Parmi les nanars estivaux, une surprise de taille: le retour de Michele Soavi avec
Arrivederci, amore, ciao, un exquis polar qui aime à fureter dans tous les registres pour mieux intriguer et surprendre. Au dernier festival de Cannes, le réalisateur défendait les couleurs de son dernier opus avec Conchita Airoldi, productrice ô combien courageuse qui a toujours été à ses côtés même dans les moments les plus difficiles. Belle collaboration, beau film.

Cannes 2006. Premier scandale: Michele Soavi ne présente pas son film en compétition officielle mais se contente du Marché du film. Peu importe: ce n’est pas ce qui le démotive. L’auteur, absent pendant 11 ans du grand écran mais pas du petit (il a enchaîné un nombre impressionnant de téléfilms aux genres dissemblables), croit en sa reconversion dans le polar politique qui dit deux trois choses cruelles sur l’Italie d’aujourd’hui. 13h, on arrive à l’heure pour l'interview. Perdu dans les rues de la capitale du cinéma, Michele confond le nord et le sud; on vole à son secours. Comme lors du dernier festival du film policier de Cognac où nous avions longuement analysé en long, en large et en travers son sésame brûlant, le réalisateur est accompagné de la belle Alina Nadelea qui ne le quitte plus et qui, expressive et chaleureuse, me reconnaît au bout de la rue en me faisant d’immenses signes. Après les retrouvailles (charmantes), on se dirige fissa vers le lieu de rendez-vous pour l’interview.
En marchant, Alina confie qu’elle joue dans un film en compétition officielle (
L’ami de la famille, de Paolo Sorrentino), que ses amies se sont moquées d’elle lorsqu’elles l’ont vue pour la première fois dans le rôle tragique qu’elle incarne dans
Arrivederci, amore, ciao ("
elles se repassaient la vidéo en boucle et pouffaient de rire comme des folles parce qu’elles savent que je suis tout sauf timide et réservée"), qu’elle adore par-dessus tout la France et le cinéma Français ("
j’adore le couple Jaoui-Bacri et je rêverais de travailler avec eux, ce genre de films où les personnages possèdent des identités complexes et dans lesquels le traitement psychologique est si subtil me parlent"). Anxieux, Michele reste à nos côtés. Par chance, la productrice Conchita Airoldi arrive en même temps que nous. 13h30: il est hors de question que nous commencions l’interview sans prendre un bon déjeuner. Le repas dure une heure: nous sommes sur une terrasse en train de savourer des pizzas avec les distributeurs de la Pan Européenne et les conversations tournent autour de la controverse
Southland Tales, du dernier Moretti et du match de foot qui aura lieu ce soir (nous ne sommes pas en plein mondial, pourtant). Fin du repas: on démarre l’interview sous un cagnard monstrueux. A questions flegmatiques, réponses alertes.

Victime de sa singularité et de son contenu audacieux au dernier festival de Cognac (il en est revenu bredouille),
Arrivederci, amore, ciao n’a certainement pas dû faire l’unanimité au sein des différents jurys. Et pourtant, grossière erreur: onze ans après son formidable champ du cygne
Dellamorte Dellamore, le réalisateur revient avec une fable ironique et amère, étrange et inapprivoisable, qui appuie une vigueur et une envie de faire du cinéma simplement roboratives. L’histoire est propice à déclencher les polémiques: Giorgio Pellegrini, ancien terroriste communiste, quitte l’Europe direction l’Amérique du Sud. Histoire de fuir les autorités. Des années plus tard, il revient en Italie pour mener une nouvelle vie. Son ambition est simple : devenir riche par n’importe quel moyen. Quitte à faire du mal aux autres. Allégorie sur l’Italie d’aujourd’hui gangrenée par la délétère corruption? "
Oui", assure Michele, avec insistance, avant de poursuivre : "
Selon moi, c’était là que résidait tout le défi et l’audace du projet."
A ses côtés, une femme délicieuse: Conchita Airoldi qui, non contente de produire le Soavi, arbore un CV impressionnant qu’elle a l’humilité de ne pas nous réciter. Faisons-le pour elle: Conchita a produit, entre autres,
Ginostra, du si discret Manuel Pradal (
Marie baie des anges) ;
A ma sœur !, de Catherine Breillat, et surtout
Titus, de Julie Taymor, extravagante relecture d’une pièce oubliée de Shakespeare à la fois bouffonne, révolutionnaire, délirante et cruelle. Trois films qui, quoi qu’on en pense, faisaient montre d’audaces visuelles et narratives hors normes. Mais sa première collaboration avec Michele commence avec
Dellamorte Dellamore: "
j’ai connu Michele avec ses précédents films, je n’ai découvert sa personnalité que très progressivement. Avec le recul, je crois que Dellamorte Dellamore a été notre collaboration la plus intense." Se souvient-elle de la réaction à la lecture du script de
Dellamorte Dellamore ? "
Même si je reconnais ne pas être une adepte du genre, j’ai décelé une vraie sensibilité artistique chez Michele qui m’a séduite. Aujourd’hui, quand je le revois, j’aime encore beaucoup le film mais avec Arrivederci, amore, ciao, on vient de franchir un pas plus grand."

La conclusion du film, terrible et déroutante, est vraisemblablement le point d’orgue du métrage mais aussi le détail le plus casse-gueule. Celui sur lequel Michele et Conchita ont mûrement réfléchi de concert. La productrice affirme: "
".