L'Avis du Jour met en avant l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Aujourd'hui, Tib20011 revient sur le récent
Jean-Philippe.

Sur le papier, le projet pouvait faire peur. Un scénario signé Christophe Turpin, un jeune nouveau dans le métier, qui avait pour référence tout les grands classiques du film paranormal se basant plus au moins dans la réalité : THE TRUMAN SHOW ou DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH. A la barre du projet, la maison de production Fidelité qui a déjà côtoyé les paillettes de la chanson française avec le carton surestimé PODIUM. Et puis à la réalisation, Laurent Tuel, un petit film calibré mais assez plaisant quand il ne devient pas totalement foireux. Et puis, les deux têtes d’affiches pouvaient aussi déplaire. D’un côté, Johnny, soit l’un des chanteurs les plus connus en France, mais qui divise par ses musiques. De l’autre, Fabrice Luchini, qui a toujours revendiqué sa passion pour Johnny ou même Eddy Mitchell, et qui commençait à se faire vu et revu sur les plateaux télévisés avec ses pirouettes littéraires et ses parenthèses philosophiques. Pourtant, JEAN PHILIPPE étonne. Qui d’autre qu’un vrai fan pouvait capter l’émotion ressentie lorsque le seul espoir de sa vie disparaît ? Qui d’autre pouvait donner une dimension quasi-épique à son personnage, et justement à son propre rôle de chanteur qu’il n’a jamais été ? Eh bien, en voyant le film, on se dit tout simplement PERSONNE !
Le film ne tergiverse déjà pas durant les 10 premières minutes, et ne prend pas la peine de s’installer dans un univers qui sera totalement détruit dans le monde parallèle dans lequel est projeté Fabrice, un fan invertébré de Johnny qui représente pour lui une icône, mais aussi la seule chose qui le pousse à se lever. Pas de présentations, pas de situations vues et revues que l’on pouvait craindre, et qui sont ici au second plan, comme la famille du héros qui se détache de plus en plus. Et puis un jour, après un joli coup de poing dans la figure, Fabrice se réveille dans un univers qui semble en tout point identique, à la différence d’une chose : Johnny Hallyday n’a jamais existé. Un postulat de départ plus que réjouissant en vue des premières images, et qui se concrétise peu à peu, alors que les plus rebutés font une comparaison inutile avec PODIUM, qui n’a tout simplement aucun rapport. Peu à peu, à travers des comparaisons parfois exagérées (comme la blague du jus de tomate, l’inversement des rôles et des bureaux), ou parfois totalement subtiles et jamais vraiment révélées (la fille de Fabrice s’appelle maintenant Marion, parce que Laura était en référence à Johnny, et que maintenant il n’existe plus), le héros va se rendre compte que sa vie devient un cauchemar, car rien ne pourra le consoler, étant donné que son idole a disparu.

Le film étonne donc par sa rapidité et son rythme effréné avec lequel il débute. Pas de pause, juste un enchaînement de belles séquences efficaces, parfois très drôles (comme celle avec le clochard) qui repousse les clichés du genre que l’on avait peur de voir : le meilleur exemple reste l’explication du physicien tout simplement hilarante, qui « parodie » au sens large du thème les films où tout est expliqué dans les moindres détails. Avec une musique triomphale, le professeur explique clairement à Fabrice qu’il est dans un univers parallèle dans lequel il est plongé pour un temps illimité. Plongeant peu à peu dans la déprime la plus totale, mais aussi dans une sorte de psychose horrible, étant donné que personne ne connaît ce Johnny dont il parle tant. Totalement déchiré et émouvant (son regard sur le pistolet qui lui servira un peu plus tard est troublant), Fabrice va finalement ce mettre à la recherche de Jean-Philippe Smet, qui est donc le Johnny qui n’a jamais été chanteur. Sur un petit montage type de ce genre de séquence, on s’amuse à voir les situations dans lequel Fabrice se met, et le tas de visages totalement différents du « vrai » Jean Philippe, qui sera finalement retrouvé lors d’une autre petite scène amusante dans les toilettes d’un bowling qui lui appartient. C’est d’abord juste sa voix qui est perçue, puis sa carrure, ses vêtements, ses cheveux de dos. Et la première fois qu’il se retourne, on est comme porté par ce visage car le spectateur s’identifie très bien à Fabrice, représentant le fan hardcore qui sommeille en nous.
Encore une fois, il semble que le marketing du film ait totalement servi à la réussite de celui-ci, puisque dans toutes les bandes-annonces, on ne voyait jamais le visage du nouveau Johnny, et donc étaient une sorte de petit résumé des 20 premières minutes du film à peine. Dans ce sens, le cinéma français est enfin bien servi, alors que Fidélité avait fait l’erreur de mettre toutes les blagues hilarantes de PODIUM dans la bande annonce. Une erreur ne se répète jamais deux fois ! JEAN PHILIPPE prend alors, après cette première rencontre, une toute autre voie, la comédie légère laissant place à un mélange de drame tout en lorgnant avec l’humour bien évidemment. Ce personnage bourru et vieillissant que représente Jean-Philippe témoigne du recule de Johnny Hallyday face à son propre rôle, et la façon dont il est arrivé à se métamorphoser en un beauf pas trop méchant mais terriblement différent. Et c’est encore dans ce sens que le film étonne, puis que le chanteur a su très bien s’accaparer des histoires de sa vie (comme le radio crochet qu’il perd ici après un accident) pour les retourner différemment, voir les ridiculisés à travers une collection de moto miniatures. Et cette volonté de se rapprocher différemment de la réalité rend le film de plus en plus charmant dans son fond et dans sa forme, puisqu’on suit les deux personnages devenus amis faire une sorte de chemin inverse pour devenir la star dont il a toujours rêvé. La quête de Fabrice est en faite simple : il veut tout simplement voir l’idole de ses rêves redevenir une idole, alors qu’il est totalement inconnu. Il veut transposer le succès de Johnny à ce pauvre Jean-Philippe, qui ne connaît rien de son potentiel, et qui lui aussi veut retrouver le goût de la musique qu’il a perdu. En ce sens, la partie finale après le concert est totalement succulente, puisque Fabrice est plongé dans un troisième monde parallèle : la réalité du point de vue des spectateurs. Je n’en dis pas plus !

JEAN PHILIPPE reste bourré de références jusqu’à la fin, et provoque l’hilarité totale grâce justement aux multiples références que l’on trouve. Parmi elles, on retrouve Fabrice raconter ses espoirs d’acteur quand il était plus jeune (faisant finalement référence à la fin du film), mais aussi la satire de l’émission « La Nouvelle Idole » où c’est l’icône type de la rock star ratée qui est présentée, à travers le personnage de Chris Summer. Tout les détails sur la vie de Johnny racontée à Jean-Philippe sont aussi croustillantes, notamment lorsque Fabrice tente de faire goûter à son entourage la joie d’avoir Johnny face à eux, alors qu’il n’est que gérant de bowling. Passent alors à la moulinette les anecdotes sur le Parc des Princes, le Stade de France (apparaissant à la fin), les multiples costumes cuirs et le pouvoir ultime de Johnny qui capte l’assemblée d’un regard. Aux antipodes des références, on trouve aussi LE cliché immonde magnifiquement bien détourné en 2 minutes : avec la musique de Rocky III (Eyes of a Tiger), les deux compères s’entraînent de plus en plus jusqu’à ce que Fabrice lui explique comment il perçoit son entraînement, en parlant de Rocky, pour se rendre finalement compte que ce film n’existe pas dans cet autre monde. Et le summum de l’humour est atteint lorsque, au casting de la nouvelle idole, Fabrice et Jean-Philippe croise…Benoît Poelvoorde, qui interprète ici Bernard Frédéric, le sosie de Claude François dans PODIUM, et est d’ailleurs crédité en tant que tel (guetté le au générique). Une référence assumée, qui présente l’intelligence du scénariste dans ses propos, et le fait qu’il maîtrise le recul aux phénomènes récents comme aux plus anciens, mais qui va aussi plus loin dans sa formation. A la fin du film, on atterit donc enfin dans la réalité que l’on connaît, puisque c’est celle de tout les jours, celle du spectateur, et non la réalité de Fabrice. Mais qui est ce Fabrice ? Et bien justement, on sait enfin son nom caché depuis le début du film : Luchini. Fabrice Luchini est en faites lui-même, et devient enfin l’acteur qu’il a toujours rêvé d’être (et qu’il est donc dans la réalité), mais qui est aussi ami avec Johnny Hallyday. Pas de happy-end niaiseux où on aurait eu Johnny faisant un clin d’œil à Fabrice à travers la télévision lorsque celui-ci aurait rejoint sa femme et sa fille. Non, Fabrice devient Fabrice Luchini, l’homme qui enregistre un tube avec son idole. Et là encore, JEAN PHILIPPE monte en puissance.
L’autre surprise du film vient bel et bien de son côté technique. Il est tout simplement très bien réalisé, et cela demeure une surprise tant les comédies françaises de nos jours, populaires ou non, sont des brouillons sans âmes. Le talent de Laurent Tuel prime alors, avec une utilisation excellente de grues, lors du plan séquence d’ouverture (qui part du ciel pour arriver devant la porte de Fabrice) ou même ce joli plan où l’on découvre tout le casting de la nouvelle idole (avec au loin notre Bernard Frédéric). Bref, de ce côté-là, Tuel respecte son public sans artifices, mais donne aussi de jolis plans pour le public averti, et c’est tant mieux. Niveau surprise, notons aussi des effets visuels réussis, comme les images d’archives avec Fabrice incrusté (comme dans FORREST GUMP) alors que celles-ci n’étaient pas finalisées dans la bande-annonce ; une musique étonnante de André Manoukian (qui présente malheureusement la Nouvelle Star) qui prend plus de place que d’habitude ; et un casting hors-pair. Malgré quelques mots incompréhensibles durant sa présentation, Fabrice Luchini assure le show, mais pas seulement, comme en témoigne cette scène purement identique à la réalité où il répond à un type par des chansons de Johnny. Parlons en lui aussi, du chanteur qui a d’abord refusé avant de prendre son temps pour lire l’excellent scénario. Il est vraiment la surprise du film, alors qu’on le voyait dernièrement dans des ratages complets comme WANTED ou QUARTIER VIP (pourtant il était très crédible dans L’HOMME DU TRAIN et ses premiers films bientôt disponibles en dvd). Il incarne un Smet plus bourru, transformé (avec des pattes énorme), un peu beauf et rebuté, mais qui va se laisser porter par son amour caché envers la musique, alors qu’il doit faire face à une séparation qui ne prend pas trop de place dans le film. Dans d’autres rôles, on retrouve l’excellent Antoine Délury en Chris Summer, Jackie Berroyer, Barbara Schulz ou Guilaine Londez assez amusante (et déjà vu dans ZIM AND CO). Par contre, gros blâme à Elodie Bollée et Olivier Guérittée, qui ne sont pas trop convaincants dans leur rôle d’adolescents respectivement fille de Fabrice et de Johnny (Laurent à la place de la vraie Laura d’ailleurs). Mais cela reste mineur face au reste.

En somme, JEAN PHILIPPE va demeurer dans les esprits pour une comédie légère en apparence mais dotée d’un scénario profond, qui offre aux deux acteurs l’occasion de se rapprocher et d’embarquer le spectateur dans un univers créatif et loin des clichés vulgaires et gras de notre bonne vieille comédie qui s’illustre chaque année. Après UN TICKET POUR L’ESPACE, JEAN PHILIPPE demeure l’autre excellente comédie de l’année, et qui restera très certainement dans les annales avec le temps. Une surprise extraordinaire.
Note : 8/10Exprimez-vous ! Pour que le texte de votre choix paraisse dans la rubrique L'avis du jour, envoyez le par mail à
laurent.tity@dvdrama.com en précisant sous quel nom ou surnom vous voulez être publiés. Votre texte peut porter sur le sujet de votre choix en rapport avec le DVD ou le cinéma, que ce soit sur un film, un acteur, un réalisateur ou un évènement de l'actualité, ...
Tous à vos claviers !