L'Avis du Jour met en avant l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Aujourd'hui, Stanislas Berton livre son sentiment sur
Peindre ou faire l'amour, d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu.
Ami cinéphile, toi aussi tu aimes rigoler devant des perles de cinéma Z ? Resident Evil Apocalypse est pour toi. Véritable morceau d’anthologie du navet où rien n’est à sauver ( si ce n’est la plastique des actrices ) et où chaque bobine épileptique est prétexte à un bon gros moment d’humour gras involontaire, ce film d’Alexander Witt ( dont personne ne sait rien ), si l’ont peut parler de film est depuis sa sortie, entré au panthéon du mauvais goût qu’il a révolutionné. Resident Evil, ou comment gâcher deux opus d’une des meilleurs séries vidéo-ludiques ( et à fort potentiel cinématographique ) d’un seul coup. Coup d’essai, coup de maître. Explications.
Resident Evil Apocalypse suit ( inconsciemment je pense ) plus ou moins la trame classique des films de zombies. C’est à dire : une introduction apocalyptique ( ici dans les deux sens du terme ) qui plonge les protagonistes et le spectateur dans l’action, puis trame relatant les péripéties pour aboutir à une conclusion souvent pessimiste ( ici on ne sait que penser, on se contentera de qualifier la conclusion d’humoristique ) car rappelons le : les films de zombie sont souvent prétextes à amener à une réflexion ( voir les films de Romero, qui ont inspiré le jeu vidéo et malheureusement pas ce « film » ) à travers un contexte de film horrifique. Donc on peut distinguer une introduction dans ce gâchis, premier bon point ? Et bien non, mille fois non. Prétexte à une démonstration technique de bas étage ( photo digne d’une pub Pepsi, prises de vue improbables … ) et au déballage d’éléments d’un mauvais goût flagrant. En moins d’une demi-heure, on assiste donc à : une contamination de masse en temps réel ( bien qu’on ne le voit pas ! ), un petit numéro de cosplay qui frôle le ridicule ( avec Jill Valentine et sa robe hommage en polyester ) et surtout à la transformation d’Alice en Terminator ( nous y reviendrons. ). Sens du découpage brillant ( on commence une action qui ne sert à rien et on place une ellipse tout aussi inutile, passage à une autre action importante montrée un point de vue externe, puis de nouveau focalisation sur l’action inutile qui se finira au bout de la vingtième répétition de ce schéma « inédit » ), Interprétation brillante, mise en scène inventive ( discussions filmées au niveau des pieds avec angle à 45° et travelling horizontal, du jamais vu ! ). En plus de planter les décors du métrage, cette introduction forte d’ampleur dramatique ( oui, c’est le mot ) indique vite au spectateur innocent la direction « artistique » prise par le réalisateur et son scénariste, l’horrible Paul Anderson qui avait déjà détruit la licence en signant le premier opus. Radical.

Ensuite on assiste jusqu’à la fin à l’électrochoc Resident Evil Apocalypse dans un déluge de non sens filmique qui atteint la perfection en son genre. Action grotesque, plans épileptiques et laids ( on reprend le schéma de Verhoeven sans le comprendre : quand le maître hollandais dis : un plan une action, il filme Rico vider son chargeur en un plan. Witt lui montre ses protagonistes allumer leur clope en 1 plan proche de l’image subliminale ! ), images statiques, cadrages jamais vus, scénario qui a au moins le mérite d’être imprévisible ( mais peut on parler de scénario ? ), acteurs immenses. Prenons en illustration l’exemple de toute la séquence dans l’église, devenue. Les personnages entrent dans l’église, Jill qui est un garçon manqué ( ce qui casse complètement le magnifique personnage du jeu, qui étais une femme touchante à la fois de force et de fragilité ) dans le film part affronter un curé fou qui nourrit avec des membres sa sœur chérie. Elle revient dans la pièce principale et voit ses compagnons en prise avec des Lickers que personne n’avait remarqué en entrant. Après des joutes risibles, Alice entre en volant sur sa moto par un vitrail ( véridique ! ) et explose les Lickers ( dont un en lui envoyant la moto dessus en en faisant exploser l’engin ). Elle en crucifie même un à l’horizontal et lui explose la tête avec son fusil à pompe ( nombre de plans pour montrer cette explosion numérisée : 15 ). Ici on a une démonstration formelle de ce qu’est Resident Evil Apocalypse. La séquence illisible sombre dans le n’importe quoi filmique ( voir Jill ramper sous les bancs de l’église pour dénicher les Lickers pour le croire ).
Les personnages eux sont hilarants : Le noir comique de service qui sans faire exprès manie les flingues comme personne ( John Wayne a du chemin ! ) et qui après avoir accompli une action balance des punch-lines risibles. Carlos, personnages important du jeu, est ici interprété par l’acteur qui interprète la momie dans… La momie et Le retour de la momie ( le chef d’œuvre de Stephen Sommers ). Sauf qu’ici il est affublé d’une superbe perruque. Dans la peau de Jill, Siena Guillory, une illustre inconnue qui a une plastique superbe ( dommage qu’elle soit filmée la plupart du temps par des plans uniques au niveau des chevilles ). Ajoutez à cela une gamine inhumaine et son père, gentil scientifique qui propose un marché horrible aux protagonistes ( quelle humanité, quel scientifique nombriliste ! ). Le Nemesis, monstre emblématique du troisième opus, est ici un mouton sauteur hilarant qui pousse des cris étranges. Enfin, cerise sur le gâteau, Milla Jovovitch, qui est devenue une Alice digne de Terminator qui fait des bonds de 50 mètres de haut, pratique le Kung-fu comme Bruce Lee sur les pauvres zombies ( qui ressemblent plus à des SDF ) et réalise encore des milliers d’autres actions improbables. Une belle reconversion.

Le jeu lui est tout simplement massacré, ce qui est purement inadmissible lorsque l’on voit le potentiel de départ de l’œuvre. Le Nemesis devient ridicule, Jill Valentine passe de personnage charismatique dans le jeu à potiche sexy ( très même ) dans le film. Alice, personnage absent du jeu, semble avoir été rajoutée uniquement pour décrédibiliser l’entreprise encore plus. Les lieux visités dans le jeu, qui donnaient lieu à des scènes anthologiques sont ici prétextes à faire encore plus de débilité filmique ( ah la scène de Kung-fu épileptique dans le cimetière ! ). La conclusion, incompréhensible, est l’une des plus étonnantes qu’il m’ait été donné de voir dans le cinéma Z ( Uwe Boll a du s’en inspirer grandement ), un classique instantané du final de nanar. La musique du jeu, très belle, devient dans le film une compilation de métal bourrin qui, s’il peut plaire aux amateurs de ce genre de musique, ne fait que décrédibiliser encore plus l’aspect navet du film. C’est d’ailleurs là un défaut majeure du métrage : tout cela est-il volontaire ? N’y avait-il pas une seule personne sur le projet qui eusse bon goût ? Une fois la séance fatidique terminée on peut en tout cas décemment dire que non. Il serait long de disserter sur Resident Evil Apocalypse tant tout le métrage est mauvais, aussi ici peut on applique la fameuse phrase : Il faut le voir pour le croire.
Resident Evil est donc en quelque sorte un navet ultime qui, en massacrant l’une des meilleures franchises du jeu vidéo, devient instantanément une référence dans son genre. Tout est mauvais dans le film, rien n’est à sauver ( ah si, la plastique de Guillory… Ca fait peu… ) et le pire c’est que le succès commercial de cet objet anti-cinéma encourage les producteurs qui viennent de mettre en chantier un troisième opus. Vous entrez dans le cauchemar.
Exprimez-vous ! Pour que le texte de votre choix paraisse dans la rubrique L'avis du jour, envoyez le par mail à
laurent.tity@dvdrama.com en précisant sous quel nom ou surnom vous voulez être publiés. Votre texte peut porter sur le sujet de votre choix en rapport avec le DVD ou le cinéma, que ce soit sur un film, un acteur, un réalisateur ou un évènement de l'actualité, ...
Tous à vos claviers !