Comment faire venir plus de monde dans les salles ? Telle est la question que se posent sans cesse les grands studios. Or, bien vite, si le film d’action et la comédie romantique ont pris le pas sur le reste de la production, il restait à s’assurer dans le flot incessant des sorties, d’une visibilité de choix. Rien de tel dès lors que la sensualité d’une femme, agile et fonceuse, pour capter le jeune public mâle et attirer son pendant féminin en quête de modèle et d'icônes.
Angelina Jolie à l’avant-garde de l’action : une confirmation,une exception et un symptôme

Et qui mieux qu’Angelina Jolie pour incarner ce sémillant cocktail de féminité et de force brutale. Ici, point de testostérone, juste l’une des plus désirables actrices de notre temps et l’un des plus forts caractères du milieu. Pourtant, ce n’est pas qu’un alibi mais l’expression d’un véritable tempérament qui fait écho à un changement plus perceptible encore et hautement favorable aux femmes dans nos sociétés.
En effet, la fille de John Voigt s’est imposée comme l’une des premières femmes dans le genre à n’être pas de celles qui accompagnent pour être de la catégorie très fermée des personnages qui agissent à défaut de subir. De fait, symbole d’une société qui évolue vis-à-vis des femmes et qui prend conscience qu’elles peuvent également constituer une cible en soi, la femme a fait du film d’action, un nouveau terrain d’expression. Au point de devenir une femme à poigne !
Cependant, cette nouvelle présence au cinéma ne se limite pas à un simple basculement et à un vulgaire changement de comportement des femmes à l’écran. Bien au contraire, car la femme d’action accumule tout ce que son homologue bodybuildé avait comme spécificités, en n’en restant pas moins femme ! D’ailleurs, Angelina Jolie le prouve mieux que quiconque dans Salt. Puisque cette dernière creuse un sillon avec ce film, inauguré avec Tomb Raider et poursuivi avec Mr et Mrs Smith. Le tout en nous offrant un étrange amalgame où sa sensualité et la tension sexuelle qu’elle dégage, n’a d’égale que l’intrépidité de la belle.
A la fois symptôme d’une profonde évolution sociétale tout en confirmant l’opportunisme d’une industrie qui y trouve son intérêt, Angelina Jolie est en cela un phénomène à part, celui d’une évolution profonde et radicale du personnage hollywoodien, tout en s’inscrivant dans la lignée de toutes ces actrices et femmes qui ont pris le pouvoir à Hollywood par leurs rôles forts et par leur importance économique. En somme, jalon et rupture, son apparition à l’écran a modifié les donnes.
Julia, Cameron, Uma et les autres : entre castagnes et continuation

En cela, il est d'ailleurs aisé de reconnaître que nombreuses sont celles qui à sa suite, ont tenté d'enfiler le costume souvent trop large ou imparfait de "l'action woman".De Kate Beckinsale jusqu'à Uma Thurman en passant par Cameron Diaz dans Night and day ou encore Jennifer Aniston dans Chasseur de primes, toutes celles qui comptaient dans le cinéma mainstream se sont prêtées à l'exercice. Avec des fortunes diverses si l'on songe à Halle Berry (Catwoman), Jennifer Garner ou Pamela Anderson dans Barbwire, ce summum du kitsch.
Mais toujours avec une idée forte, celle de s'inscrire dans cette voie ouverte et surtout rendue accessible par la femme de Brad. Hélas, parmi toutes celles qui essayèrent cet emploi à contrecourant, toutes ont dû se heurter à des stéréotypes simplement dépoussiérés ou à peine revisitées. Ainsi, la femme gagne-t-elle le droit de se servir d'une arme, d'en user et éventuellement d'amener au dénouement final, sans irrésistiblement tomber en pamoison devant son pendant masculin.Mais, presque à chaque fois, elle a besoin de son truchement pour exister ou qu'il défaille pour s'affirmer alors que dans le cas d'Angelina Jolie, ses personnages ont gagné leur autonomie, le crédit et le respect de leur liberté.
De fait, auxiliaire, faire-valoir pour l'humour et gage de glamour plus que symbole d'une égalité et d'une réelle prise d'indépendance, peu sont celles qui parviennent ou parviendront comme l'actrice de Salt à exister pour elle-même et par elle-même. Songez à Kiss and Kill et à sa comparaison avec Mr and Mrs Smith et vous noterez la flagrante opposition quant à la condition de la femme d'action à l'écran. Dans le premier, l'une est incapable de se dominer, panique, impose son hystérie et fait rire d'elle alors que dans le second, tout n'est qu'apparence et dissimulation avant l'affrontement terminal.
En cela, la place de la femme dans le film d'action, si elle évolue, n'en reste donc pas moins cantonnée et restreinte à un emploi où on la charge d'érotiser et/ou de féminiser les séquences à la manière de James Bond Girl qui auraient juste gagné le droit de s'exprimer. Il serait d'ailleurs intéressant de se demander pourquoi nos écrans comptent si peu de personnages de femmes d'action quand la télévision parfois en abuse à gros trait et plus encore, pourquoi la figure de la maîtresse-femme dans le cinéma d'action contemporain reste pour l'heure l'apanage de la seule et jolie Angelina.

