Avant
Jindabyne, il y avait
Lantana, superbe chronique polyphonique qui, autour d'une mystérieuse disparition, auscultait des âmes en peine jusque dans leurs contradictions. Derrière la subtilité des portraits, on pouvait percevoir un excellent directeur d'acteurs.
AVANT :
LANTANA Détective dans la police de Sydney, Léon Zat en a marre. Les relations avec sa femme sont pour le moins orageuses et ses gamins grandissent trop vite. Sonja, son épouse, consulte une psy, Valérie Sommers. Elle même souffre d'un grave trauma, sa fillette ayant été assassinée il y a deux ans dans des conditions atroces. Mystère : un soir, elle disparaît. Personne ne comprend et la police enquête...
Lantana est un thriller troublant et étonnant, une sorte d’alchimie entre le
Magnolia de Paul Thomas Anderson et
Lost Highway de David Lynch, sans l'aspect alambiqué, sans les univers parallèles, en gardant juste la substance horrifique, l'atmosphère étrange, les non-dits assassins, les regards tristes qui en disent long. Sa complexité compte pour beaucoup dans sa grande réussite. Pourvu d’un suspens qui lorgne vers le fantastique,
Lantana est un film qui tord le cou aux conventions. Primo, dans sa mise en scène sobre et efficace. Préférant les recours elliptique à celui de la pataude démonstration, Lawrence adopte un procédé robuste et intelligent qui consiste à partir d’une situation a priori banale pour basculer petit à petit vers des horizons inattendus. Deusio, dans la psychologie des personnages qui évite habilement les pièges tendus par le manichéisme d'usage. Le réalisateur donne à voir une galerie de personnages qui ne ressemblent pas à des stéréotypes. Tous complexes et foncièrement humains, ils cachent en eux des secrets inavouables. Alors qu’au départ, ils nous sont présentés comme caricaturaux, le script prend intelligemment le soin de nous rappeler que, sous les apparences, se cachent des zones d’ombre que le spectateur ne soupçonne pas. Par exemple, la psychiatre Valérie Somers n’arrive pas à se contrôler face à un patient qui la met mal à l’aise. Le cinéaste insiste sur les failles de ses personnages sans pour autant faire appel au démon larmoyant. L'interprétation d’ensemble est d’excellente facture, que ce soit Geoffrey Rush, bouleversant en mari inquiet et en papa triste, ou Anthony LaPlagia, surprenant en flic brutal qui refoule toute émotion. Trop heureux de donner vie à des personnages qui ne répondent pas aux sempiternels clichés du genre, les acteurs jouent juste et sans ostentation. A la fois enquête et analyse des comportements, une incontestable réussite qui, comme le suggère le titre, s'éparpille en surface pour mieux bouleverser en profondeur.

APRES :
JINDABYNEPrésenté au prochain festival de Cannes,
Jindabyne, le nouveau film de Ray Lawrence, inspiré d'une nouvelle de Raymond Carver, se présente sous les mêmes auspices que
Lantana avec un argument fantastique qui permet de détailler au plus juste des drames intimes et des tranches de vie pas si tranquilles. Un groupe d'amis découvre le cadavre d'une jeune aborigène, mais décide de terminer sa partie de pêche avant de le signaler aux autorités. Cette décision changera leur vie à jamais... L'histoire est adaptée d'une des nouvelles de
Short Cuts qui a si intelligemment inspiré Robert Altman pour signer le film éponyme. Avec le recul, la comparaison n'est pas si anodine.
Lantana aimait lui aussi à brasser les personnages et les sous-intrigues. Dans les rôles principaux, on retrouvera Gabriel Byrne et Laura Linney, authentiques proies de ce mystère en eaux troubles on ne peut plus alléchant.