La rédaction décerne ses trophées de cinéma pour le mois d'avril 2011 : Source Code, Animal Kingdom, TomBoy, Scream4...

Par La REDACTION - publié le 13 décembre 2011 à 00h01 ,
MAJ le 13 décembre 2011 à 09h17 - 0 commentaire(s)

Animal Kingdom - Une famille de criminels de David Michod 

LE FILM DU MOIS : ANIMAL KINGDOM

Animal Kingdom n'est pas un film aimable, jamais dans la séduction de surface, préférant la sécheresse à l'émotion, la froideur animale au sentimentalisme. Dans les grandes lignes, ce récit d'une noirceur implacable sur le déterminisme familial raconte le cauchemar d'une mère morte d'overdose qui abandonne son fils adolescent sous la tutelle de ses pires ennemis, ceux qu'elle a passé sa vie à fuir : une famille de malfrats. L'enjeu consiste à confronter les autorités à ces voyous dont le clan se décime sous nos yeux. Un inspecteur vertueux (Guy Pearce) constitue la seule alternative pour le protagoniste, un peu candide et mélancolique, d'échapper à un destin tracé dans le sang. Mais rien n'est aussi simple : personne n'est bon, ni mauvais. Cette conception va à l'encontre du manichéisme, préférant traduire des hésitations et des trahisons, des unions et des désunions qui peuvent fluctuer d'une scène à l'autre. David Michod a porté ce projet pendant neuf ans et disséqué la petite pègre de Melbourne, avec la densité d'une fable Shakespearienne. Il en est à la fois le scénariste et le réalisateur et réussit sur les deux tableaux.

 

 

Tomboy de Céline Sciamma

 

LA DECOUVERTE DU MOIS : TOMBOY 

Après l'excellent Naissance des pieuvres (2007), Céline Sciamma creuse de nouveau le trouble identitaire dans Tomboy («garçon manqué» en anglais), qui bénéficie en partie de la spontanéité du filmage (tournage de 20 jours avec une petite équipe et une caméra Canon 5D). A la faveur de l'été, Laure profite de son corps asexué pour devenir Michael, un garçon. Autour d'elle, des parents aimants qui attendent un heureux événement, et des amis de son âge, biens dans leurs baskets, qui profitent de la quiétude des grandes vacances, sans se soucier de leur sexualité. Le récit est construit comme un thriller d'imposture : Laure/Michael agit tout en sachant que ce travestissement ne durera pas éternellement et que le masque tombera comme un couperet à la fin de l'été, juste avant la rentrée des classes. Elle exprime le calme anxieux d'un cancre qui redoute la réception du bulletin de notes à la fin du trimestre avec la peur de décevoir ses parents. En découlent des angoisses qui ne seront jamais formulées oralement et resteront des questions sans réponses: pourquoi sa petite sœur est plus féminine qu'elle? Pourquoi a-t-elle le béguin pour une autre fille? Pourquoi a-t-elle peur que l'arrivée d'un nouvel enfant ne l'éloigne un peu plus de l'amour de ses parents?

 


Les aventures de Philibert, capitaine puceau de Sylvain Fusée

 

CARTON ROUGE : PHILIBERT

Avec un titre complet comme Les aventures de Philibert, capitaine puceau, on pouvait s'attendre à quelque chose de sympathique, de gentiment couillon et parodique. De plus, en constatant que les auteurs sont ceux qui ont ressuscité OSS 117 associés à la scénariste de Brice de Nice, tous les espoirs sont permis. Mais autant le dire tout de suite, c'est râté. Car Philibert, qui démarre pourtant de façon plutôt engageante se révèle au fur et à mesure consternant voire affligeant.  La faute à quoi ? A une permanente hésitation entre la parodie et l'hommage aux films de cape et d'épée, genre tombé en désuétude depuis belle lurette et qui pourrait ne pas survivre à ce Philibert. Du coup, le sourire des premières images laisse place à une grimace qui en dit long sur ce que le spectateur est en train de subir.

 

 

CE QU'IL FALLAIT RETENIR...

 

Source Code de Duncan Jones

SOURCE CODE 

Un soldat fait un voyage dans le temps hors du commun. Il se retrouve passager d'un train inconnu à devoir revivre sans cesse, comme une journée sans fin, un attentat visant ce convoi. Il décide de mener l'enquête pour découvrir le ou les responsables. Cela lui permettra-t-il de s'échapper de ce cercle vicieux dans le temps ? En court-circuitant les conventions du film d'action, Duncan Jones, le fils de David Bowie, propose un remake de son premier film, Moon avec un Donnie Darko adulte, alias Jake Gyllenhaal, dans la Quatrième Dimension

 

Thor de Kenneth Branagh, Anthony Hopkins, Chris Hemsworth et Tom Hiddleston

 

THOR

Coup de tonnerre sur grand écran : le plus humain des Dieux d'Asgard arrive dans les salles avec une mythologie indétrônable. Pourtant, Thor semble encore une fois une oeuvre préparatoire, un énième film de super-héros pré-The Avengers qui devrait bientôt rejoindre le collectif de surhommes de chez Marvel. En attendant, on se contentra d'une oeuvre bipolaire : passionnante dans l'enceinte d'Asgard et fainéante sur Terre. Kenneth Branagh avait bel et bien la tête au céleste. Tant pis pour le reste.

 

BON A TIRER

Avec son titre français rébarbatif et son four récent au box-office américain, B. A. T. (Bon A Tirer), la nouvelle comédie des frères Farrelly, promet de sortir en France avec une telle discrétion qu'il risque de passer sous le radar. Dommage car c'est leur meilleur film depuis Deux en un (2003). Avec le temps, Judd Apatow s'est imposé comme le fer de lance de la comédie US, en prenant le pouvoir dans un domaine jusqu'alors dominé par les Farrelly bros, chantres de l'humour scato-égrillard désormais dépassés par leurs enfants bâtards. La conséquence, c'est qu'avec son sujet (une comédie sur les trentenaires désabusés et obsédés sexuels), B.A.T. semble une nouvelle fois perdu entre les productions ados et adultes du réalisateur d'En cloque mode d'emploi et des succès surprises comme Very Bad Trip. Pourtant, ce n'est pas de l'opportunisme : au-delà des modes, le film poursuit l'exploration des angoisses laissées en suspens dans Les Femmes de ses rêves (le mariage comme piège intime, les difficultés des rapports homme/femme). Et il ne faudrait pas négliger sa portée satirique.

 

DOSSIER / SCREAM 4 : AUTOPSIE D'UN GENRE

(C) ROMAIN LE VERN

Contre toute attente, Scream 4 est une bonne surprise. En fait, ce qui rend ce quatrième épisode des malheurs de Sidney Prescott à Woodsboro extrêmement touchant, c'est qu'il renvoie par sa facture aux années 90 et qu'il convoque des stars éteintes (Courtney Cox, Neve Campbell et David Arquette), le réalisateur (Wes Craven) et le scénariste d'origine (Kevin Williamson) pour un simple constat : aujourd'hui, ils sont dépassés par une génération 2.0 avide de reconnaissance, plus rapide et instinctive qu'eux. En 1996, à l'époque du premier Scream, des modes de communication comme Twitter et Facebook n'existaient pas. Et les ados ne faisaient pas de critiques sur leurs blogs, voulaient ressembler aux héros tourmentés de la série Dawson, se perdaient dans les video-club pour ressusciter de vieux films d'horreur oubliés en VHS. En quinze ans, tout a changé. Eux, non. Ils sont restés les mêmes. Ouvertement parodique, Scream 3 traduisait l'envie collective d'en finir mais, faute d'avoir réussi à se diversifier et à évoluer, toute l'équipe est condamnée à faire du surplace : les acteurs sont devenus aussi fantomatiques que leurs personnages.


En interview, Wes Craven l'avoue, non sans impuissance : «Dix ans ont passé entre Scream 3 et Scream 4. Et c'est incroyable de voir l'évolution du genre avec des films comme Saw et Hostel. Ces films visent la surenchère et l'écoeurement. Avec les Scream, je n'ai jamais eu pour objectif de faire des films typiquement pour ados. J'essayais juste de retranscrire le mieux possible les scripts, et de rester suffisamment ouvert. On pensait tous qu'on tournerait la page. Mais entre Scream 3 et Scream 4, Kevin et moi avons connu l'échec Cursed, une mauvaise expérience qui nous a beaucoup affectés. Des scénaristes se sont greffés sur le projet, ont volontairement cherché à faire un teen movie, et une bonne partie de ce que nous avions filmé à été détruit pour refaire ce que vous avez découvert. J'ai passé des mois et des mois de ma vie là-dessus pour aboutir à quelque chose qui n'est même pas de moi. Si j'ai accepté Scream 4, c'est parce que le genre a évolué plus vite qu'on le pensait. Rien de comparable à ce qui produisait au début des années soixante-dix, où nous pouvions aller jusqu'au bout de nos idées, sans contraintes, où nous filmions la plupart du temps de façon complètement illégale, avant de sortir le film sans autorisation. Aujourd'hui, c'est quelque chose qu'on ne pourrait plus faire

Scream 4 de Wes Craven
A la fin des années 90, Wes Craven s'amusait du scénario de Kevin Williamson. Il y voyait une petite provocation, se disant que l'ancienne génération de fans du genre serait un peu choquée de voir ce maître de l'angoisse cracher dans la soupe et que la nouvelle, qui ne connaissait pas encore les classiques, prendrait cet exercice comme un pur film d'horreur, les yeux révulsés par la séquence d'ouverture avec Drew Barrymore (aussi atroce que parodique). Les personnages de Scream étaient prisonniers des films d'horreur qu'ils regardaient de manière intempestive. Mais à force de se croire dans un film d'horreur, ils finissaient par en devenir les héros. Le paradoxe veut que le film ait majoritairement été compris au premier degré et relança massivement l'attraction du slasher développé à travers des déclinaisons teenage allant de Souviens-toi l'été dernier à Urban Legend. Craven avait déjà expérimenté ce système de mise en abyme où l'on ne savait plus faire la distinction entre la réalité et la fiction dans Freddy sort de la nuit : Wes jouait son propre rôle et Heather Langenkamp celle de l'actrice encore traumatisée par les premières Griffes de la nuit.

Dans les années 2000, il y a eu l'émergence de nouveaux monstres : ceux du splat-pack. Etymologiquement, un terme dérivé de "rat pack", employé dans les années 50 pour rassembler les stars les plus populaires (Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr, Joey Bishop et Peter Lawford). Dans la bouche de Alan Jones, journaliste américain, ce terme qualifiait une nouvelle vague de réalisateurs spécialisés dans l'horreur. En réalité, ce sont des enfants de Scream biberonnés aux films de genre des années 70 qui connaissent leurs John Carpenter et Tobe Hooper sur le bout des doigts. Parmi eux, Rob Zombie (The Devil's rejects), James Wan (Saw), Darren Lynn Bousman (Saw 2), Neil Marshall (The Descent), Greg McLean (Wolf Creek), Eli Roth (Hostel) ou encore Alexandre Aja. Ce dernier confesse sur le sujet: «La vérité, c'est qu'on appartient à une même mouvance mais qu'on ne se connaît pas. Il n'y a qu'Eli Roth qui fait le lien. J'ai croisé Rob Zombie et James Wan mais je ne suis ami qu'avec Eli. Cela étant, il est vrai qu'on partage tous le même esprit. Le splat-pack est vraiment une invention de journalistes, ce n'est pas un mouvement que nous avons sciemment crée. Mais nous nous sommes retrouvés aux quatre coins de la planète à faire chacun un film avec les mêmes intentions et avec la même radicalité dans la terreur qui avait disparu du cinéma américain avec Tobe Hopper, La dernière maison sur la gauche, Délivrance. On avait tous envie de tourner la page des années 90, une très mauvaise période pour le genre, afin de revenir vers quelque chose de plus âpre

Avant de préciser sur Wes Craven, producteur de La colline a des yeux : «Il ne faut pas se fier aux apparences : Wes Craven est beaucoup plus conservateur qu'on l'imagine. Il vient d'une famille drastique ; même s'il s'est affranchi depuis, il a quand même un passé qui remonte à la surface. Ça a été difficile d'expliquer mes choix, d'autant que je suis français. Par exemple, il m'a demandé pourquoi j'avais ostensiblement planté un drapeau américain. Et heureusement que lors des projections test, les spectateurs trouvaient ça marrant et donc approuvaient mes choix... Le sous-texte que l'on avait réussi à faire passer dans La colline a des yeux devait se retrouver dans Piranha 3D. A un moment donné, les producteurs ont commencé à me dire : «c'est pas bien, le mec déguisé en statue de la liberté qui se fait dévorer par les piranhas ! ». Moi, je leur répondais : «Mais, non, attendez, c'est super bien». Il y avait aussi une autre scène avec un obèse qui se fait dévorer. Mais j'ai dû retirer ces deux scènes pour la sortie en salles...»
Scream 4 de Wes Craven
En substance, Scream 4 s'amuse de la lutte entre les anciens et les nouveaux, les vétérans et les escrocs du cinéma de genre, comme des nouvelles modes (le documenteur, le torture-porn ou le post-modernisme) - qui ne sont pas si nouvelles que ça. Pascal Laugier, le réalisateur de Martyrs, analyse cette nouvelle propension avec beaucoup de lucidité : «J'ai un problème avec la nouvelle tendance du cinéma de genre à contenir en lui son propre discours. John Carpenter n'essayait pas de commenter, de montrer que l'horreur c'était important... Je n'ai pas besoin que l'on prouve absolument que le genre peut être profond, adulte et dialectique. J'y vois la conséquence directe du post-modernisme avec la récupération théorique de tout et en même temps de l'absence terrible d'innocence de nos temps. Ça reflète le cynisme. Alors, dans le cinéma de genre, on en a un peu fini avec les couillonnades post-Scream qui représentaient l'enterrement d'un genre auquel je crois. Grosso modo, Scream, de Wes Craven, c'est le mal, comme si on me disait que l'innocence est morte. Là, nous sommes en train de vivre le pendant intello de ça : le public s'est très vite lassé des ricaneurs. Aujourd'hui, on a les intellos poseurs du genre. Je pense que l'un des pires pièges dans lequel peut tomber le genre, c'est de devenir un phénomène de chapelle, de ghetto fait par les fans pour les fans, réservé à une niche. Ce que les Américains appellent la "target audience". Alors que pour moi, le genre doit continuer à vouloir s'extirper de son ghetto pour toucher d'autres gens et proposer des films intéressants. J'ai toujours vu le genre comme une forme d'expression personnelle. C'est pour ça que j'ai aimé Mario Bava ou Dario Argento : ça ne ressemblait à rien d'autre. Ces mecs avaient beau s'influencer les uns les autres et avaient beau puiser dans une imagerie qui existait avant eux, ils proposaient une nouvelle façon de voir et de penser. Si le genre se vide de sa substance pour ne devenir qu'une imagerie, on perd tout.»


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