Par Vincent Martini - publié le 09 février 2009 à 18h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h06 - 0 commentaire(s)
Avec ce film fortement documenté et terriblement inattendu, Tulpan, nous obtenons rien de moins que la plus forte surprise exotique de la sélection Un Certain Regard 2008. L'histoire de Asa de retour dans sa steppe kazakh est fortement teinté de l'expérience documentaire du réalisateur et propose un récit initiatique complètement imprégné par les bergers nomades suivis.
Sous ses atours de film attachant, il s'en dégage une envie de liberté, une passion débordante pour un mode de vie alternatif affranchi des contraintes urbaines que nous connaissons fort bien. Et si nous avions là le film le plus dépaysant de cette sélection ?

TULPAN
Un film de Sergey Dvortsevoy
Avec Askat Kuchinchirekov, Tulepbergen Baisakalov, Samal Eslyamova, Ondasyn Besikbasov
Durée : 1h40
Date de sortie : Prochainement

Après un service militaire dans la marine, le jeune marin Asa retourne à la steppe kazakh où sa soeur et son mari berger mènent une vie nomade. Pour commencer sa nouvelle vie, Asa doit d'abord se marier afin de devenir berger lui-même. Son seul espoir dans la région est une jeune fille prénommée Tulpan, la fille d'une autre famille de berger. Mais le pauvre Asa est déçu quand Tulpan le rejette en pensant que ses oreilles sont trop grandes. Asa persévère et continuer de rêver d'une vie qui n'est peut-être pas possible dans la steppe ...


Alors que le festival de Cannes 2008 s'achève doucement, nous remarquons avec joie que les derniers films programmés se révèlent être de bien jolies perles d'intelligence et de liberté. Pour son premier film de fiction, le cinéaste Sergey Dvortsevoy s'inspire admirablement de son expérience issue du documentaire (3 oeuvres) pour nous livrer un témoignage, bien loin d'une carte postale, de la difficile vie des bergers dans la steppe kazakh.
Avec ce personnage de Asa, un rêveur passionné épris de grands espaces -il a servi dans la marine-, le spectateur est invité à découvrir tout un peuple nomade vivant dans un pseudo-désert aux conditions de vie rendues compliquées par plusieurs facteurs. Les tempêtes de sable, la perte de son troupeau, mais aussi la diminution du nombre de bergers rendant difficile la recherche d'une épouse, ce qui arrive donc à notre idéaliste marin. La tradition oblige un berger à s'installer dans une cellule familiale où chacun à sa place pour pouvoir gérer tout le troupeau.


La diminution du nombre de nomades se traduit par un fort exode vers les villes (on pense vaguement à l'exode rural que nous avons pu connaître en France). Tulpan aspire ainsi à s'installer en ville et étudier. Le choix de Asa paraît radicalement opposé, puisqu'il est amoureux-fou de ces steppes, et se met en tête de réussir à séduire l'indécise Tulpan et son projet de devenir berger. L'expérience de son service n'a pas su le convaincre de changer de vie.
Le cinéaste aime ainsi faire durer ses plans afin de capter l'essence la plus sincère de cet environnement aride et changeant. Le partage documentaire se fait jusque dans les évènements même de l'oeuvre, ainsi nous assisterons en direct à la naissance compliquée d'une brebis en quasi-temps réel. La rigueur documentaire fait appel aux oeuvres sans concessions de Jean Rouch, et le caractère fictionnel permet de créer une dynamique d'avancée durant tout le récit du film. C'était la condition sine qua non pour attirer l'empathie rapide du spectateur.
Loin de rabaisser son récit pour autant, Sergey Dvortsevoy filme avec un amour sincère les pérégrinations de ces protagonistes entre dureté et innocence. Ce « western » kazakh rappelle peut-être de grandes épopées façon Himalaya, l'Enfance d'un Chef, avec une immersion encore plus probante dans une communauté vivant leurs vies plus qu'en la jouant.
Le récit touche droit au coeur avec une épopée simple, loin de nos vies cernées par les froides structures contemporaines, et il règne un rafraîchissant souffle de vie sur un film décidemment profond et convaincant au-delà de toute attente. Et si nous tenions là le ténor de cette sélection ?



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