Par Philip Dowland / KP - publié le 18 octobre 2005 à 04h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h37 - 56 commentaire(s)
Les derniers albums signés Uderzo n’étaient déjà pas fameux (L’Odyssée D’Obélix, La Traviata) mais là, avec ce dernier opus qui a su se faire attendre, la franchise du petit gaulois semble tomber encore plus bas sur la forme comme sur le fond. Nous ne pouvions pas passer cette débâcle sous silence, d'autant que son auteur est impliqué dans les futurs films.

S’étant imposé comme l’une des références de la bande dessinée depuis plus de 40 ans, Astérix et ses irréductibles copains possède une actualité chargée en cette fin d’année : un coffret DVD chez Gaumont DVD, un film d’animation pour janvier, un film live en préparation et surtout la sortie du 33eme album : Le ciel lui est tombé sur la tête. Un titre gentiment évocateur du ressenti que l’on peut avoir pour Uderzo à la lecture de la BD.

Sortie à 8 millions d’exemplaires dans 27 pays (dont 3 178 000 albums numérotés), cette nouvelle BD marque la rentrée ‘’littéraire’’ de façon imposante en terme de mise en place. Notre déception n’en est que plus impressionnante : Uderzo s’est complètement perdu en essayant d’insuffler un esprit new age à son univers gaulois.



Après avoir épuisé jusqu’à la corde le côté famille/enfant de façon assez décente dans Le fils d’Astérix puis de manière bien plus pesante dans L’Odyssée D’Obélix et La Traviata, Uderzo s’est attaqué à la SF façon Mickey Parade. On trouve ainsi dans ce 33eme album un pléthore de nouveaux personnages aussi fades et inintéressants les uns que les autres : un télétubbies qui ressemble à Mickey mais avec de petites oreilles (sa planète est d’ailleurs un anagramme de Walt Disney), une armée de Superman sous les traits de Arnold Schwarzenegger, un autre martien bridé – adepte du kung fu – pilotant une navette Goldorakisée et censée représenter les mangas (il vient de la planête "nagma", anagramme de manga). L’histoire raconte donc l’affrontement entre les comics américains (Walt Disney + les les comics de super héros) affrontant l’univers décadent des mangas (le kung fu et les petits robots). Ce qui aurait pu être amusant si le traitement n’avait pas été aussi pénible. Chaque effet est appuyé, l’humour est omniabsent et les pages sont pleines de vides. Les rebondissements ne sont là que pour atteindre les 44 pages syndicales et cela se ressent dès la 4eme page.

Mais la faiblesse scénaristique est transcendée par l’indigence formelle de ces nouvelles aventures. Nous avons affaire à la BD d’Astérix la plus mal mise en image de toute la saga. Si certaines pages font encore illusion, l’ensemble se répand dans une débauche de couleurs écoeurantes traitées sous Photoshop servie par des vignettes (souvent de très grande taille – remplie de vide) sans dynamisme. A ce titre, tous les nouveaux venus (exception faite du superman-clone) s’intègrent particulièrement mal à l’univers de nos buveurs de potion magique.

Le plus ironique est de constater que ce nouvel Astérix - une nouvelle fois sans le second degré manquant terriblement depuis la disparition de Goscinny - est le fruit de l'homme qui trouva le film Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre peu à son goût, alors qu'il restait honnête et au moins aussi burlesque que les premières BD, empêchant la mise en chantier d'un Astérix 3 réalisé par Gérard Jugnot et regroupant la troupe du Splendid. Comprendre donc que Uderzo préférait le Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi.

Une claque de taille donc pour l’un des derniers représentants de la BD francophone… et surtout pour ses lecteurs.


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