Carrefour incontournable de tous les cinémas d'animation, Annecy est loin de se contenter de proposer une sélection de longs-métrages. Ainsi, un petit tour au MIFA, le marché du film d'animation qui se déroule en parallèle du festival, permettait de prendre conscience de l'essor incroyable de ce secteur, tout en découvrant l'apparition de plus en plus importante de pays absents il y a encore quelques années seulement, la Chine et l'Inde en tête. Nous pouvions aussi découvrir quelques projets alléchants, comme La Horde du contrevent, film ambitieux lancé par le jeune studio Forge, que devrait réaliser Jan Kounen d'après le roman d'Alain Damasio, avec Marc Caro à la direction artistique. Au côté des rétrospectives, des projections de films rares (comme les tous premiers Disney récemment restaurés par le MoMA), ou des master class animées par les plus grands studios d'animation du monde (ILM, Blue Sky, Walt Disney Animation et Pixar répondaient à l'appel cette année), le festivalier pouvait également visionner une centaine de courts-métrages.

Comme chaque année, quelques pépites étaient à dénicher au milieu des films de fin d'étude. C'est le cas du court-métrage allemand Loom qui suit, grâce à un photoréalisme bluffant, une araignée attrapant, dévorant puis digérant sa proie. L'école des Gobelins continuait également de présenter quelques beaux travaux, avec notamment Trois petits points, une romance lugubre et festive à la fois, réalisée dans une animation 2D d'un chouette dynamisme. Venus est un court danois, racontant en animation en volumes ce qu'il aurait été très délicat à filmer en live : un couple tente de raviver leur passion amoureuse en se risquant dans un club échangiste. Extrêmement cru, le court métrage reste néanmoins tendre et amusant, en grande partie grâce au support utilisé.
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La compétition de courts-métrages permettait de revoir certaines œuvres déjà bien connues des amateurs, comme Pixels ou Big Bang Boom, dernier coup de maître de BLU, un graffeur italien dont les films d'animation sont peints et animés directement sur des décors naturels. Mais là encore, les œuvres inédites étaient légion. Si les derniers courts des frères Quay, Maska, ou du studio Aardman, Blind Date, sont de réelles déceptions, en revanche The Monster of Nix de Rosto reste l'un des moments forts de la sélection. En mélangeant prise de vue réelle, marionnettes et numérique, Rosto raconte une histoire totalement barrée et difficilement résumable de contamination entre mondes et de vol de songes. Un joyeux bordel d'une trentaine de minutes, qui bénéficie d'un livret énergique et d'un casting vocal classieux, avec notamment Tom Waits et Terry Gilliam. Vue la densité du film, il reste néanmoins évident que l'imagination de Rosto gagnerait à s'épanouir sur un long-métrage. Type d'animation peu représentée cette année, la pixellisation avait néanmoins un émissaire inspiré avec Luminaris, une coproduction argentine et française franchement drôle, dévoilant les projets secrets d'un souffleur d'ampoules électriques, travaillant dans un monde totalement assujetti à la lumière.
Mais c'est la Pologne qui se démarquait cette année. Avec les films d'animation en volumes L'Armoire de Zbigniev et Pierres, mais aussi l'adaptation jolie bien que lourdingue d'un classique de la littérature polonaise Switez, la cité perdue, ce pays n'a cessé de faire montre d'une santé créative vivifiante. D'ailleurs, l'excellent studio Platige Image nous a offert certaines des instants les plus marquantes du festival avec Paths of Hate, film en images de synthèse relatant le duel jusqu'au-boutiste de deux aviateurs. Un film beau et rageur, qui confirme tout le bien que l'on pouvait penser de cette très jeune société.
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