L'Avis du Jour met en avant l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Comme annoncé la semaine dernière, Mérovingien revient à présent sur la suite du
Rocky Horror Picture Show, à savoir
Shock Treatment.
Le
Rocky Horror Picture Show a beau avoir été un plantage monumental lors de sa
sortie en salle, le culte qui s’est construit autour de ce cauchemar rock érotique a
finit par exploser rapidement. Triomphe à chaque séance de minuit, groupe de fans se
travestissant en chantant « Time Warp », sortie imminente d’un disque « Audience
Participation » enregistré dans une salle de New York… Nous sommes en 1981 et le
docteur Frank N. Furter est devenu l’icône d’une troupe de fanatiques si importante
que la Twentieth Century Fox commence à faire les yeux doux à Richard O’Brien et Jim
Sharman, les deux responsables du premier chef d’œuvre Z, pour leur proposer une
suite.
Et oui, on a tendance à l’oublier mais le
Rocky Horror a connu une suite officieuse
tombée hélas dans l’oubli :
Shock Treatment. Inédit en France, diffusé uniquement
sur le câble et introuvable en DVD (il n’existe qu’une VHS commercialisée en 1985
aux Etats-Unis et liquidé depuis), l’étrange objet est devenu une rareté un rien
dénigrée qui possède malgré tout une petite base de fans. On comprend aisément es
raison de ce rejet : non,
Shock Treatment n’embraye pas sur le
Rocky Horror. Pas le
moindre travesti, pas de château hanté, pas d’extra-terrestres à la Ed Wood, pas de
sexe débridé ou de slips kangourous… Et plus frustrant encore : pas la moindre
allusion au premier film. Brad et Janet sont toujours là mais il n’y a pas
véritablement de continuité avec leurs précédentes aventures face aux transylvaniens. Ho bien sûr, la présence de la quasi totalité des
interprètes de second rôle dans les deux films laissent penser qu’ils existent des
liens subtils (Rif Raf et Magenta ne se feraient-ils pas passer cette fois-ci pour
des docteurs, comme en témoignent leurs rapports toujours aussi incestueux et la
présence du tableau American Gothic de Grant Wood) et Denton est toujours « the home
of hapiness ». Mais on peine franchement à retrouver le délire total et décomplexé
qui animait le Rocky Horror Picture Show, avec cette représentation si festive et
hilarante de l’homosexualité et ses futures stars en collant noirs ! D’un autre
côté, peut-on vraiment en vouloir à Richard O’Brien d’avoir refusé de se confronter
à son chef d’œuvre pour livrer une œuvre indépendante pour explorer une nouvelle
voie ?
Ainsi, après l’hommage aux série B et Z ringardes des années 30 et 50, voici la
satire de jeux télé américains des 60’s. Forcément, difficile pour tout spectateur
non anglophone de saisir parfaitement les références obscures qui émaillent du
récit, renforçant le sentiment d’être exclu du délire. Les maladresses du scénario
n’arrangent pas les choses. Bien sûr, on espérait pas assister à un truc aussi fou
qu’un travesti créant un monstre sexuel parfait avant de débaucher un couple coincé
du cul mais quand même. Jugez plutôt : Brad et Janet assistent à une émission et
sont sectionnés pour le jeu Mariage Maze. Brad est jugé mentalement déficient et est
envoyé chez le médecin du jeu, Cosmo McKinley, qui lui administre un traitement de
choc. Janet commence à être séduite par le monde de la télé et se dévergonde,
ignorant qu’elle est en fait manipulée par Farly Flavors, un type étrange qui n’est autre que le frère
jumeaux de Brad ! Une trame pour le moins rachitique qui n’exploite jamais son potentiel, reléguant
Brad au rang de figurant (3 répliques en 1h20 !) et ne dévoilant l’identité de Farly
que dans les dernières minutes. Résultat : il ne semble pas se passer grand chose de
particulier si ce n’est une assemblages de saynètes bordéliques entrecoupé de
morceaux musicaux décoiffant. Des infirmiers s’éclatent, un sosie du Joker fiat des
trucs bizarres, Janet s’habille en veuve noir… Le délire paraît un rien calculé et
surtout trop sage, O’Brien ne se lâchant jamais totalement des ses extravagances. Il
n’est pas franchement aidé non plus par le couple vedette, Cliff de Young et Jessica
Harper, qui ne tient pas une seule seconde la comparaison avec le duo Barry Bostwick
et Susan Saradon. Il suffit de voir la Janet de Shock Treatment se trémousser
mollement sur Little Black Dress pour prendre la mesure du fossé entre les deux
interprètes.

Alors que reste-t-il vraiment à savourer dans ce
Shock Treatment qui permettent
d’entretenir le niveau avec son illustre prédécesseur ? Et bien la même équipe que
celle du
Rocky Horror pardi ! Oui, c’est toujours un plaisir de revoir Patricia
Quinn, Charles Gray ou Laura Campbell même s’il s’éclatent dans des rôles
différents. Oui, on ne peut s’empêcher de sourire avec bonheur en reconnaissant les
figurants transylvaniens parmi les membres du public de Denton Télévision ainsi que
leur costumes dans la réserve des infirmiers. Mais surtout, il y a la fabuleuse bande originale toujours composée par Richard
O’Brien dont tous les titres sont aussi bons si ce n’est meilleurs à ceux du
Rocky
Horror Picture Show : «Denton USA » est extrêmement entraînante, le refrain «
Hooooooooooo Shock Treatment » trotte longtemps dans la tête et le Duet Duet final
est joyeusement déjanté comme il faut. Bref, le rock kitsch tourne à plein régime et
chaque clip musical est un vrai bol d’air frais revigorant (et en plus, il y en a
beaucoup !). La plaisir est d’autant plus grand qu’à la mis en scène, Jim Sherman a
des idées pleins la tête qui permettent d’éviter la redite du précédent épisode.
Outre des décors plus épurés lorgnant vers un blanc maladifs propice à des filtres hallucinogènes (du rose qui pète, du vert agressif) et des costumes toujours aussi
déjantés, on recèle de nombreuses trouvailles visuelles qui permettent de revoir le
film avec un certain plaisir : un élégant plan séquence d’ouverture à la grue, un
autre plan séquence latéral filmant tout un numéro musical par des fenêtres, des
vues en hauteur permettant de multiplier les figurants dans les chorégraphie, une
utilisation amusantes des écrans de télévision permettant de suivre l’action sur un
moniteur, une danse dans un entrepôt de costumes audacieuse…

S’il est certain que ce qui faisait le charme immortel du
Rocky Horror Picture Showa largement disparu dans ce cocktail psychédélique trop limité dans ses effusions
nawak,
Shock Treatment demeure cependant un complément indispensable pour tous les
fans de l’opéra rock queer. Dynamique et entraînant, l’objet ne mérite pas la
réputation de film médiocre (même les séances de minuit lui font la moue) ni pour
autant de film culte mais plutôt d’agréable curiosité. Reste quand même qu’en dépit
de ce semi-échec, on ne peut s’empêcher de rêver à un troisième épisode, « the
Revenge of the Old Queen », qui fut bel et bien rédigé par Richard O’Brien, et dans
lequel Riff Raff et Magenta rentraient sur Transylvania et affrontaient la colère de
la souveraine et mère du défunt Frank N'Furter ! Un jour peut être...
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