Par - publié le 19 février 2009 à 23h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h06 - 0 commentaire(s)
C’était l’un des films les plus attendus de la croisette, le premier long-métrage du scénariste de plusieurs oeuvres au ton décalé, percutant telles que Dans la peau de John Malkovich de Spike Jonze, Human Nature de Michel Gondry, Adaptation de Spike Jonze, Confessions d’un homme dangereux de George Clooney ou encore l’étonnant Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry. Il passe aujourd’hui derrière la caméra et nous offre un délire teinté de mélancolie mais se perdant dans sa narration et du coup difficile à suivre, surtout après presque dix jours passés à Cannes.

SYNECDOCHE, NEW YORK
Un film de Charlie Kaufman
Avec Philip Seymour Hoffman, Samantha Morton, Michelle Williams, Emily Watson, Jennifer Jason Leigh
Durée : 2h04
Date de sortie : prochainement (on espère)


Metteur en scène de théâtre, Caden Cotard souffre du départ soudain de sa femme, l’ayant brusquement quitté pour poursuivre sa carrière loin de lui, le séparant ainsi sans le moindre remord de sa fille. Désespéré, perdu, se croyant rongé par une vicieuse maladie imaginaire ne lui laissant que peu d’espoirs, il se met en tête de monter un incroyable projet, un spectacle unique, absolu et, pour le monter, reconstitue au cœur d’un immense entrepôt la maquette grandeur nature des lieux qu’il traverse dans sa vie. Une vie qu’il va reproduire méthodiquement sur scène durant des années. Dès le synopsis Synecdoche, New York impose son mystère, un mystère, des mystères, qu’il n’est pas toujours évident de percer tant l’approche de Charlie Kaufman est riche en symboles, complexe, torturée.

Pour commencer, voici tout d’abord un petit glossaire proposé par l’auteur lui-même autour du terme Synecdoche. Que signifie cette expression ? Une définition aux contours multiples, dès le titre, Charlie Kaufman s’amuse, brouille les pistes. Donc, Synecdoche, figure de rhétorique venant du grec Sunekdokhe signifiant compréhension simultanée, s’ouvre sur ces différentes définitions : la partie pour le tout (le grand écran pour le cinéma). Le tout pour la partie (la loi pour la police). L’espèce pour le genre (voleurs pour criminels). Le genre pour l’espèce (les mortels pour les hommes). La matière pour l’objet (ivoire pour touches de piano). Le singulier pour le pluriel, ou inversement. Le plus pour le moins, ou inversement. Je vous laisse allègrement vous y retrouver, vous allez pouvoir ainsi entrer dans le tourbillon décapant de ce film.


En ne cessant de mettre en abyme les situations de son film, le cheminement de ses personnages, Charlie Kaufman prend un réel plaisir à nous perdre dans son récit et Synecdoche, New York devient en effet très vite un étonnant délire, tout aussi drôle qu’émouvant et si le cinéaste détourne avec habileté la solitude de ses personnages, contourne leurs angoisses, leurs blessures en les parodiant, en les détournant, elles finissent néanmoins au travers du jeu dans lequel ils se glissent pour nous toucher directement, sans devenir pour autant assommantes. Mais, au-delà de ces émotions liées à la dérive des personnages, la mise en scène reste beaucoup trop théorique, trop dense, et à vouloir trop jouer avec les symboles, les jeux de mots, les images, Charlie Kaufman finit par perdre le spectateur, par le lasser, du coup c’est perplexe et un brin déçu que l’on ressort du film. Brillant scénariste, Charlie Kaufman ne réussit pas à dépasser son écriture, comme si la forme narrative soudainement lui échappait. Il s’enfonce et ne réussit pas à s’arrêter, emporté par une sorte de folie qui finit par nous dépasser quelque peu. Cette première œuvre reste néanmoins scandée par quelques scènes intéressantes, explosives et la présence d’acteurs talentueux qui semblent se retrouver avec aisance dans ce labyrinthe cinématographique. Pour nous, il faudra s’y reprendre à nouveau, c’est peut-être la fatigue.


Vos réactions


logAudience