L'Avis du Jour met en avant quotidiennement l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Aujourd'hui, Thedvdking livre son analyse du sulfureux
Hostel d'Eli Roth.
Hostel. Voici donc cet everest du gore crasseux, cet
épouvantable bulldozer de la tripaille, déjà
responsable de quelques malaises durant les
projections des avant-premières. Le film est prétendu
insoutenable, son jusqu'au-boutisme assumé étant un
des arguments marketing principal de la campagne de
promotion ("Testez vos limites..."), et est censé
réconcilier tous les fantasticophiles les plus
exigeants en matière d'outrances et de fulgurances
gores avec un genre ayant perdu beaucoup de son
mordant depuis quelques années, évolution notamment
due à des considérations purement mercantiles, car en
effet plus un film est trash, violent et sans
compromis et plus il est difficile de le vendre
largement et ainsi de rentabiliser les investissements
consentis. Mais là, on nous promet le septième ciel,
l'absence totale de conformisme. En effet, l'ami Eli
Roth s'est affublé d'un partenaire et parrain adulé de
toute une génération fan de cinéma de genre : Quentin
Tarantino. Ce bienvenu bras-droit est censé apporter
sa vision artistique au projet, mais surtout peser de
toute sa verve et de sa notoriété pour immuniser au
maximum Eli Roth des foudres de la censure, lui
permettant ainsi de déchiqueter, éviscérer, et
repeindre les murs en rouge sang -sans...pardon- être
trop inquiété. Un postulat plutôt alléchant, tant les
films pseudos gore qui ont sans cesse le cul entre le
genre qu'ils sont prétendus représenter et l'évitement
d'une censure trop sévère sont insupportables de
compromission et laissent un amer goût au mieux de
ratage, au pire de foutage de gueule. Alors donc,
Hostel, c'est vraiment de la bombe ?

Mouais. Oh si, c'est vrai, on a effectivement droit
certaines séquences bien corsées, et à une panoplie
assez complète dans l'abomination : un orteil
joyeusement applati à la pince, un taré avec une
perçeuse qui confond la jambe d'une pauvre victime
baveuse de douleur avec une planche de contreplaqué,
un autre pas vraiment plus net qui s'amuse (chacun son
truc) à énucléer une pauvre asiatique au chalumeau
etc....Bref, on imagine qu'Eli Roth et son comparse
d'un film Tarantino (l'idée de l'orteil écrabouillé et
celle de la deuxième voiture qui passe sur le corps de
la fille à la fin étant de lui par exemple) ont du
bien s'amuser à imaginer les actes les plus tordus et
les réactions du public qui s'en suivraient. Drôle,
Hostel l'est aussi, notamment dans son prologue (un
peu longuet toutefois), qui prend bien son temps pour
installer nos candidats au massacre, qui font aussi
office de protagonistes : 3 potes, deux étudiants
américains et un Islandais, qui s'offrent un périple
"vidage de c******" à travers les coins les plus
potentiellement chauds de l'Europe, qui décidément est
vue par les américains comme un baisodrome géant (cf
Les lois de l'attraction par exemple, voire le moins
connu et sympathiquement débile EuroTrip). Ca commence
donc comme un vulgaire ersatz d'American Pie, en plus
osé toutefois, avec filles à poil, putes et drogue en
plein Amsterdam. Là-bas, nos 3 queutards rencontrent
un sympathique (les apparances sont parfois
trompeuses...écoute mon fils, c'est Eli Roth qui te
parle...) mec enfumé qui leur conseille une fameuse
auberge en Slovaquie, ou des jeunes filles
généreusement dotées écartent les cuisses au moindre
claquement de doigts (ou de testicules...mais là faut
avoir une certaine maîtrise) à consonance étrangère.
Bref, le paradis quoi. Voilà donc nos compagnons
partis pour la destination de rêve, à bord d'un train
fonçant à toute allure. Là, ils rencontrent un type
bizarre qui bouffe avec ses doigts parcequ'il aime le
contact de sa chair avec la nourriture. Ici, Roth veut
nous faire comprendre que le mec est un taré, de ceux
que ça ne dérangerait pas d'avoir dans son tupperware
un morceau de cuisse humaine à la place de son poulet
(qui en plus a peut-être la grippe aviaire...bon ok
j'arrête). OK. Mais le mec est aussi habité par les
esprits de Brokeback Mountain, et pose sa main sur la
cuisse d'un des trois potes, qui lui est plutôt habité
part l'esprit de Marc Dorcel, et remet donc
énergiquement le type à sa place. Voilà comment
installer un début de tension. Nos 3 queutards passent
donc deux ou trois jours de bon temps, après avoir
notamment rencontré deux jeunes filles plutôt à leur
avantage et pas sorties d'un couvent, puis
disparaissent mystérieusement un à un pour finalement
tous se retrouver dans les bas-fonds d'une usine crade
et délabrée, ou des syphonés du cerveau paient de
douillettes sommes d'argent à une mystérieuse
organisation pour pouvoir torturer à leur guise de
pauvres victimes préalablement capturées, et classées
selon leur nationalité (l'américain est à 50 000
dollars, au cas ou ça intéresse quelqu'un). Même
Takashi Miike traîne dans le coin, c'est dire la
normalité des esprits qui officient dans ces salles de
tortures séparées, ou chacun y va joyeusement de sa
paire de sécateur, de sa tronçonneuse ou de sa
perçeuse Bosh (du travail de pro).
Afin d'atteindre ses objectifs de référence trash
et de film d'horreur fun et vicieux, Eli Roth ne
lésine donc pas sur les moyens employés, quitte à
sombrer dans la facilité racoleuse : filles à poils,
sexe, drogue, violence gratuite et extrême, de quoi
séduire sans trop de complications le spectateur venu
délibérement assister à un show dépravé. Une telle
déferlante de vices en tout genre aurait été
franchement douteuse et haïssable si Eli Roth ne
désamorçait pas un peu sa charge paroxystique en
dotant le tout d'un humour quasi omniprésent et d'une
insouciance attachante. Horrible, Hostel l'est donc en
effet, mais visuellement seulement. Car il faut s'y
résoudre mais bien qu'abominable, Hostel ne traumatise
pas, loin de là, et s'oublie même assez vite. La faute
à des personnages peu-voire pas du tout-fouillés
psychologiquement, et à une mauvaise utilisation des
pourtant nombreux ressorts dramatiques qu'offrait
l'histoire. Le thème du voyeurisme, celui du mal et de
ses différents degrés, le fait que des jeunes près à
payer pour assouvir leurs fantasmes immoraux auprès de
prostituées se retrouvent finalement à la place de ces
dernières, victimes de détraqués qui ont payé pour
pouvoir assouvir les leurs...les thématiques
intéressantes offertes par le pitch de Hostel ne
manquent pas. Mais voilà, Eli Roth expédie le tout en
deux temps trois mouvements, bien plus intéressé par
l'horreur graphique. Et s'il souhaitait marquer les
esprits, du moins durablement, et bien c'est raté.
Reste une bonne farce potache (ou potrash, au choix),
finalement assez immature, dont on s'amuse à
s'indigner. Un peu maigre quand on se sert du nom de
Quentin Tarantino pour vendre le film, ou quand on
cite ouvertement (par un caméo bref mais sympathique)
des références telles que Miike, dont l'incroyable
AUDITION est bien plus psychologiquement dérangeant et
traumatisant-grâce notamment à une psychologie des
personnages bien plus soignée.

Disons le clairement : Eli Roth est surestimé.
Certes, le bonhomme possède des qualités indéniables :
une passion totale pour un genre cinématographique un
peu marginal (c'est d'ailleurs ce qui l'a en partie
rapproché de Tarantino), une bonne connaissance des
règles et des mécanismes de l'horreur visuelle et une
volonté jusqu'a présent intacte d'aller jusqu'au bout
de ses idées tordues. Cabin Fever, son précédent et
premier film, était un sympathique retour aux sources,
certes un peu long à démarrer, mais qui faisait preuve
d'une vigueur salutaire et proposait une joyeuse
succession de séquences, tantôt gore tantôt comique
(les deux se mélangeant souvent d'ailleurs) , plus
délirantes les unes que les autres. Plutôt
enthousiasmant donc, mais on était en droit
d'attendre du second métrage de Roth une mise en scène
plus maîtrisée, plus fluide, plus équilibrée et
surtout une histoire un peu plus solide. Or, si Hostel
pousse un peu plus loin encore le bouchon de
l'ignominie, force est de constater l'absence de
progrès derrière la caméra. La mise en scène est
toujours assez peu inspirée, assez académique en fin
de compte, ce qui contraste d'ailleurs radicalement
avec le contenu, et la caméra peu mobile. A titre
comparatif, Zack Snyder (L'ARMEE DES MORTS, remake du
Zombie de Romero) et Marcus Nispel (MASSACRE A LA
TRONCONNEUSE, remake du chef d'oeuvre éponyme de Tobe
Hooper) , ont démontré bien plus de qualités
artistiques de cinéastes en un seul premier film que
Roth en deux essais. Quand à l'anglais Neil Marshall,
lui aussi amateur de chair fraiche tapissée, il a
démontré d'énormes progrès entre son "cheap" (mais
attachant) DOG SOLDIERS et son excellent THE DESCENT,
bien plus mature, plus maîtrisé, plus crédible, tout
en réussissant la prouesse d'être également plus gore.
Roth est donc attachant de par sa passion, sa folie
douce et son amour du genre, entrenus par ses débuts
dans l'écurie Troma de Lloyd Kaufman, mais a encore
beaucoup de progrès à faire pour être considéré comme
un vrai bon réalisateur.

Voilà, chers amis fantasticophiles, la montagne russe
Hostel est passée, avec son lot de satisfactions et de
regrets. Tous les regards sont maintenant tournés avec
envie (non dissimulée) et impatience (insoutenable)
vers le remake de LA COLLINE A YEUX par Alexandre Aja,
qui lui a déjà prouvé en un long-métrage (la bombe
HAUTE TENSION) qu'il avait tout d'un grand, dont les
premiers extraits et échos laissent présager une onde
de choc assez mémorable. Sortie le 21 juin 2006, dieu
que ça fait long...En attendant, amateurs de gore
délirant et hilarant, ruez vous sur Dead and
Breakfast, délicieuse parodie de film de zombie qui a
déjà remporté quelques prix dans des festivals
horrifiques aux Etats-Unis et en Allemagne. Avec David
Carradine en invité d'honneur dans un rôle court mais
sympa, le film, réalisé avec soin et talent par Mathew
Leutwyler (qui depuis prépare un remake du CREEPSHOW
de Romero et Stephen King), est à la fois gorissime,
outrancier et super fendard, surpassant les précédents
LE COUVENT (Mike Mendez, 2001), UNDEAD (Frères
Spierig, 2004), voire même le pourtant bon SHAUN OF
THE DEAD (plus rythmé et encore plus fun). Pas de
sortie ciné prévue en France (no comment, sinon je
risque encore de sombrer dans une vulgarité extreme,
comme ce fut le cas pour l'annonce sur FRAGILE), mais
le film sortira très certainement en direct-to-dvd
zone 2 en Avril, sous la bannière La fabrique de
films.
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