Par Mérovingien - publié le 27 avril 2006 à 09h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h54 - 5 commentaire(s)
L'Avis du Jour met en avant l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Aujourd'hui, Mérovingien livre son analyse du cultissime The Rocky Horror Picture Show.



Il est des films incontournables qu'il FAUT avoir VU. Des films tellement généreux qu'ils convoquent notre esprit tout un pan de l'Histoire du Cinéma. Des films si barrés qu'ils défient toute logique au point d'en devenir fiévreux. Des films si uniques que le terme « culte » semble avoir été inventé exclusivement pour eux. Des films qu'il est indispensable d'aimer, sous peine de voir remis en question tous nos goûts cinématographiques et d'être radié de l'ordre des Spectateurs ayant de bons goût. The Rocky Horror Picture Show est de ceux-là.

Tout commence avec un Néo-zélandais du nom de Richard O'Brien qui quitte son pays après une grosse déception sentimentale pour aller s'installer à Londres et mener une carrière d'acteur. Sans grand succès. Quelques apparitions par-ci par-là mais l'acteur décide de faire tourner la chance en écrivant lui-même sa propre pièce. Il n'y pas vraiment de trame cohérente mais beaucoup de chansons et de référence aux classiques de la série B. Il enregistre lui-même la chanson « Science-fiction/Double Feature » et décide de présenter son projet à Jim Sherman, metteur en scène qu'il a rencontré sur la pièce « la Main Invisible ». O'Brien reçoit le feu vert et se lance dans le casting : il tiendra le rôle de Rif-Raf, Meat Loaf, chanteur rock en vogue, tiendra le rôle du rockeur Eddie et Tim Curry sera Frank N. Furter. Le 16 juin 1973 a lieu la Première du Rocky Horror Show sur les planches du Royal Court Upstairs de Londres. Succès d'estime. Mais peu à peu, le bouche à oreille se répand. La pièce trash voit sa côte de popularité grimper en flèches au point de déménager jusque de l'autre côté de l'Atlantique, dans le théâtre Roxy de Los Angeles. Durant 9 mois, la pièce bat fait le plein et les échos atteignent vite les oreilles de la 20th Fox qui décident de lancer une adaptation cinématographique. A la réalisation, on retrouvera Jim Sherman (qui connaît bien la pièce vu que je l'ai déjà cité deux fois dans les lignes au-dessus : vous suivez ?!!???). Au casting, en dépit du parachutage de comédiens américains (dont Susan Sarandon), on retrouve quasiment l'intégralité du casting de la pièce. L'assure d'une fidélité au modèle et une certitude pour les fans de ne pas être trahis. En septembre 1975, c'est le grand Jour ! Le Rocky Horror Picture Show débarque sur les écrans....



... et se paye un bide monumental ! Pensez donc ! Un film prenant pour vedette un travesti asexué se baladant en collant, débouchant un couple de jeunes fiancés et créant un homme pour assouvir ses fantasmes sexuels !! Shocking !! Lorsque l'avocat découvrit le générique du film et ses lèvres pulpeuses, il hurla pour qu'on enlève cette image obscènes ! Pourtant, chemin faisant, le film acquis sa petite aura auprès des marginaux adorant les films de minuit. Programmé de multiples fois, déclenchant une véritable hystérie délirante chez les fans, le Rocky Horror a fini par acquérir une immense notoriété : chaque spectateur adorant le film le montre à ses amis qui le montrent à leurs amis qui le montrent... et ainsi de suite. Le popularité est telle que chaque samedi soir à Paris, au Studio Galande du Quartier latin, le film est projeté dans une ambiance EXPLOSIVE (chaque spectateur doit venir avec des accessoires et des comédiens joue le film en même temps que l'écran : une expérience que je vous recommande fortement !!). Mais au-delà de cet immense côte, il y a le film. Comment un tel film encensant le mauvais goût a-t-il pu à ce point toucher tant de monde ? La réponse est finalement assez simple : le Rocky Horror Picture Show est une œuvre dont le message est encore intacte aujourd'hui : moquez vous du regards des autres et vivez votre vie ! « Don't Dream It, Be It ! ». Ca n'a l'air de rien comme ça, mais le film prône tout simplement une sexualité sans taboue, où hétéros et homos sont égaux et se mélangent, où il n'y a plus aucune barrière entre l'homme et la femme et où la bonne morale n'a aucun droit. Invitation à la partouz ? Peut être. Message anti-conventionnel ? Sans aucun doute ! La pilule a du être bien difficile à avaler pour les spectateurs il y a 30 ans !


Le message du film passe à l'écran par une succession de répliques crues (mais subtiles) mais surtout par un scénario totalement débridé. Jugez plutôt : Brad et sa fiancée Janet sont fraîchement fiancés et décident d'aller annoncer la nouvelle à leur ancien professeur, un handicapé nommé Scott. En route, un pneu éclate. Il pleut, la route est barrée, il n'y a pas de roue de secours et le dernier Jennifer passe à la radio. L'horreur absolue... (ha non, l'horreur absolue, c'est Dolmen, mais ça n'a absolument rien à voir avec ma critique). Le jeune couple trouve de l'aide dans un château où une fête mystérieuse, le Congrès des Transilvaniens, a lieu. Une réception donnée par le maître des lieux, Frank N. Furter pour fêter la naissance de sa créature, une sorte de monstre de Frankeinstein mais la beauté en plus et crée dans le seul but d'assouvir les fantasmes de son créateur. Si vous vous demandez ce que c'est que ce film de tarés, vous êtes des looses. Si vous avez reconnu là un hommage vibrant à Ed Wood, vous êtes formidables (si, si, vous l'êtes) ! Le film est en effet truffé d'images ringardes et de gadgets absurdes, d'images criardes, de travestis (Ed Wood adorait se travestir) et d'extraterrestres. La grande classe ! En véritable cinéphile nostalgique, Richard O'Brien a truffé sa création d'allusions au génie du nul (accessoirement plus mauvais réalisateur du Monde) tout en prenant soin de convoquer toute une fange du cinéma fantastique et d'horreur rétro. Ca commence dès le générique avec des clins d'œil à Tarentula, Flash Gordon, King Kong ou encore Docteur X. Pas sûr que tous ces films parlent à un public adepte de la Nouvelle Vague mais ces citations ne manqueront pas de titiller les fans de films de monstres et de Zderies en tout genre. Derrière le grand n'importe quoi de façade se cache tout simplement une vraie déclaration d'amour à un Cinéma de freaks et une apologie du mauvais goût susceptible de toucher tous les marginaux. Il y a fort à parier que seuls une petite partie du public sera émue par la fin du film délicieusement ringarde avec le héros qui meurt, tué par un laser faisant un bruit ridicule tandis que sa créature le porte dans ses bras.



Soyons clair, Rocky Horror est un film qui se contrefout de plaire à son public. Toute l'équipe se laisse aller à leurs plus gros délires sans s'inquiéter de choquer, sans jamais faire dans le vulgaire. Ainsi, Tim Curry nous livre tout simplement une des interprétations les plus fulgurantes et hypnotique du Cinéma, en parvenant à gommer toute sexualité définie (est-ce un homme ? Une femme ? Un homo ? Un hétéro ? Un bi ? Un Humain ? Un alien ?) et en alignant les mimiques cultissimes. Susan Sarandon explose littéralement l'écran en passant de petite potiche à une grosse chaudasse en petite culotte (il faut le voir pour le croire !). Tout le reste est au diapason. Un vrai défilé de barjots comme on aimerait en voir plus souvent. Il y a ensuite le look du film, volontairement « moche ». Non pas que la réalisation ne soit pas soigné mais l'élégance de certaines images (l'arrivée au château hanté, le tourbillon final, le show du fin) contraste avec des décors épurés au murs fluo, dans la mouvance de pires délires kitsch du Cinéma. Comme pour se moquer définitivement du bon goût et de la bienséance, quantité d'œuvres d'art sont détournées et placées dans un contexte pour le moins déviant : le tableau Withler's Mother voit sa vieille femme remplacée par le rockeur MeatLoaf déguisé en grand-mère, celui appelé American Gothic resurgit dans le hall du château à côté d'un cercueil et se retrouve carrément mis en scène dans l'introduction à la chapelle et la plus célèbre œuvre de Michel-Ange se retrouve en symbole gay au fond d'une piscine ! Ajoutons-y à ça nombres de références à quelques grands chef d'œuvre du cinéma, tel le « Love/Hate » sur les doigts repris à la Nuit du Chasseur de Charles Laughton on bien le chapeau d'une Transilvanienne qui n'est autre que des oreilles de Mickey puis une pincée de référence crypto-gay (le chiffre tatoué sur la cuisse de Frank était une marque de parfum adoré par les homos) et vous obtenez un film au look pour le moins surprenant, unique et qui ne ressemble qu'à lui-même. Finissons enfin par signaler LE point fort du Rocky Horror (ou plutôt l'élément le plus attractif) : sa musique. Etourdissante, faîte de morceau rock très 70's et qui donne immédiatement envie de danser, la comédie musicale se mue en véritable cabaret explosif avec des morceaux tels que Time Warp ou Touch Me alterné avec des chansons plus volontairement cucul plus en phase.



Plus de 30 ans après sa sortie, le Rocky Horror demeure donc un film culte indispensable. Un joyau taillé dans un bâton de rouge à lèvres et qui ne cesse d'entretenir sa légende tant sa force satirique n'a rien perdu de son mordant. La preuve qu'il s'agit d'un classique immortel du cinéma et du théâtre ? Russel Crowe a débuté dedans de même qu'Athony Steward Head (Giles dans Buffy) ! Le Rocky Horror Picture Show, la référence absolue en matière de comédie musicale et de mauvais goût rétro !!! Si vous ne l'avez pas vu, vous DEVEZ le voir! EXECUTION!!!

NOTE : 10 / 10

Mérovingien revient la semaine prochaine pour la suite du chef d'oeuvre : Shock Treatment

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