Par Gabnec - publié le 09 mai 2006 à 10h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h54 - 27 commentaire(s)
L'Avis du Jour met en avant l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Gabnec livre son analyse de La Chute du Faucon noir.



Qui aurait cru un jour, qu’un film venant de l’industrie Bruckheimer serait un chef d’œuvre ? Je n’entends pas par le terme « chef d’œuvre » un très bon film, non, mais une œuvre d’une excellence rare. Le sommet du talent de Ridley Scott, un film qui percute de plein fouet l’estomac et la tête. Après le lamentable G.I. Jane, Sir Ridley enchaîne les perles cinématographiques avec Gladiator, Hannibal (quoiqu’on en dise) et l’intéressé de la chronique La chute du faucon noir. Relatant un fait réel ce bijou du septième art (malheureusement incompris) s’inspire directement du livre de Mark Bowden « A story of modern war ». Plus mature que le patriotique mais pourtant sublime « Il faut sauver le soldat Ryan ». Moins centré sur les personnages que l’excellent Voyage au bout de l’enfer. Plus abouti que le chef d’œuvre d’Oliver Stone Platoon. La chute du faucon noir est selon moi l’un des plus grands films de guerre qui existe et l’œuvre la mieux maîtrisée du cinéaste britannique.

Commençons par ce qui caractérise l’univers du cinéma « Scottien » : L’esthétisme au service de l’histoire. Ici nulle image n’est point léchée à son paroxysme. La beauté presque scandaleuse pour un tel sujet de la photographie accompagne et sert le film tout du long. Ridley depuis le début de sa carrière compose ses plans comme on peint une toile. Là, nous avons un « Guernica animé », munit d’une palette graphique emplie de couleurs devenant de plus en plus chaudes au fur et à mesure que ces soldats se rapprochent de l’enfer. Et inversement froides dans les quartiers généraux, là où l’on donne les ordres à l’abris des offensives des milices somaliennes.



Ces hommes que l’on envoie en terre hostile pour une mission qui ne doit durer qu’une heure vont rester bloquer plus d’une journée dans un bain de sang perpétuel. Et le compte à rebours est lancé, le décompte se fait à mesure que les soldats avancent, tuant, se faisant tuer. Ces militaires étaient pourtant surarmés, suréquipés. Une débâcle qu’illustre Ridley Scott sans concession, pointant directement du doigt l’incapacité des états généraux, leur manque de recul par rapport à leurs hommes qui se meurt dans les rues de Mogadiscio. Le chaos nous est montré, nous sommes plongé dedans, cela nous afflige un manque de compréhension voulu par le metteur en scène. On n’y voit pas de bons, ni de méchants. On y voit des hommes s’entretuer, où toute morale s’enfuit une fois lâché dans l’arène. Où les balles perdues ne se comptent plus. Le sang se mêle à la sueur, ceci se mêle au sable. Chaque coup de feu glace celui qui encombre l’écran, pas de scènes cherchant le spectaculaire. Elles cherchent ce qui terrifie, ce qui effraie, les membres humains s’arrachent du corps dans un fracas sonore apocalyptique. Nous nous souviendrons de cette scène d’opération sur place à la limite du soutenable. De ces hommes qui mettent dans leur poche une main qu’un de leurs hommes vient de perdre. De cet enfant somalien qui tire maladroitement sur son père. Si toutes ces images fortement concentrées en hémoglobines ne sont pas anti-militaristes, alors dites-moi ce qu’elles sont ? Pas de grand discours propre et soigné disant : « La guerre c’est pas bien vous savez, nous on veut la paix dans le monde. ». Ici les images parlent plus que les mots, le cinéma « Scottien » par excellence. Néanmoins aucune faiblesse dans les dialogues, ceci même s’ils n’ont pas la même importance que dans d’autres films du cinéaste (1492 : Christophe Colomb ou encore Gladiator).


Ces images donc sont alimentées par une réalisation hors norme, frénétique, qui ne nous épargne rien. Elle est proche du documentaire, comme-ci un journaliste au cœur de l’action nous montrait ce qu’il voyait. La patte de Ridley Scott n’est certes pas discrète mais ne tourne jamais à la démonstration ce qui serait ici, fortement déplacé. Faire de la guerre quelque chose de fun et de divertissant Michael Bay l’a déjà fait avec son écoeurant Pearl Harbor qui est au film de guerre ce qu’est André Rieux au violon.



Anyway, si le fond est là, la forme elle n’est pas laissée au placard. Techniquement La chute du faucon noir est (et n’ayons pas peur des lieux communs) parfaite ! Le montage est un modèle du genre, Pietro Scalia n’a pas démérité son oscar. Car le film nous tient en haleine durant plus de deux heures, nous n'avons le droit à aucun temps mort. La musique de Hans Zimmer créé un non décalage voulu, comme toujours aucun recul on est au cœur de ce conflit urbain et on subit. Ce qui n’empêche pas au compositeur de Gladiator de varier son score, mélange d'electro et d'oriental pour finir avec une chanson finale faussement patriotique, tout simple ahurissant (à qui est allé l’oscar cette année là ? Incapables d’académiciens !).

Bien que Sir Ridley maîtrise l’aspect technique, il ne néglige pas pour autant sa direction d’acteur, portée par un casting pour le moins alléchant. Ici les personnages brillamment interprétés, servent le film, l’histoire. Ils sont presque anecdotiques, ne demande pas à êtres développés mais seulement présentés. Ainsi le monologue de fermeture de Josh Hartnett nous émeut, la décision finale d’Eric Bana nous intrigue, l’avenir du pilote capturé ne nous laisse plus aucun doute et l’incapacité de Sam Shepard nous irrite sans pour autant le blâmer. Tous ces éléments sont un moteur au film et à nos méninges.

Si La chute du faucon noir n’apporte pas de réponse concrète (le film est-il fait pour ça ?), elle soulève bien des questions. Au final, il est résulte une œuvre esthétique et authentique comme le réalisateur de Blade Runner sait les faire. Et ci l’intervention en Somalie à bien mis la pagaille dans le pays, celle en Irak n’en est que plus contestée...



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