Par Mérovingien - publié le 03 mai 2006 à 10h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h54 - 6 commentaire(s)
L'Avis du Jour met en avant l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Comme annoncé la semaine dernière, Mérovingien revient à présent sur la suite du Rocky Horror Picture Show, à savoir Shock Treatment.



Le Rocky Horror Picture Show a beau avoir été un plantage monumental lors de sa sortie en salle, le culte qui s’est construit autour de ce cauchemar rock érotique a finit par exploser rapidement. Triomphe à chaque séance de minuit, groupe de fans se travestissant en chantant « Time Warp », sortie imminente d’un disque « Audience Participation » enregistré dans une salle de New York… Nous sommes en 1981 et le docteur Frank N. Furter est devenu l’icône d’une troupe de fanatiques si importante que la Twentieth Century Fox commence à faire les yeux doux à Richard O’Brien et Jim Sharman, les deux responsables du premier chef d’œuvre Z, pour leur proposer une suite.



Et oui, on a tendance à l’oublier mais le Rocky Horror a connu une suite officieuse tombée hélas dans l’oubli : Shock Treatment. Inédit en France, diffusé uniquement sur le câble et introuvable en DVD (il n’existe qu’une VHS commercialisée en 1985 aux Etats-Unis et liquidé depuis), l’étrange objet est devenu une rareté un rien dénigrée qui possède malgré tout une petite base de fans. On comprend aisément es raison de ce rejet : non, Shock Treatment n’embraye pas sur le Rocky Horror. Pas le moindre travesti, pas de château hanté, pas d’extra-terrestres à la Ed Wood, pas de sexe débridé ou de slips kangourous… Et plus frustrant encore : pas la moindre allusion au premier film. Brad et Janet sont toujours là mais il n’y a pas véritablement de continuité avec leurs précédentes aventures face aux transylvaniens. Ho bien sûr, la présence de la quasi totalité des interprètes de second rôle dans les deux films laissent penser qu’ils existent des liens subtils (Rif Raf et Magenta ne se feraient-ils pas passer cette fois-ci pour des docteurs, comme en témoignent leurs rapports toujours aussi incestueux et la présence du tableau American Gothic de Grant Wood) et Denton est toujours « the home of hapiness ». Mais on peine franchement à retrouver le délire total et décomplexé qui animait le Rocky Horror Picture Show, avec cette représentation si festive et hilarante de l’homosexualité et ses futures stars en collant noirs ! D’un autre côté, peut-on vraiment en vouloir à Richard O’Brien d’avoir refusé de se confronter à son chef d’œuvre pour livrer une œuvre indépendante pour explorer une nouvelle voie ?


Ainsi, après l’hommage aux série B et Z ringardes des années 30 et 50, voici la satire de jeux télé américains des 60’s. Forcément, difficile pour tout spectateur non anglophone de saisir parfaitement les références obscures qui émaillent du récit, renforçant le sentiment d’être exclu du délire. Les maladresses du scénario n’arrangent pas les choses. Bien sûr, on espérait pas assister à un truc aussi fou qu’un travesti créant un monstre sexuel parfait avant de débaucher un couple coincé du cul mais quand même. Jugez plutôt : Brad et Janet assistent à une émission et sont sectionnés pour le jeu Mariage Maze. Brad est jugé mentalement déficient et est envoyé chez le médecin du jeu, Cosmo McKinley, qui lui administre un traitement de choc. Janet commence à être séduite par le monde de la télé et se dévergonde, ignorant qu’elle est en fait manipulée par Farly Flavors, un type étrange qui n’est autre que le frère jumeaux de Brad ! Une trame pour le moins rachitique qui n’exploite jamais son potentiel, reléguant Brad au rang de figurant (3 répliques en 1h20 !) et ne dévoilant l’identité de Farly que dans les dernières minutes. Résultat : il ne semble pas se passer grand chose de particulier si ce n’est une assemblages de saynètes bordéliques entrecoupé de morceaux musicaux décoiffant. Des infirmiers s’éclatent, un sosie du Joker fiat des trucs bizarres, Janet s’habille en veuve noir… Le délire paraît un rien calculé et surtout trop sage, O’Brien ne se lâchant jamais totalement des ses extravagances. Il n’est pas franchement aidé non plus par le couple vedette, Cliff de Young et Jessica Harper, qui ne tient pas une seule seconde la comparaison avec le duo Barry Bostwick et Susan Saradon. Il suffit de voir la Janet de Shock Treatment se trémousser mollement sur Little Black Dress pour prendre la mesure du fossé entre les deux interprètes.



Alors que reste-t-il vraiment à savourer dans ce Shock Treatment qui permettent d’entretenir le niveau avec son illustre prédécesseur ? Et bien la même équipe que celle du Rocky Horror pardi ! Oui, c’est toujours un plaisir de revoir Patricia Quinn, Charles Gray ou Laura Campbell même s’il s’éclatent dans des rôles différents. Oui, on ne peut s’empêcher de sourire avec bonheur en reconnaissant les figurants transylvaniens parmi les membres du public de Denton Télévision ainsi que leur costumes dans la réserve des infirmiers. Mais surtout, il y a la fabuleuse bande originale toujours composée par Richard O’Brien dont tous les titres sont aussi bons si ce n’est meilleurs à ceux du Rocky Horror Picture Show : «Denton USA » est extrêmement entraînante, le refrain « Hooooooooooo Shock Treatment » trotte longtemps dans la tête et le Duet Duet final est joyeusement déjanté comme il faut. Bref, le rock kitsch tourne à plein régime et chaque clip musical est un vrai bol d’air frais revigorant (et en plus, il y en a beaucoup !). La plaisir est d’autant plus grand qu’à la mis en scène, Jim Sherman a des idées pleins la tête qui permettent d’éviter la redite du précédent épisode. Outre des décors plus épurés lorgnant vers un blanc maladifs propice à des filtres hallucinogènes (du rose qui pète, du vert agressif) et des costumes toujours aussi déjantés, on recèle de nombreuses trouvailles visuelles qui permettent de revoir le film avec un certain plaisir : un élégant plan séquence d’ouverture à la grue, un autre plan séquence latéral filmant tout un numéro musical par des fenêtres, des vues en hauteur permettant de multiplier les figurants dans les chorégraphie, une utilisation amusantes des écrans de télévision permettant de suivre l’action sur un moniteur, une danse dans un entrepôt de costumes audacieuse…



S’il est certain que ce qui faisait le charme immortel du Rocky Horror Picture Showa largement disparu dans ce cocktail psychédélique trop limité dans ses effusions nawak, Shock Treatment demeure cependant un complément indispensable pour tous les fans de l’opéra rock queer. Dynamique et entraînant, l’objet ne mérite pas la réputation de film médiocre (même les séances de minuit lui font la moue) ni pour autant de film culte mais plutôt d’agréable curiosité. Reste quand même qu’en dépit de ce semi-échec, on ne peut s’empêcher de rêver à un troisième épisode, « the Revenge of the Old Queen », qui fut bel et bien rédigé par Richard O’Brien, et dans lequel Riff Raff et Magenta rentraient sur Transylvania et affrontaient la colère de la souveraine et mère du défunt Frank N'Furter ! Un jour peut être...

NOTE : 7/10

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