Mr Nobody raconte, à travers une odyssée humaine dans le temps, plusieurs histoires d'amour. Ca ne vous rappelle rien ?

Par - publié le 14 janvier 2010 à 00h08 ,
MAJ le 14 janvier 2010 à 10h54 - 1 commentaire(s)

Avec Mr Nobody, Jaco van Dormael raconte, à travers une odyssée humaine dans le temps, plusieurs histoires d'amour, avec autant de radicalité que de candeur. Comme toujours avec ce genre de films, ça passe ou ça casse. La preuve.

 

marienbad_1
 
L'ANNEE DERNIERE A MARIENBAD (Alain Resnais & Alain Robbe-Grillet)
Imaginez un homme. Imaginez une femme. Imaginez qu'ils n'ont pas de prénoms. Imaginez que le premier essaye pendant plus d'une heure trente de convaincre la seconde qu'ils ont vécu une histoire d'amour un an auparavant. Imaginez trois pions (Delphine Seyrig, Giorgio Albertazzi et Sacha Pitoëff) sur le damier de l'amour impossible. Imaginez une photo somptueuse (celle de Sacha Vierny), mélange d'ombres peintes et de réalisme mental. Imaginez des déclarations d'amour fiévreuses et amnésiques. Imaginez le labyrinthe des passions par un esthète fougueux. Sous l'impulsion d'Alain Robbe-Grillet, Resnais explore une thématique surréaliste entre Beckett, Breton et Carol. A l'époque déjà, on n'avait pas besoin de comprendre pour aimer. Dans L'année dernière à Marienbad, l'un des films préférés de Dario Argento, il suffit de se perdre dans cet univers proche du réalisme magique de Jean Cocteau où, pour reprendre la phrase du cinéaste poète, "si quelque chose vous échappe, feignez d'en être l'organisateur".
 

 

Solaris


SOLARIS (Andrei Tarkovski)
C'est l'exemple le plus parfait de film de science-fiction à vocation métaphysique qui affranchit la passion amoureuse des contraintes du temps et de l'espace. En pleine Guerre Froide, Solaris fut considéré comme une simple réponse soviétique à 2001, l'odyssée de l'espace, de Stanley Kubrick. Cette comparaison fut désavouée par Tarkovski qui, après avoir vu le classique de Kubrick, le trouva froid, stérile et trop axé sur la technologie. Il affirme, au contraire, s'être attaché à faire de Solaris son opposé. Sous l'égide de James Cameron en tant que producteur, Steven Soderbergh a proposé une seconde adaptation du roman éponyme de Stanislaw Lem des années plus tard. Si les deux films utilisent logiquement le même argument scénaristique, Soderbergh a recentré les enjeux fictionnels sur la psychologie du héros et le remords amoureux, alors que le cinéaste soviétique, en son temps, délivrait une gigantesque métaphore mystique et politique. A noter que le film de Tarkovski est connu dans deux versions (2 h 25 et 2 h 52), alors que celui de Soderbergh ne dure que 1 h 34.

 

Je t'aime, je t'aime, Alain Resnais
 
JE T'AIME, JE T'AIME (Alain Resnais)
Des années avant Michel Gondry avec Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Alain Resnais réalisait Je t'aime, je t'aime et racontait la même histoire d'amour sans fin tenant sur le fil du souvenir évanescent. On y voyait le même homme malheureux (Claude Rich à la place de Jim Carrey) qui assistait à une expérience hors du commun lui permettant de revivre une minute de son passé. Sous un aspect complexe, cette application littérale de la «géométrie de l'impossible», chère à Jacques Sternberg, pose une question simple et universelle: faut-il éternellement vivre avec des fantômes d'amour ? Ce poème proche de l'écriture automatique au titre mnémotechnique donne à voir et à réfléchir sur les blessures du cœur, les ravages du temps et l'espoir sans cesse renouvelé de revenir en arrière pour tout effacer et recommencer à zéro. 
   

abattoir5pic02


ABATTOIR 5 (George Roy Hill)
En adaptant le roman éponyme de Kurt Vonnegut, maître de la contre-culture américaine, paru à la fin des années 60 en pleine guerre du Viêt-Nam, George Roy Hill (Butch Cassidy et le Kid, L'arnaque) a réalisé une tragédie hallucinante sur un ancien soldat US qui survit aux bombardements de Dresde en 1945 et devient le témoin d'une humanité à la dérive. Bill Pilgrim, le protagoniste de cette odyssée dont le patronyme signifie Pèlerin, possède le don de voyager dans différentes sphères temporelles (un passé traumatisant pendant la guerre, un présent aseptisé avec sa famille et un futur fantasmé sur une planète perdue dans l'espace). Il est bien le double fictif de Vonnegut, qui a connu le funeste bombardement de Dresde, l'un des plus meurtriers de l'histoire avec Hiroshima et Nagasaki. Interné dans un ancien abattoir, l'écrivain a vu la destruction de la ville par les Alliés. Après avoir tutoyé cet enfer, Vonnegut ne pouvait plus prendre la vie au sens tragique. Sans voix-off, avec l'art consommé du montage de Dede Allen (Bonnie and Clyde), Abattoir 5 devient une sorte de merveille.

 

 

Les amants du cercle polaire, Julio Medem


LES AMANTS DU CERCLE POLAIRE (Julio Medem)
Cette histoire commence à la sortie d'une école quand deux enfants de huit ans, dont les prénoms (Ana et Otto) peuvent se lire comme des palindromes, se rencontrent pour la première fois. Dès cet instant, leur vie et leur destin s'entrecroisent. Dix-sept ans plus tard, ils se retrouvent réunis au bord du Cercle polaire, lieu magique par excellence. Julio Medem adore par-dessus tout les histoires d'amour bigger than life avec un peu de psychanalyse, de romantisme échevelé, de symbolisme et de grands tourments narratifs : les amoureux séparés dont la distance n'a jamais refroidi le cœur toujours ardent (Les amants du cercle polaire), les amants qui se perdent dans des labyrinthes passionnels (L'écureuil rouge), la demoiselle endeuillée qui plonge dans le récit insulaire et érotique de son chéri romancier (Lucia y el sexo). Au-delà de l'histoire à dormir debout, on retient la beauté des paysages, la lumière magique du soleil de minuit et le désir d'amour sublimé, évoquant l'appétit de merveilleux des surréalistes.
 

 The Fountain


THE FOUNTAIN (Darren Aronofsky)
Dans une interview d'Hubert Selby Jr. donnée par Ellen Burstyn (disponible sur le zone 2 de Requiem for a dream), l'écrivain dit que lorsqu'on prend conscience de quoi que ce soit intérieurement, on le perçoit aussi extérieurement, sans doute parce que le mot «œil» vient d'un mot sanskrit qui signifie «fontaine». Ce n'est donc pas un organe qui reçoit des vibrations du monde extérieur et qui les interprète mais un projecteur du monde dans lequel on erre. Cette définition a dû inspirer Darren Aronofsky. Dans The Fountain, son troisième long métrage après les éblouissants Pi et Requiem for a dream, il raconte le combat d'un homme pour sauver la femme qu'il aime. Pendant une heure et demi, on voit une plume trempée dans de l'encre noire, un anneau qui disparaît, des poussières d'étoiles, des lettres de livre, des regards déchirants, des mains qui s'effleurent, des caresses et des bras qui s'ouvrent, des visages en contre-jour, un soleil qui perce la neige, un oiseau qui s'évade d'un tableau. Tout ça pour représenter un voyage intérieur entre la vie et la mort, où le corps n'est plus la prison de l'âme. 
 

 

eternalsunshineint15


ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND (Michel Gondry)
Après Human Nature, fable originale sur un "homme sauvage", Charlie Kaufman (au scénario) et Michel Gondry (à la réalisation) signent avec Eternal sunshine of the spotless mind (titre emprunté à un poème d'Alexander Pope), l'une des plus belles histoires d'amour de ces dix dernières années. Cette élégie de science-fiction plonge dans les méandres de l'esprit humain et fonctionne sur le même schéma que Je t'aime, je t'aime dont il est un remake officieux, une poésie aérienne proche de Wim Wenders (Alice dans les villes) en plus. Des idées romantiques à chaque plan, des réminiscences platoniciennes (nous nous sommes aimés, nous l'avons oublié, aimons-nous pour retrouver la mémoire) et des acteurs déchirants nourrissent cette expérience où le sentiment amoureux est quelque chose d'infiniment plus complexe que des relations macro-chimiques neuronales et où tout un chacun reconnaît des lambeaux de son identité morcelée. A souligner la formidable reprise de Everybody's gotta learn sometimes des Korgis par Beck, dont la mélancolie souveraine inonde le film comme un torrent de douleur.
 

 l_etrange_histoire_de_benjamin_button_15


L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON (David Fincher)
Sorti peu après L'homme sans âge (Francis Ford Coppola, 2007), L'étrange histoire de Benjamin Button est une autre histoire d'amour dans le temps. Pendant près de trois heures, le récit balaie plus d'un demi-siècle d'histoire américaine du point de vue d'un personnage hors norme. La construction évoque un puzzle qu'il faut recomposer et parfaire. Dans un second temps, naît une histoire d'amour classique où les sentiments régulent l'ordre et le désordre durant une période déterminée. En réunissant deux personnages hantés par la question de l'âge, le film donne à réfléchir sur le passage du temps, les possibilités de l'espèce humaine et sa propension aux bonheurs et aux malheurs. A l'arrivée, il atteint un niveau de récit imaginaire et universel en recréant l'histoire des Etats-Unis dans un espace-temps suspendu. En faisant un retour vers le passé, il devient très contemporain et possède une résonance extrêmement forte depuis l'élection de Barack Obama. C'est pour cette raison qu'il enthousiasme à ce point le public américain et que le cinéaste répond parfaitement aux aspirations de ses contemporains. Il est fini le temps du cynisme IKEA : les gens veulent de l'espoir.


Vos réactions


  • Mr. Nobody

    L'histoire : Un enfant sur le quai d'une gare. Le train va partir. Doit-il monter avec sa mère ou rester avec son père ? Une multitude de vies possibles découlen[…]

  • Eternal Sunshine of the Spotless Mind

    L'histoire : Joel et Clementine ne voient plus que les mauvais côtés de leur tumultueuse histoire d'amour, au point que celle-ci fait effacer de sa mémoire toute t[…]

  • The Fountain

    L'histoire : The Fountain raconte le combat à travers les âges d'un homme pour sauver la femme qu'il aime. Espagne, XVIe siècle. Le conquistador Tomas part en quê[…]

Dernières news

Diaporama

logAudience