LE FILM DU MOIS : FIGHTER
Il faut saluer l'implication de Mark Wahlberg, également producteur, qui s'est entraîné pendant quatre ans pour ressembler à un boxeur et acquérir les capacités physiques pour exister face à son adversaire (sur un ring, on ne peut pas tricher). C'est sans doute le rôle de sa vie et il pourrait lui valoir une récompense, tout comme Christian Bale qui, sous son impulsion, a subi une nouvelle transformation physique en fantasmant un rôle à la Robert de Niro et une statuette dorée. Ils y ont cru dès le départ et n'ont pas relâché les efforts même lorsque tout semblait voué à l'échec. Sans leur foi, Fighter n'aurait pas eu la même intensité. Après l'exubérance épuisante de I Heart Huckabees, David O. Russell a opté pour plus de sobriété et un minimum d'artifices. A la lisière du documentaire et du romanesque, sa mise en scène joue moins la carte de la séduction que celle de l'âpreté, avec une éloquence du détail, pour rappeler qu'il s'agit d'une histoire vraie (le logo «based on a true story»). Heureusement, l'esprit de sérieux ne bride pas l'humour ni l'émotion.
Dans les années 50, une petite fille, enfermée dans un asile psychiatrique par un beau-père tyrannique, s'évade d'un quotidien cauchemardesque en inventant un monde extraordinaire. Après les chouettes du Royaume de Ga'Hoole et en attendant Superman : The Man of Steel, Zack Snyder va nous sortir Sucker Punch. Basé sur un scénario original (une première chez le cinéaste), ce film d'action haut en couleur s'annonce comme un péché des plus mignons, où des filles en collants explosent tout sur leur passage. Un pendant féminin de 300 en somme, avec la même mise en scène chiadée. Emily Browning, Jamie Chung, Abbie Cornish, Jena Malone, Vanessa Hudgens. Voilà les belles plantes qu'a réunies Zack Snyder pour son Sucker Punch. Il y en a pour tous les goûts : une blonde héroïne et des brunes qui ne comptent pas pour des prunes. Face à elles, on retrouve Jon Hamm, le charismatique Don Draper de la série Mad Men (pressenti pour le costume de Superman). Les précédentes réalisations de Zack Snyder parlent pour lui. Il nous a offert un très bon remake de Zombie (L'Armée des morts) et une excellente adaptation de Watchmen (roman graphique pourtant réputé inadaptable). Très à l'aise avec les scènes explosives, il devrait nous orchestrer un spectacle détonnant, où des nanas bien golées se battent en 3D. En tout cas, Warner et Christopher Nolan lui font confiance pour le reboot de Superman. Que du beau monde quoi. On aime.
LA DECOUVERTE : NEVER LET ME GO
Après un démarrage policé évoquant l'adaptation d'un roman de Jane Austen, Never Let Me Go prend une tournure plus troublante dès lors que l'on réalise que le titre est un appel au secours muet, que le genre tient de la rétrocipation et qu'un sujet fort (le clonage thérapeutique) va boucher cet horizon idyllique. L'action se déroule dans les années 70-80 dans une Grande-Bretagne de cauchemar éveillé, mais préfigure un futur à l'imparfait dans un écrin d'agonie collective, où le temps s'écoule au rythme d'une marche funèbre. Adapté d'un roman de Kazuo Ishiguro, scénarisé par Alex Garland (28 jours plus tard) et transcendé par la somptueuse photo de Adam Kimmel, ce troisième long métrage de Mark Romanek (Photo Obsession, 2003), porté par de bonnes mains et de beaux regards, raconte une histoire d'amour qui ne vieillira jamais. Malgré les violons de Rachel Portman, l'ensemble est froid comme un tombeau, assoupi dans une bulle coupée du monde, lancinant comme un mauvais sort. Sa force, c'est de suggérer l'épouvantable avec une étrange tranquillité, sans effets spéciaux ni mystère artificiellement entretenu, dans le sillage du cinéma d'Andrew Niccol (Bienvenue à Gattaca).
CE QU'IL FALLAIT RETENIR...
WINTER'S BONE
Winter's Bone est une étude de caractères âpre et profonde qui, au-delà de sa dimension sociale (la précarité des conditions de vie dans les Monts Ozark), invite à se méfier de ce que les zones d'ombre cachent, à comprendre au-delà des mots et à lire à travers les lignes. Le résultat est simple et complexe, beau et intense. La réalisatrice Debra Granik, dont c'est le deuxième long métrage, possède l'art de scruter minutieusement une réalité très quotidienne pour mettre à jour une fatalité inexorable. Ici, elle dépeint l'univers d'une adolescente à la recherche d'une quiétude morale et psychologique, qui doit veiller sur un frère et une sœur encore préservés dans une bulle d'innocence et faire preuve de vaillance pour parvenir à ses fins : lutter contre une précarité en partant à la recherche d'un père porté disparu. Pour faire toute la lumière sur le passé, l'héroïne doit se révolter contre une communauté de hillbillies qui semble cacher un secret honteux, comme un monstre dans les marécages avoisinants. Autour d'elle, la nature semble posséder une force matérielle et spirituelle - il faut être attentif aux sons, aux bruits, aux murmures. Sa seule arme, c'est la foi inébranlable qui l'anime: elle a des qualités de cœur et un esprit d'indépendance qui lui feraient soulever des montagnes. L'actrice qui l'incarne (Jennifer Lawrence, une révélation) illumine cet univers d'ombres comme un ange, seule bougie d'une Amérique profonde : elle a un visage d'enfant mais s'exprime comme une adulte. A l'image de ce paradoxe, le film est à la fois doux et angoissant.

L'histoire : L'histoire du film se déroule dans un monde légèrement différent du notre, où Kathy, une jeune femme de 31 ans se souvient de son enfance passée dans […]
L'histoire : Ree Dolly a 17 ans. Elle vit seule dans la forêt des Ozarks avec son frère et sa s?ur dont elle s'occupe. Quand son père sort de prison et disparaît s[…]
