Par - publié le 24 avril 2006 à 09h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h53 - 1 commentaire(s)
17 ans après Trop belle pour toi, drôle de triste histoire tordue aux accents Buñueliens sur fond de Schubert et de soliloques à la Gégé, Bertrand Blier dirigera de nouveau Carole Bouquet dans A l'insu de mon plein gré, produit par Charles Gassot, où on retrouvera également Edouard Baer en SDF.



Bertrand Blier, ce n’est quand même pas rien. C’est tout un pan de notre bon vieux cinéma franco-français. Quelque chose comme une valeur a priori indémodable. Ces dialogues d’une grande verdeur et d’une drôlerie absolue ont quasiment hanté les esprits de toutes les générations cinéphiles (les "T'es pas bien là, à la fraîche, pépère, décontracté du gland" des Valseuses et "je me demande si elle est pas un peu con" dans Préparez vos mouchoirs). D’autant que le cinéaste a un univers bien à lui avec des tentations absurdes dont Buffet Froid, son chef-d’œuvre avec une boucle finale mémorable, demeurera comme l’aboutissement absolu. Avec aussi des personnages qui sous la provocation fièrement arborée masquent une sensibilité qui leur crève le cœur (les pleurs de Dewaere dans Les Valseuses). Osons : même ses opus de la seconde génération, de Merci la vie, éblouissant kaléidoscope qui cause mieux que quiconque de la vie et de ses vicissitudes, à Tenue de soirée, le vrai tournant selon les puristes, qui mettait en danger Michel Blanc (à l’origine, ce devait être Bernard Giraudeau qui devait endosser le rôle mais ne voulait pas casser son image – il le fera plus tard sous l'égide de François Ozon dans Gouttes d’eau sur pierres brûlantes comme une revanche) qui comme dans le beau Monsieur Hire de Patrice Leconte, révélait une mélancolie – et un talent pour les persos tragiques – insoupçonnés et surtout un Gégé Depardieu, inoubliable en cambrioleur tatoué qui se balade en slip léopard. Par la suite, les résultats ont été moins heureux.



Depuis quelques temps, depuis le début des années 90 diront certains, mais fixons la limite à Mon homme, le cinéma de Blier ne bande plus ou plus précisément bande mou, avec des canevas inachevés et des dialogues certes toujours taillés au rasoir mais un peu schématiques. Blier fait du Blier en traînaillant dans ses conventions pépères. Les très mauvaises Côtelettes, dernier opus en date, dont le sale accueil, pour le coup justifié, montrait que Blier était complètement à côté de la plaque de son cinéma et de son temps. Revival avec son récent Combien tu m’aimes ? ? Oui et non. Oui parce qu’on retrouve parfois la folie géniale du réalisateur de Beau père ; non, parce qu’il n’apporte aucune pierre à l’édifice. Son nouveau A l'insu de mon plein gré permet surtout les retrouvailles de l'actrice de Trop belle pour toi (César de la Meilleure actrice en 1989) avec le réalisateur.

LE POINT



Après avoir incarné la mort dans Buffet Froid et provoqué la déroute de bon nombre de spectateurs (certains ne se sont pas remis de la pirouette finale absurde) et après avoir été trop belle pour lui, Bouquet, figure récurrente et presque inquiétante dans le cinéma de Blier, incarnation de la femme froide et inaccessible parce que d'une beauté dangereuse, devrait retrouver Bertrand Blier à l'occasion du tournage d'A l'insu de mon plein gré, produit par Charles Gassot, dont le titre est fort heureusement encore provisoire. Edouard Baer se joint au casting mais lui, on avait déjà repéré sa fascination pour le cinéaste dans Combien tu m'aimes ? où il tombait amoureux de Bellucci. Le sujet s'annonce typique du cinéma de Blier : une femme bourgeoise s'éprend d'un SDF croisé dans un quartier chic comme Gérard Depardieu tombait amoureux d'une femme très ordinaire alors qu'il était marié à une femme sublime. C'est le schéma inverse de Trop belle pour toi.
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