalyptico, son nouvel opus

Après l'énorme succès et la monstrueuse polémique de La passion du Christ, Mel Gibson a déjà quasiment fini son nouveau film Apocalyptico (produit par Icon, la société de Mel Gibson et Bruce Davey). Normal : sa sortie est prévue pour l'été 2006. Le casting ne devait pas avoir recours aux Stars Hollywoodiennes. Logique du dispositif mis en place : Mel Gibson ne joue pas dedans. Tous les acteurs sont inconnus au bataillon. Le film raconte l'histoire d'une ancienne civilisation datant de plus de 3000 ans. Selon Variety le scénario (rédigé par le réalisateur) dépeint une violence et une dose d'action très crue et très abondante. Le titre est un terme grecque signifiant "Le dévoilement" ou encore "Le renouveau". Courageusement, Gibson finance donc le film ; ce qui lui permet d'en garder le contrôle absolu et d'être distribué par Disney aux Etats-Unis. Le réalisateur (intègre ou halluciné, on se pose encore la question) promet qu'il n'y a aucun aspect religieux mais on parle d'ores et déjà d'un film potentiellement ultra-violent. Selon ses termes, il s'agit d'"un film d’action aux proportions mythiques". On ne connaît plus sobre et humble.



Le premier teaser, extrait de l'émission Entertainment Weekly, donne à voir quelques images furtives qui ne permettent pas de se faire un point de vue mais le projet semble pharaonique et ambitieux. Le tournage du film devait débuter au mois d'octobre au Mexique et a été repoussé au mois de novembre au Mexique dans l’Etat du Veracruz. Concernant le scénario, Mel Gibson reste terriblement évasif, soucieux de conserver le halo de mystère bénéfique qui entoure le film, et d’éviter par la même que ne se déchaînent les passions, réanimées sur la simple prononciation dans certains cercles de la première syllabe de son nom : "C’est l’histoire d’un homme, de sa femme, de son fils et de son père, de sa communauté". Très précis, Mel Gibson ajoute "Ils sont poussés dans une situation terriblement stressante et vont devoir surmonter d’épouvantables obstacles". Il ajoute par ailleurs : "J’espère qu’en s’intéressant à une civilisation disparue, nous pourrons faire notre propre autocritique". Le film s’annonce comme une observation anthropologique.



Ambitieux comme D.W Griffith pour Naissance d’une Nation, il affirme, si cela peut en rassurer, que le titre Apocalyptico ne renvoie à aucune considération religieuse mais plutôt au cycle perpétuel des civilisations humaines qui s’élèvent et disparaissent. On se demande vraiment la tête que ça aura.

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