L'Avis du Jour met en avant quotidiennement l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Souvenez-vous, hier Nicofeel livrait son analyse d'
Orgueil et préjugés. Aujourd'hui, Falstaff "El Loco" explique comment et pourquoi il a vu ce film, et accessoirement tout le "bien" qu'il en a pensé.
Salutations, amis lecteurs. Salutations, Laurent Tity, toi qui a un nom de famille qui intime le respect. Lolo, je te préviens, ce coup-ci pas de blague, je veux jouer pour la Belle et le Clochard hein, et pas pour un dvd de dans trois semaines (sauf si c’est Profession Profiler ou Priscila – Premières Jouissances) (
ndlr : désolé, c'est encore raté !). Car vois-tu, Lolo, gagner, perdre, telle n’est pas la question. Même si gagner, c’est mieux. Mais l’important n’est jamais dans l’issue de la bataille, jeune padawan. L’important, c’est que c’est ce film là qui me motive à me saisir du clavier pour faire voler mes doigts agiles dessus tel le souffle du vent sur les vagues enneigées, et pas un autre. Pourquoi ? Comment ? Quel rapport cette introduction entretient-elle avec
Orgueil & Préjugés ? Amis lecteurs, Laurent Tity, toutes vos questions trouveront une réponse dans les pages qui suivent.
Tout a commencé le samedi 4 février. Deux films à l’affiche m’intéressaient : Le Chaperon Rouge version 3D, et Bambi 2. Or, depuis de nombreuses années maintenant, j’utilise une feinte pour aller voir les dessins animés qui m’intéressent sans avoir à remettre publiquement en cause mon statut d’adulte réfléchi, intègre et socialement orthodoxe : officiellement, j’accompagne ma petite soeur. Malheureusement pour moi, le temps file plus vite que prévu.
« -Bon allez, mets ton pull et ton blouson, j’t’emmène au ciné !
-Tu veux voir quoi ?
-Le chaperon rouge ou Bambi, au choix.
-Ouais ben t’y vas tout seul mon grand, moi cet aprem j’ai une soirée pour l’anniv’ à Cindy ! Ah ouais et puis faut que tu m’graves le nouvel album de M. Pokora ! Hé, s’teuplait, tu m’prêtes ton portable, j’ai plus de crédits et faut trop que j’envoie un sms à Coralie ! »
Hé oui, terminé l’alibi. Fritas les bananas (c’est l’équivalent espagnol de : « les carottes sont cuites »). Ma petite soeur, en 2006, elle a eu douze ans. Dorénavant, il va falloir que j’assume pleinement mes penchants inavouables pour le monde de l’enfance.
Ok, je crois que c’est exactement à cause de ce genre de phrases qu’ont commencé les problèmes pour Michael Jackson. Hem.
Donc, oui, où en étais-je ? Ah voilà : du coup, je suis allé voir le Chaperon Rouge en solo, et puis alors, comme c’était bien et que personne ne m’avait montré du doigt avant, pendant ou après la séance, j’ai déconné. Faut me comprendre, c’était étonnant, inattendu, alors voilà, je me suis senti pousser des ailes, tel un x-men brett ratnerien, et j’ai pris le parti d’aller encore plus loin dans le comportement social extrême. Oui, j’ai enchaîné avec un film à l’eau de rose en costume sans mon alibi pour ce genre là, à savoir la copine tripotable. Ben finalement, j’aurais peut-être mieux fait de rester sur une victoire.
Orgueil et préjugés, c’est un film d’un type qui s’appelle Joe Wright, et qui adapte un roman d’une meuf qui s’appelait Jane Austen au début du XIXème siècle. D’ailleurs c’est vers cette époque que ça se déroule, et ça parle d’une fratrie rurale de jeunes britanniques mal dotées qui cherchent à se placer auprès de messieurs de la haute. Enfin bref, l’ascension sociale via droit de cuissage, mais avec de l’amour dedans quand même, parce que c’est pas un film de Stanley Kubrick. Et puis surtout, mais ça je le savais pas, y a déjà eu une adaptation avec Laurence Olivier, et en fait comme bouquin c’est plutôt vachement culte pour les gens que ça intéresse (pas moi,donc).
Concernant cette nouvelle version, s’il fallait la résumer en un mot, je n’en verrais qu’un :
SUBTILITE
Oui, comme ça, qui prend toute la largeur de la page. Pour les moins dégourdis d’entre vous, j’explique : certes, Joe Wright s’essaie à dépeindre les rouages compliqués d’une société codifiée jusqu’à l’hermétisme pour finalement percer l’armure des apparences jusqu’à ce que la lumière de la vérité emplisse le cadre de ses reflets chatoyants. Le problème réside dans le fait que ses intentions sont tellement évidentes que la moitié de la première bobine suffit à deviner absolument tout le reste. Mais vraiment tout, quoi. Dès lors, le jeu de faux-semblants promis se métamorphose en train-train planifié, où chaque rebondissement s’annonce avec autant de civilité qu’un gentleman de bonne famille, où chaque personnalité voulue complexe et profonde s’étale aussi platement à l’écran que de la margarine allégée sur une tartine prétranchée. Aussi subtil qu’un 15 tonnes dans une rue piétonne. L’exemple parfait : depuis le début du film, lors des bals, le réalisateur s’évertue à obstruer le cadre de figurants, qui sont autant d’obstacles physiques aux déplacements des personnages principaux et de la caméra que leur corps social ne l’est idéologiquement à l’épanouissement des passions. Et puis, voilà que quelque part vers le milieu du film, l’héroïne engage une danse avec le type riche-et-bourru-mais-sensible-et-pur-au-fond qu’elle dit haïr mais que secrètement elle aime. Et, alors qu’il s’agit d’une danse de groupe qui ne laisse aucune place à l’improvisation, Joe Wright, histoire de bien expliquer aux plus teubés des spectateurs que nos deux héros partagent un instant privilégié qui transcende leur statut social, est pris dans un élan de légèreté spirituelle et fait disparaître tous les autres acteurs pour laisser le couple seul à l’écran, dans une salle vide. Métaphore pompière qui brille en outre par son inutilité, puisqu’elle ne vient que répéter pour la cent vingt troisième fois quelque chose d’acquis à peu près depuis leur première échange de regard. Et tout le film est à cette image : relou.

Pour résumer, on était parti pour assister à l’embrasement passionnel d’une galerie d’âmes emprisonnées par le corset des bonnes manières, et au final c’est exactement ce à quoi on assiste, mais raconté avec la fougue et l’inventivité d’un fonctionnaire du trésor public qui vous révèle les secrets de la mensualisation de l’impôt sur le revenu. Le pire dans tout ça, c’est qu’on ne peut même pas dire que Joe Wright soit foncièrement mauvais. Au contraire, chaque plan semble montrer que le bonhomme connaît son métier, dans le sens où tout est extrêmement carré, joliment cadré, éclairé, joué, et même qu’il a compris que l’image était le premier vecteur du récit. Donc son oeuvre ne souffre même pas du syndrome dit de la « radio filmée » (écueil pourtant récurrent dès lors qu’il s’agit d’adaptation). Mais voilà, ce mec, il est complètement dénué d’idée. Inventivité zéro. A l’exception d’un malheureux plan qui filme le cul d’une statue comme s’il s’agissait d’une brésilienne en tanga pendant le carnaval de Rio, rien n’interpelle. Tous les moyens mis en oeuvre, et dieu sait qu’il y en a, de la douce Keira aux décors somptueux en passant par les costumes et un plan séquence homérique qui zigzague dans la foule, tous ces trucs, ben ils ne servent rien. Le réalisateur ne voit toujours rien à dire. Il se contente d’appliquer (encore une fois, avec un professionnalisme certain) des méthodes. Bon élève quoi. Gentil gars. Appliqué, travailleur. Laborieux.
Heureusement, il reste deux trois choses à grappiller. D’abord, on distingue à travers le voile de l’ennui qui nous submerge ce qu’aurait pu être le film mis entre des mains plus téméraires. Je veux dire, le matériau semblait largement pouvoir se prêter à une étude de moeurs autrement plus enlevée que ce qui nous est finalement donné à voir. Sans parler de vitriol, une composition un poil plus acide n’aurait fait de mal à personne. De cette potentialité on n’entrevoit que quelques miettes, quelques bribes, de temps en temps, qui viennent mettre un peu de relief dans ce tableau sans génie.

Mais surtout, il a y Keira. Keira, avec son absence de poitrine et sa silhouette élancée, son cou démesuré d’ange maniériste et ses attitudes de garçon manqué. Keira, quand même, elle a la classe, qu’elle soit en rambolina fashion ou en longue robe d’époque. Même Joe Wright et ses gros sabots n’arrivent pas à lui aliéner sa subtilité. Du coup, on se barre pas au milieu de la séance et on se met à regarder le film comme une fille un match de foot : on cherche pas à comprendre et on mate. Et Keira, elle n’a pas besoin que le réalisateur efface les autres acteurs pour les éclipser. Keira, c’est la féminité incarnée sans ses attributs grossiers (même si au demeurant j’adore les attributs grossiers), c’est un regard qui nous fixe mais nous échappe, c’est un sourire radieux, sauf des fois où elle ressemble à une psychopathe, qui dévoile une dentition à faire bannir des écrans le râtelier canonique hollywoodien (ultrabrite, uniforme, anonyme). Pendant que Joe il brasse du vent, elle entretient la flamme. Louée soit-elle. Enfin bref, pour en finir avec cette critique qui me fait passer depuis le début pour une chiffe molle, je conclurai par un summum rarement atteint dans le bon goût et la finesse : Keira, c’est une brindille qui me met le barreau. Oué.
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