Né le 4 Avril 1958, Bernard Campan s'installe à Paris une fois la majorité atteinte (et le Bac en poche !). Il n'a alors qu'un rêve, celui de devenir comédien. Pour se faire, il s'inscrit aux Cours Simon. Quelques années de galères plus tard, il entre au Petit Théâtre de Bouvard et y rencontre de futurs complices, à l'instar de Didier Bourdon, Pascal Légitimus, Smaïn, Philippe Chevallier ou bien encore Régis Laspalès. Nous sommes en 1981. Le célèbre trio des Inconnus naitra sept ans plus tard.
Cette semaine, à l'occasion du film Le Café du pont, retour sur la carrière d'un homme étonnamment discret.
Merci Bouvard !
Bernard Campan fait ses premiers pas cinématographiques en 1985, dans Le Téléphone sonne toujours deux fois !!. Sous la direction de Jean-Pierre Vergne, le film se présente, à l'heure actuelle, comme l'une des meilleures parodies françaises, au même titre que La Cité de la peur. Absurde, non-sens et autres délires servent ici une histoire basée sur les aventures du détective Marcel Bichon (ou, à l'américaine, « Marc Elbichon »). Ce dernier enquête sur une vague d'assassinats pour le moins étranges : un homme agresse des femmes et les tue en leur incrustant un cadran de téléphone sur le front... Si l'oeuvre ne rencontre pas le succès escompté à l'époque, elle a le mérite d'appartenir aujourd'hui au club très fermé des films cultes. Aux côtés de Campan, nous retrouvons donc ses fidèles complices Didier Bourdon et Pascal Légitimus, mais aussi Seymour Brussel, Patrick Sébastien, Jean Yanne, Darry Cowl, Henri Courseaux, Jean-Claude Brialy, Clémentine Célarié ou bien encore Michel Galabru. Incontournable.
La grande époque des Inconnus
Curieusement, le Septième Art se désintéresse par la suite totalement de Bernard Campan, à la différence de Bourdon et de Légitimus qui, eux, enchainent les tournages. Il nous faudra donc attendre l'année 1995 avant de revoir notre troisième larron à l'affiche d'un nouveau long métrage. Et pas n'importe lequel. Ayant conquis un très large public, que ce soit sur scène ou à la télévision, les Inconnus s'imposent désormais sur grand écran. Campan et Bourdon exigent même d'être leurs propres metteurs en scène. Un choix des plus judicieux, Les Trois Frères rencontrant en effet un succès phénoménal lors de sa sortie en salles (près de sept millions de spectateurs). Il faut dire que le film est vraiment réussi. A l'instar de Les Nuls, Les Inconnus restent fidèlent à eux-même. Trop, selon certains. Ils instaurent en effet une règle qui deviendra celle de tous les humoristes se lançant dans le cinéma : adapter quelques sketches parmi les plus représentatifs de leur carrière et les insérer au coeur d'une histoire. Ainsi, tout au long du film, ils égratignent le pouvoir, les hommes de loi, la télévision (mythique millionnaire) et bien d'autres choses encore, déjà vues lors de leur spectacles ou émissions. Cependant, Les Trois Frères va beaucoup plus loin et ne se contente donc pas de compiler un vulgaire best of. Sa force est de proposer un véritable scénario, original, parfaitement bien huilé et d'une richesse « gaguesque » inouïe. Ce qui nous frappe encore davantage, c'est la fluidité de la mise en scène, sa construction et son rythme. Campan et Bourdon possèdent un véritable regard et regorgent d'idées, drôles pour la plupart, mais aussi parfois touchantes. On pense notamment à la séquence d'ouverture, lorsqu'une caméra épaule (on est donc loin du cinéma plan-plan) se promène dans un marché et s'attarde sur trois enfants qui se tiennent la main et qui ressemblent étrangement aux trois Inconnus.
Fort de cette réussite, aussi bien artistique, critique et publique, la bande se reforme en 1997(Légitimus en moins pour de sombres histoires de droits) avec Le Pari, une excellente satire sur le tabac et ses conséquences, puis avec L'Extraterrestre, en 2000, un film de potes extrêmement banal, à la limite de l'indigestion voire de l'amateurisme, avant de se réunir au complet l'année suivante pour Les Rois Mages. Inégales, ces comédies leur permettent toutefois d'exploiter un style mais aussi un ton, souvent critique envers la société contemporaine. Des retrouvailles pourraient avoir lieu d'ici peu. On parle d'ailleurs d'une suite à leur premier-né, sobrement intitulée Les Trois Pères...On en devine aisément le scénario. Affaire à suivre !
Du rire aux larmes
Bernard Campan se démarque très vite de ses anciens partenaires, en se lançant dans le genre dramatique. En 2001, l'acteur répond à l'appel de Zabou Breitman, qui lui propose alors le rôle de Philippe dans Se souvenir des belles choses. Bernard le Coq et Isabelle Carré remportent tout deux un César pour leur performance, mais cela ne doit pas entâcher celle de Bernard Campan, d'une sobriété et d'une émotion rares. Ainsi donc, au delà du simple clown, on le reconnaît désormais comme un vrai Comédien, au sens noble du terme. D'ailleurs, aujourd'hui, il se limite essentiellement aux films d'auteurs, bien loin de la farce d'antan. Certes, il n'a jamais complètement abandonné la comédie et on rit parfois de quelques situations issues du Coeur des hommes 1 & 2 ou d'Une semaine sur deux (et la moitié des vacances scolaires). Malgré tout, son incursion dans l'univers de Bertrand Blier (Combien tu m'aimes ?), Bruno Podalydès (Bancs publics) et Philippe Godeau (Le dernier pour la route) s'avère être encore plus remarquable. Son goût pour la mise en scène le démontre également. En 2007, il signe La face cachée, narrant le quotidien d'un couple qui, après des années de vie commune, se « rencontre » enfin. Il interprête même, au sein de cette oeuvre à la fois sombre et poétique, le rôle principal. Néanmoins, ici, c'est l'auteur (dans sa globalité) que l'on retient. Selon ses propres termes, "En co-réalisant avec Didier Bourdon (Les Trois frères, Le Pari, Les Rois mages), je ne m'étais jamais senti réalisateur. Donc l'envie de faire mon premier film tout seul était là depuis longtemps : j'en parlais mais ça ne se faisait pas ! (...) "L'idée c'est qu'il y ait 100 % du Bernard Campan que j'étais il y a 10 ans. J'ai changé. Ma vision du monde a changé. Mais c'est 100 % moi. C'était le défi : que je ne puisse rien renier de la façon dont ce personnage voit le monde." En somme, une oeuvre personnelle, que l'on ne souhaite pas unique. Pour le moment, Bernard Campan demeure « l'égérie » de Zabou, puisqu'après L'homme de sa vie, il sera à l'affiche de son quatrième long métrage, No et moi. Finalement, une reconversion inattendue, peut-être la plus réussie en comparaison de ses anciens camarades.

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