Par Thedvdking - publié le 15 mars 2006 à 10h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h50 - 25 commentaire(s)
L'Avis du Jour met en avant quotidiennement l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Aujourd'hui, Thedvdking livre son analyse du sulfureux Hostel d'Eli Roth.



Hostel. Voici donc cet everest du gore crasseux, cet épouvantable bulldozer de la tripaille, déjà responsable de quelques malaises durant les projections des avant-premières. Le film est prétendu insoutenable, son jusqu'au-boutisme assumé étant un des arguments marketing principal de la campagne de promotion ("Testez vos limites..."), et est censé réconcilier tous les fantasticophiles les plus exigeants en matière d'outrances et de fulgurances gores avec un genre ayant perdu beaucoup de son mordant depuis quelques années, évolution notamment due à des considérations purement mercantiles, car en effet plus un film est trash, violent et sans compromis et plus il est difficile de le vendre largement et ainsi de rentabiliser les investissements consentis. Mais là, on nous promet le septième ciel, l'absence totale de conformisme. En effet, l'ami Eli Roth s'est affublé d'un partenaire et parrain adulé de toute une génération fan de cinéma de genre : Quentin Tarantino. Ce bienvenu bras-droit est censé apporter sa vision artistique au projet, mais surtout peser de toute sa verve et de sa notoriété pour immuniser au maximum Eli Roth des foudres de la censure, lui permettant ainsi de déchiqueter, éviscérer, et repeindre les murs en rouge sang -sans...pardon- être trop inquiété. Un postulat plutôt alléchant, tant les films pseudos gore qui ont sans cesse le cul entre le genre qu'ils sont prétendus représenter et l'évitement d'une censure trop sévère sont insupportables de compromission et laissent un amer goût au mieux de ratage, au pire de foutage de gueule. Alors donc, Hostel, c'est vraiment de la bombe ?



Mouais. Oh si, c'est vrai, on a effectivement droit certaines séquences bien corsées, et à une panoplie assez complète dans l'abomination : un orteil joyeusement applati à la pince, un taré avec une perçeuse qui confond la jambe d'une pauvre victime baveuse de douleur avec une planche de contreplaqué, un autre pas vraiment plus net qui s'amuse (chacun son truc) à énucléer une pauvre asiatique au chalumeau etc....Bref, on imagine qu'Eli Roth et son comparse d'un film Tarantino (l'idée de l'orteil écrabouillé et celle de la deuxième voiture qui passe sur le corps de la fille à la fin étant de lui par exemple) ont du bien s'amuser à imaginer les actes les plus tordus et les réactions du public qui s'en suivraient. Drôle, Hostel l'est aussi, notamment dans son prologue (un peu longuet toutefois), qui prend bien son temps pour installer nos candidats au massacre, qui font aussi office de protagonistes : 3 potes, deux étudiants américains et un Islandais, qui s'offrent un périple "vidage de c******" à travers les coins les plus potentiellement chauds de l'Europe, qui décidément est vue par les américains comme un baisodrome géant (cf Les lois de l'attraction par exemple, voire le moins connu et sympathiquement débile EuroTrip). Ca commence donc comme un vulgaire ersatz d'American Pie, en plus osé toutefois, avec filles à poil, putes et drogue en plein Amsterdam. Là-bas, nos 3 queutards rencontrent un sympathique (les apparances sont parfois trompeuses...écoute mon fils, c'est Eli Roth qui te parle...) mec enfumé qui leur conseille une fameuse auberge en Slovaquie, ou des jeunes filles généreusement dotées écartent les cuisses au moindre claquement de doigts (ou de testicules...mais là faut avoir une certaine maîtrise) à consonance étrangère. Bref, le paradis quoi. Voilà donc nos compagnons partis pour la destination de rêve, à bord d'un train fonçant à toute allure. Là, ils rencontrent un type bizarre qui bouffe avec ses doigts parcequ'il aime le contact de sa chair avec la nourriture. Ici, Roth veut nous faire comprendre que le mec est un taré, de ceux que ça ne dérangerait pas d'avoir dans son tupperware un morceau de cuisse humaine à la place de son poulet (qui en plus a peut-être la grippe aviaire...bon ok j'arrête). OK. Mais le mec est aussi habité par les esprits de Brokeback Mountain, et pose sa main sur la cuisse d'un des trois potes, qui lui est plutôt habité part l'esprit de Marc Dorcel, et remet donc énergiquement le type à sa place. Voilà comment installer un début de tension. Nos 3 queutards passent donc deux ou trois jours de bon temps, après avoir notamment rencontré deux jeunes filles plutôt à leur avantage et pas sorties d'un couvent, puis disparaissent mystérieusement un à un pour finalement tous se retrouver dans les bas-fonds d'une usine crade et délabrée, ou des syphonés du cerveau paient de douillettes sommes d'argent à une mystérieuse organisation pour pouvoir torturer à leur guise de pauvres victimes préalablement capturées, et classées selon leur nationalité (l'américain est à 50 000 dollars, au cas ou ça intéresse quelqu'un). Même Takashi Miike traîne dans le coin, c'est dire la normalité des esprits qui officient dans ces salles de tortures séparées, ou chacun y va joyeusement de sa paire de sécateur, de sa tronçonneuse ou de sa perçeuse Bosh (du travail de pro).


Afin d'atteindre ses objectifs de référence trash et de film d'horreur fun et vicieux, Eli Roth ne lésine donc pas sur les moyens employés, quitte à sombrer dans la facilité racoleuse : filles à poils, sexe, drogue, violence gratuite et extrême, de quoi séduire sans trop de complications le spectateur venu délibérement assister à un show dépravé. Une telle déferlante de vices en tout genre aurait été franchement douteuse et haïssable si Eli Roth ne désamorçait pas un peu sa charge paroxystique en dotant le tout d'un humour quasi omniprésent et d'une insouciance attachante. Horrible, Hostel l'est donc en effet, mais visuellement seulement. Car il faut s'y résoudre mais bien qu'abominable, Hostel ne traumatise pas, loin de là, et s'oublie même assez vite. La faute à des personnages peu-voire pas du tout-fouillés psychologiquement, et à une mauvaise utilisation des pourtant nombreux ressorts dramatiques qu'offrait l'histoire. Le thème du voyeurisme, celui du mal et de ses différents degrés, le fait que des jeunes près à payer pour assouvir leurs fantasmes immoraux auprès de prostituées se retrouvent finalement à la place de ces dernières, victimes de détraqués qui ont payé pour pouvoir assouvir les leurs...les thématiques intéressantes offertes par le pitch de Hostel ne manquent pas. Mais voilà, Eli Roth expédie le tout en deux temps trois mouvements, bien plus intéressé par l'horreur graphique. Et s'il souhaitait marquer les esprits, du moins durablement, et bien c'est raté. Reste une bonne farce potache (ou potrash, au choix), finalement assez immature, dont on s'amuse à s'indigner. Un peu maigre quand on se sert du nom de Quentin Tarantino pour vendre le film, ou quand on cite ouvertement (par un caméo bref mais sympathique) des références telles que Miike, dont l'incroyable AUDITION est bien plus psychologiquement dérangeant et traumatisant-grâce notamment à une psychologie des personnages bien plus soignée.



Disons le clairement : Eli Roth est surestimé. Certes, le bonhomme possède des qualités indéniables : une passion totale pour un genre cinématographique un peu marginal (c'est d'ailleurs ce qui l'a en partie rapproché de Tarantino), une bonne connaissance des règles et des mécanismes de l'horreur visuelle et une volonté jusqu'a présent intacte d'aller jusqu'au bout de ses idées tordues. Cabin Fever, son précédent et premier film, était un sympathique retour aux sources, certes un peu long à démarrer, mais qui faisait preuve d'une vigueur salutaire et proposait une joyeuse succession de séquences, tantôt gore tantôt comique (les deux se mélangeant souvent d'ailleurs) , plus délirantes les unes que les autres. Plutôt enthousiasmant donc, mais on était en droit d'attendre du second métrage de Roth une mise en scène plus maîtrisée, plus fluide, plus équilibrée et surtout une histoire un peu plus solide. Or, si Hostel pousse un peu plus loin encore le bouchon de l'ignominie, force est de constater l'absence de progrès derrière la caméra. La mise en scène est toujours assez peu inspirée, assez académique en fin de compte, ce qui contraste d'ailleurs radicalement avec le contenu, et la caméra peu mobile. A titre comparatif, Zack Snyder (L'ARMEE DES MORTS, remake du Zombie de Romero) et Marcus Nispel (MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, remake du chef d'oeuvre éponyme de Tobe Hooper) , ont démontré bien plus de qualités artistiques de cinéastes en un seul premier film que Roth en deux essais. Quand à l'anglais Neil Marshall, lui aussi amateur de chair fraiche tapissée, il a démontré d'énormes progrès entre son "cheap" (mais attachant) DOG SOLDIERS et son excellent THE DESCENT, bien plus mature, plus maîtrisé, plus crédible, tout en réussissant la prouesse d'être également plus gore.

Roth est donc attachant de par sa passion, sa folie douce et son amour du genre, entrenus par ses débuts dans l'écurie Troma de Lloyd Kaufman, mais a encore beaucoup de progrès à faire pour être considéré comme un vrai bon réalisateur.



Voilà, chers amis fantasticophiles, la montagne russe Hostel est passée, avec son lot de satisfactions et de regrets. Tous les regards sont maintenant tournés avec envie (non dissimulée) et impatience (insoutenable) vers le remake de LA COLLINE A YEUX par Alexandre Aja, qui lui a déjà prouvé en un long-métrage (la bombe HAUTE TENSION) qu'il avait tout d'un grand, dont les premiers extraits et échos laissent présager une onde de choc assez mémorable. Sortie le 21 juin 2006, dieu que ça fait long...En attendant, amateurs de gore délirant et hilarant, ruez vous sur Dead and Breakfast, délicieuse parodie de film de zombie qui a déjà remporté quelques prix dans des festivals horrifiques aux Etats-Unis et en Allemagne. Avec David Carradine en invité d'honneur dans un rôle court mais sympa, le film, réalisé avec soin et talent par Mathew Leutwyler (qui depuis prépare un remake du CREEPSHOW de Romero et Stephen King), est à la fois gorissime, outrancier et super fendard, surpassant les précédents LE COUVENT (Mike Mendez, 2001), UNDEAD (Frères Spierig, 2004), voire même le pourtant bon SHAUN OF THE DEAD (plus rythmé et encore plus fun). Pas de sortie ciné prévue en France (no comment, sinon je risque encore de sombrer dans une vulgarité extreme, comme ce fut le cas pour l'annonce sur FRAGILE), mais le film sortira très certainement en direct-to-dvd zone 2 en Avril, sous la bannière La fabrique de films.

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