Au moment où va sortir sur nos écrans un long-métrage en images de synthèse sur le petit héros d'acier créé par Osamu Tezuka, petit retour sur la genèse de ce robot pas comme les autres.

Par Arnaud BORDAS - publié le 06 décembre 2009 à 23h45 ,
MAJ le 06 décembre 2009 à 23h57 - 1 commentaire(s)

On a souvent reproché au studio Walt Disney d'avoir copieusement plagié Le Roi Léo d'Osamu Tezuka avec son énorme succès Le Roi Lion. Pourtant, depuis la sortie du film en 1994, les héritiers du plus célèbre des mangakas se sont abstenus de porter plainte contre le studio hollywoodien. C'est de bonne guerre, après tout. Tezuka n'a jamais manqué une occasion de dire son admiration sans bornes pour l'œuvre de Walt Disney et combien cette dernière a profondément influencé ses créations personnelles. Une passion réelle et sincère, mais qui a néanmoins permis au dessinateur nippon de connaître des succès quelque peu illégitimes eux aussi, notamment lorsqu'il publia, durant les années 50 et uniquement au Japon, des mangas reprenant les personnages et les histoires des plus grands classiques Disney. Des adaptations officieuses qui ignoraient superbement les problèmes de droits d'auteur et qui eurent la chance de paraître à une époque nettement moins procédurière que la nôtre. De manière plus officielle, il est de notoriété publique que les grands yeux innocents des personnages des mangas ont été créés à l'origine par Tezuka d'après les mirettes de Bambi, le faon héros du long-métrage éponyme de Disney que le mangaka avouait avoir vu plus de 80 fois. Quant au magnifique Pinocchio de Disney, même si sa sortie au Japon au début des années 50 coïncide quasiment avec les premières publications de cette nouvelle série de Tezuka, il a certainement influencé, par la suite, l'univers d'un personnage comme Astro Boy.

 


 
Il faut dire qu'à l'époque, Tezuka, encore étudiant en médecine, évolue dans un Japon occupé par les troupes américaines qui ont gagné la guerre et dans lequel la culture yankee est forcément omniprésente. C'est donc dans ce contexte que l'auteur va avoir l'idée de mettre sur pied une relecture de Pinocchio située dans le futur et prenant pour héros non plus une marionnette mais un petit robot. L'histoire se passe donc en 2003, dans un Japon dominé par la technologie. Le docteur Tenma, brillant scientifique spécialisé dans la robotique, décide de remplacer le fils qu'il vient de perdre dans un tragique accident de voiture par un petit robot à son image. Doté d'armes et de technologies chargées de le protéger, l'enfant-machine finit par décevoir son créateur, qui réalise un peu tard qu'il ne peut pas remplacer son défunt fils et qui décide de se débarrasser du nouveau venu en le vendant à un cirque. Tyrannisé par le directeur du cirque, le petit robot est finalement recueilli par un autre scientifique, le bon professeur Ochanomizu, qui le baptise Astro et qui fait de lui un super-héros capable de lutter contre l'injustice. Astro a désormais un nom, une famille et une mission. Il deviendra le protecteur de l'humanité.

 

En plus d'être l'une des premières créations de Tezuka, qui va lui permettre d'imposer son style révolutionnaire et sa volonté de faire exploser les cadres figés du manga de l'après-guerre, Astro Boy est aussi le premier manga de science-fiction, un genre qui va quasiment devenir le porte-drapeau de la bande-dessinée japonaise vers la fin du XXe siècle. Tezuka y aborde des thèmes étonnants pour l'époque, comme la valeur de l'intelligence artificielle ou l'influence néfaste de l'industrie technologique sur l'équilibre naturel, thèmes qui feront également le succès de la littérature de science-fiction américaine des années 50-60 et plus particulièrement d'un auteur comme Isaac Asimov. Encore mieux : en 1963, Astro Boy deviendra également la toute première série animée diffusée à la télévision, série qui fera beaucoup pour la popularité mondiale du personnage mais qui n'atterrira sur les écrans français qu'au début des années 80. On peut donc dire que c'est bien ce personnage qui a fait rentrer le manga dans l'ère de la modernité. Tant au niveau de la forme que du fond. Baptisée dans un premier temps Atomu Taishi (« L'Ambassadeur Atome »), la série devient assez rapidement et pour toujours Tetsuwan Atomu (« Atome bras d'acier »). On le voit, le nom japonais du personnage de Tezuka renvoie ouvertement à la tragédie de Hiroshima et de Nagasaki. Les Anglo-saxons éviteront le rappel gênant de cet épisode historique, préférant détourner le regard du lecteur vers les étoiles et baptiser le héros Astro Boy (qui donnera Astro le petit robot en français). Créé grâce à la technologie atomique et équipé d'un armement intégré à son corps, Astro Boy sera souvent montré comme le réceptacle d'une puissance qui, mal utilisée, pourrait entraîner la destruction de notre planète (notamment à travers un personnage comme Atlas, petit robot programmé pour la destruction et double maléfique du héros).


Bien que connu dans le reste du monde, Astro Boy est devenu, en l'espace d'une cinquantaine d'années, une véritable icône de la culture populaire japonaise ainsi que le personnage de manga le plus emblématique du genre. Au Japon, il occupe dans l'inconscient collectif à peu près la même place que Mickey Mouse aux Etats-Unis ou qu'Astérix en France. Et pourtant, après plusieurs tentatives nippones infructueuses, ce sont les Américains d'Imagi Animation Studios, déjà responsables d'un Tortues Ninjas de sinistre mémoire, qui signent le premier long-métrage en images de synthèse sur le petit robot. Le résultat, comme le laissaient présager les bandes-annonces, est d'une rare insipidité et semble avoir volontairement étouffé toute l'originalité du personnage. Version jeuniste et politiquement correcte du mythe, Astro boy, le film évacue toute la tristesse et l'inquiétude existentielle propres à la création de Tezuka, évitant soigneusement d'illustrer les thèmes du questionnement métaphysique, qui permettait d'humaniser le petit Astro, et de sa potentielle dangerosité pour le genre humain.

 


 
Evacué également le sens du fatum, la dimension tragique du destin qui pesait sur l'histoire originale : ainsi, le docteur Tenma ne perd plus son enfant dans un injuste accident de voiture mais dans un accident de laboratoire clairement imputé au méchant du film. Les rajouts et les modifications apportés au matériau original trahissent clairement la nature d'un tel projet. Il n'y a qu'à voir, pour s'en convaincre, la très crispante Cora et sa bande de potes, de vraies têtes-à-claques ambulantes qui ne servent quasiment à rien et qui, surtout, s'avèrent plus raccord avec l'univers graphique d'un Arthur et les Minimoys qu'avec celui de Tezuka. Peuplé d'idées ridicules (un trio de robots léninistes tout droit sortis d'un dessin-animé DreamWorks), de pantins unidimentionnels et de scènes d'action bouche-trou, Astro Boy, le film est une aberration. Il est réalisé par David Bowers. Un "surdoué" qui, après avoir signé pour DreamWorks un dessin-animé Aardman sans stop-motion (Souris City), vient de fouler au pied l'âme qu'avait placé Tezuka dans le cœur de son petit robot.
 


Arnaud BORDAS


Vos réactions


  • Astro Boy

    L'histoire : Dans la cité volante de Metro City, le docteur Tenma décide un jour de créer un robot pour remplacer son fils tragiquement disparu, Toby. De ses rec[…]

  • astroboyz2v1coff

    Astroboy

    L'histoire : Le professeur O?Shay réanime un robot, dont le créateur est l?ancien directeur des recherches scientifiques de Metrocity, le Dr Tenma. Il le nomme Ast[…]

Dernières news

Diaporama

logAudience