Par HellJohn - publié le 19 avril 2006 à 09h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h53 - 23 commentaire(s)
L'Avis du Jour met en avant quotidiennement l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. HellJohn livre son analyse d'un "chef d'oeuvre", Torque. Comme on dit, tous les goûts sont dans la nature !

Voici ma critique très subjective (comme la note) d’une curiosité délirante du nom de Torque. Inutile de prendre un ton sérieux pour parler de ce film unique, à découvrir absolument (je suis sûr que même les plus réticents s’amuseront devant la chose). A film fou, critique folle…



Torque est un film proprement hallucinant, un pétage de plombs comme on en a rarement vu dans une grosse production (40 Millions de dollars, quand même, et on voit bien plus que ça à l’écran). Dès la scène d’intro, dans laquelle un panneau d’indication tournois au passage éclair de la moto du héros, et ou ce dernier castagne ensuite avec classe les deux motards qui le poursuivaient (le héros attends gentiment dans un bar ses poursuivants à la traîne), on sait que l’on ne va pas assister à une simple beauferie à la Fast and Furious (je précise que j’apprécie également les deux Fast and Furious), mais à quelque chose d’encore plus énorme. Et ça se confirme par la suite.

Vous allez rire, mais je vais comparer ce film à du Sergio Leone. Non non, c’est sérieux : cette guerre des gangs de motards, avec une poignée de héros manipulés et perdus au milieu de tout ça, et qui vont s’en sortir (bah oui) par la ruse, ça renvoie un peu à Pour une poignée de dollars. Le héros joué par Martin Henderson (Le Cercle) est le Clint Eastwood du film de motards (le film de motards étant d’ailleurs peu représenté, on notera récemment Biker Boyz) ! Encore mieux, le réalisateur fou fait même référence aux westerns dans la scène où Cary Ford (le héros donc, tiens, il s’appelle Ford) apprend qu’il est accusé de meurtre par les flics ET par les Reapers, le gang de Trey (Ice Cube, égal à lui-même, c'est-à-dire inexplicablement génial). Mais la comparaison s’arrête là, car il ne faut pas perdre de vue ce qu’est réellement Torque : un film dingue !



Mais qui est ce réalisateur, Joseph Kahn, qui fait passer 2 Fast 2 Furious pour un film obsolète ? Kahn, en bon clipeur qu’il est (U2, Britney Spears, Muse, Moby, Eminem et Ice Cube en savent quelque chose) multiplie les effets de style et les effets pyrotechniques, et fait passer la caméra partout : elle traverse un train, passe sous des rails, traverse plusieurs bagnoles de l’intérieur (donc elle passe à travers les vitres !), se faufile dans les moteurs des motos, filme l’action sous des angles de prise de vue inimaginables, voltige dans les airs en même temps que les véhicules pour finir sur une explosion ou un carambolage… Bien sûr, c’est du gros bidouillage numérique, mais son utilisation, toujours judicieuse, permet une réelle sensation de vitesse exagérée. Il y a une économie de moyens qui force le respect, dans ce film. Torque a coûté deux fois moins cher que 2 Fast 2 Furious et est deux fois plus impressionnant et boursouflé (il a aussi deux fois moins marché au box office, on peut même parler de bide). Force est d’admettre que Kahn (qui fait un caméo dans le film, c’est un passager du train) possède un certain sens de l’action, même si c’est de l’action trafiquée numériquement (et ça se voit), et il faut aussi reconnaître un effort dans le montage et le découpage des scènes, parce que rassembler tous ces plans (plans réels, numériques, inserts, etc.) dans un ordre cohérent n’a pas dû être facile.


Ce psychopathe de la caméra nous offre donc plus que ce qu’on attendait. Du rire et des sensations, parce que Torque contient quelques morceaux de bravoure tellement énormes que l’exagération devient aussi impressionnante que comique. Trois séquences anthologiques se détachent du reste : la poursuite sur le train (et DANS le train !!), l’affrontement entre les deux nanas (la blonde et la brune) et la scène qui s’ensuit, véritable hallucination dans laquelle Ford (Le héros, faut-il le rappeler ?), à la poursuite du grand méchant (ce pauvre Matt Schulze), explose les limites de la vitesse en pleine rue, avec « la moto la plus rapide du monde » (elle peut passer de 0 à 240 km/h. en moins de 10 secondes, le véhicule utilisé dans le film étant réellement la moto la plus rapide du monde !) ! Après le générique de fin, je me suis repassé cette scène finale une autre fois, d’abord parce que j’ai pris un pied incroyable devant « ça » (j’étais explosé de rire, et en même temps effaré), ensuite parce que je voulais être bien sûr de ce que j’ai vu, et enfin parce que c’était tellement rapide que j’ai d’abord même pas compris comment le méchant est mort. Vous voulez de la vitesse, Torque est pour vous. Torque est le « film fantasme » des motards, il illustre tout ce qu’ils ne pourront jamais faire à moins d’être suicidaires (dans la réalité, le héros du film serait mort 21 fois, je pense).



Torque est aussi un film d’arts martiaux. C’est limite si les motos se font pas du Kung-fu entres elles, je pense notamment à la course poursuite dans la forêt (juste avant la fameuse scène du train) et au duel entre la gentille blonde (Monet Mazur) et la méchante brune (Jaime Pressly), scène mémorable dans laquelle les filles se battent réellement avec leur moto (elles esquivent les coups, font des coups de roue sautés, s’observent mutuellement comme dans un duel à la Sergio Leone avant de se sauter dessus comme des sauvages…) et continuent en se mettant sur la gueule sur des motos lancées à vive allure. Le sort réservé à la méchante est d’ailleurs jubilatoire (punch-line à l’appui), comme les morts des deux autres méchants (le type pendu avec sa chaîne, hilarant). Jubilatoire, c’est bien le mot adéquat pour désigner cet OVNI filmique qui ne recule devant rien pour en mettre plein la vue. Rarement j’ai vu un film aussi gros, aussi décomplexé dans le spectacle beauf et dans l’exagération de l’action.

Cette guerre des motards est donc un film jouissif. L’histoire est basique, mais le rythme effréné (ça s’arrête pas une seconde, quand c’est pas une poursuite en moto proche du film de science fiction, c’est une baston incompréhensible dans un bar) et la réalisation immersive (on est complètement hypnotisé par tant de bêtises, on veut pas en louper une miette) font qu’on se prend au jeu, on se laisse violemment bercer dans ce monde de bruits et de fureur. Du bruit, il y en a : du gros son en guise de chansons, un bon score qu’on croirait sorti d’une production Bruckheimer (ha tiens, le compositeur est Trevor Rabin, pas étonnant) et des bruitages qui mériteraient un Oscar. Parfois, les ronflements des bécanes remplacent les dialogues (Ice Cube qui hurle à sa bande, « Allez les gars, on y va », et on entend des ronflements de motos au loin qui lui répondent alors que la caméra est toujours sur Ice Cube). Sans parler des dialogues jouissifs et des multiples punch-lines tordantes. De la fureur, il y en a aussi beaucoup. De la casse, des explosions, des carambolages, des vols planés, des crissements de pneus…Le sous titre du film, « La route s’enflamme », ne ment pas : dans Torque, la route s’enflamme VRAIMENT ! Torque est une ode à la destruction, en témoigne cette poursuite sur l’autoroute, ou les deux flics qui poursuivent Ford et ses amis défoncent tout sur leur passage avec leur hammer avant que ce dernier ne finissent par aplatir une Lamborghini en atterrissant (à l’envers, donc sur le toit) d’un vol plané. Et ces explosions numériques filmées au ralenti, pendant lesquelles le héros voltige dans les airs (on en filme plus, des explosions comme ça), quel bonheur ! Tellement barbare que le film a été interdit aux moins de 12 ans à sa sortie en salles, malgré l’absence totale de sang ou de sexe.



Et en plus, on s’attache même aux personnages, aussi simplistes et caricaturaux soient-ils (et c’est peut être cette simplicité qui fait qu’on s’y attache, comme des jouets). Ce héros vaillant mais tranquille, ses deux amis bien cool, Ice Cube (méchant mais pas trop, comme toujours) qui fait la tronche pendant 80 minutes (comme dans tous ses autres films, à noter la façon unique qu’il a de boire à la bouteille), le bad guy qui a bien la gueule de l’emploi (c’est parce qu’il a la gueule de Matt Schulze) et sa copine qui a deux lignes de dialogue passe le plus clair de son temps à se lécher les lèvres et à montrer sa langue (faut dire que le piercing, ça excite), hormis dans ce magnifiquement débile ballet de moto vers la fin quand elle affronte sa rivale. Faut dire que le casting est bien sympathique : aux côtés de Martin Henderson et de Ice Cube (dans le genre, ne loupez pas non plus xXx 2), on retrouve donc Matt Schulze (Chupa dans Blade II, le méchant de Le Transporteur et de Fast and Furious…), mais aussi Jaime Pressly (une habituée des teen comedy), Monet Mazur (qui figure dans des chefs d’œuvre comme 40 jours, 40 nuits, Pour le meilleur et pour le rire, Sa mère ou moi ou Angel Eyes), Will Yun Lee (le méchant secondaire de Meurs un autre jour et le méchant principal de Elektra), Adam Scott (lui aussi dans Sa mère ou moi, et récemment vu dans The Matador) ou encore Jay Hernandez (Carlito Brigante dans la suite hérétique de L’Impasse, révélé dans Crazy/Beautiful et confirmé dans Hostel). Toutes ces bonnes têtes participent à ce gros foutoir chronométré au millième de seconde et rempli de testostérones et d’adrénaline. On frise l’overdose !

Ainsi donc, ce Torque est un monument de bêtise et de bourrinage, divertissement ultra efficace et très excitant. Un film qui dépasse les limites du genre (mais il paraît que Autoroute Racer est pas mal non plus), qui ne se soucie d’aucune cohérence et qui lâche donc le lest de la vraisemblance pour tout miser sur le fun. A la fois nul et génial (le même plaisir que devant un bon nanar), Torque est une curiosité à prendre au second degré, un OVNI cinématographique qui se savoure pour ce qu’il est. Le film s’assume complètement, alors j’assume moi aussi le fait de l’avoir adoré (je l’ai même vu deux fois). Futur film culte !

7,5 / 10

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