Est-ce possible de faire un cinéma différent aujourd'hui ? Avec Sono Sion, la réponse est oui. Le réalisateur japonais revient avec Love Exposure

Par - publié le 27 janvier 2010 à 16h02 ,
MAJ le 28 janvier 2010 à 10h17 - 0 commentaire(s)

Est-ce possible de faire un cinéma différent aujourd'hui ? Pour Sono Sion, la réponse ne fait aucun doute. Avec Love Exposure, le réalisateur japonais, remarqué grâce à Suicide Club, organise un monument de quatre heures où il retrouve sa prédilection pour l'expérimentation baroque, les personnages singuliers et les trajectoires tordues. Magistral.
 
Sono Sion, qui a bâti sa carrière dans l'underground en écrivant des poèmes Baudelairiens sur le spleen et en réalisant quelques pornos gays, n'opère pas dans les catégories usuelles des fabricants d'images. C'est sans doute pour cette façon que ses oeuvres - les plus inventives que l'on ait vu depuis ces dix dernières années - sont constamment ignorées en France. Tout juste, Suicide Club a-t-il connu une sortie DVD. C'est son film le plus connu et le plus représentatif de sa démarche artistique : simuler les codes du fantastique et de l'horreur pour inviter à une réflexion mélancolique sur notre rapport aux autres. Sur ce coup, en auscultant des phénomènes de mode (le girls'band, le suicide collectif), Sion révélait les tares d'une société d'apparences avec ses coupables invisibles et ses victimes consentantes. Pourtant, sa filmographie ne se résume pas à ce coup d'éclat qui a par ailleurs connu une variation manga, avec la collaboration de Usamaru Furuya et une prequel (Suicide Club O: Noriko's dinner), revenant aux origines d'une hystérie collective pour broder sur le mal-être adolescent dans un style très littéraire et refléter toutes les pensées obscures que chacun cache par pudeur (peur du regard des autres, inaptitude au bonheur, angoisse de la mégapole et de l'anonymat, mal-être compensé par le virtuel). Avec ces avatars, il a réussi à accentuer le pouvoir de fascination autour de son phénomène en murmurant des vérités.

 

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Par la suite, Sono Sion a signé Strange Circus, hélas invisible en France, qui rend hommage au surréalisme, Panique (Alejandro Jodorowsky, Fernando Arrabal et Roland Topor) et Exte, un faux Jap-Horror dans lequel il continuait de fustiger les phénomènes de mode (les extensions capillaires) en séparant l'être et le paraître. Avec Love Exposure, son nouveau long-métrage, il raconte un conte inclassable de quatre heures sur l'amour frustré. Un jeune homme (Takahiro Nishijima, chanteur du groupe de J-pop: AAA), élevé par un père castrateur, se révolte contre son éducation catholique et tombe sous le charme d'une fille (Hikari Mitsushima, vue dans Death Note) assujettie à un culte religieux (Zero Church). Le vice, le péché et la perversion vont alors bouleverser son quotidien. Ce n'est que le point de départ d'une odyssée chapitrée entre classique et J-Pop qui brasse suffisamment d'éclairs de génie, d'idées visuelles, d'intuitions malades et de transgressions hardcore pour que le spectateur passe par une gamme variée d'émotions (rire, larmes, effroi, perplexité) sans avoir le temps de reprendre son souffle.
 
Il y a plus de cinéma dans ces 237 minutes que dans 90 % de la production annuelle. Sono Sion y interroge tout ce que peut le septième art en matière de raccords impossibles, de corps à corps fantasmés, d'expédition sensuelle en zone cinéphile. On regarde ça, les yeux exorbités. Si on devait le rapprocher d'un autre objet de sa filmographie, ce serait Strange Circus avec lequel il partage les mêmes influences surréalistes (l'anticléricalisme de Luis Buñuel, la cellule familiale engloutie et le fétichisme sexuel de Fernando Arrabal) et les mêmes thèmes (le joug religieux, le poids fragile des conventions). Depuis, Sono Sion a travaillé sur un autre long-métrage : Lord of Chaos, un biopic de Varg Vikernes (Jackson Rathbone, vu dans Twilight), leader d'un groupe de black metal norvégien "Burzum", responsable du meurtre d'Euronymous, un autre chanteur. Condamné à 21 ans de prison en 1994, il a été libéré sur parole il y a  un an à peine. Le résultat devrait être prêt pour cette année.
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