Par Christophe Lemaire - publié le 15 mai 2006 à 10h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h55 - 38 commentaire(s)
Véritable OVNI vidéographié plus proche d’un délire comique surréaliste à la Edouard Baer que d’un film expérimental humoristique de Bernard Launois (réalisateur de l’incompréhensible Sacrés gendarmes où Sim, Daniel Prévost et Jacques Balutin s’empêtrent dans des gags gênants), le très punk d’esprit On ne devrait pas exister de HPG (en salles le 24 mai) pose une double question intéressante. Lorsqu’on est acteur ou actrice porno peut-on 1) Bien jouer la comédie même si on a bâti sa carrière sur la copulation en boucle ? 2) Avoir sa chance dans le cinéma traditionnel après un long passage dans le X ? HPG, alias Hervé Pierre-Gustave, réalisateur incontrôlable et interprète en roue libre du film le prouve plutôt bien. Mais il n’est pas le seul.



Depuis l’avènement du porno au début des années 70, plusieurs stars de la fesse ont tenté de se recaser dans le cinéma poli. A commencer par notre Brigitte Lahaie nationale. Après une cinquantaine de films paillardo/sympathiques (dont le très chouette Je suis à prendre de Francis Leroi où elle fait l’amour dans une clairière sous le thorax glabre d’un cheval frimeur), miss Brigitte a réussi un semblant de reconversion. En devenant l’actrice fétiche des films d’horreur de Jean Rollin (la Nuit des traquées, Fascination), en tenant un flingue maladroitement façon Clint Eastwood du pauvre dans le très bis L’exécutrice de Michel Caputo ou en apparaissant brièvement dans Mort d’un pourri de Georges Lautner aux côtés de Delon. Son rôle ? Comme elle précise dans son autobiographie Moi la scandaleuse : « Suivre du regard Alain Delon pendant qu’il traverse la salle de l’Elysée Matignon ». Comme on le constate, Brigitte Lahaie a donc toujours eu du mal à trouver des emplois franchement intéressants à l’écran. Excepté peut être ses deux lignes de dialogue mélancoliques dans le provocant Calvaire de Fabrice Du Welz.


Traci Lords dans la série "Mariés deux enfants"


La reconversion n’est donc pas si simple comme pourrait en témoigner également Traci Lords. Après avoir tourné la plupart de ses pornos avant d’avoir atteint sa majorité, la célèbre Lolita du X mondial s’est trouvé une flopée de premiers rôles dans des polars fauchés sortit directos en DVD ou sur le câble. Genre A Time to Die, Ice et – un des moins pires - l’Arme suprême où elle donne la réplique à l’afro-américain Yaphet Kotto qui, le sagouin, s’est octroyé la mort la plus destroy dans un vieux James Bond des familles (il gonfle et explose à la fin de Vivre et laisser mourir. Cool ! ). Contrairement à Brigitte Lahaie qui s’est recasée depuis quelques années à la radio, Traci Lords réussit encore à gérer sa carrière en tournant tout ce qu’elle peut et ce sans montrer l’ombre d’un téton. Comme ses rôles récurrents dans des séries TV (Roseanne, Melrose Place, etc…) ou ses apparitions dans des blockbusters hollywoodiens (si on a l’oeil aiguisé, on peut l’apercevoir en train de danser au début du premier Blade). La même Traci Lords qui manqua d’ailleurs de peu le rôle de sa vie lorsque Martin Scorsese – selon des news de l’époque – hésita entre elle et Sharon Stone pour devenir la femme de De Niro dans son Casino.


Tout comme Annette Haven (craquante hardeuse américaine culte des seventies/eighties) qui faillit se retrouver en tête de casting dans le Body Double de Brian de Palma et qui finit quand même par accepter le poste de coach (pour les séquences de strip-tease) de Mélanie Griffith a qui échu le rôle. Mais si on regarde à la loupe le cinéma anglo-saxon de ses trente dernières années, on constate que plusieurs hardeuses chics et hardeurs chocs ont également obtenu à l’arrache des rôles plus ou moins importants. Comme la très garçonne Sharon Mitchell, crédible en infirmière dans Maniac, le film d’horreur bougrement gore de William Lustig. Comme l’opulente Ashlyn Gere qui - sous son vrai nom de Kim McKamy – fut épatante en secrétaire sexy dans Willard de Glen Morgan. Comme Marilyn Chambers, star de Derrière la porte verte des frères Mitchell (grand classique du X yankee) formidable en accidentée de la route/buveuse de sang dans le Rage de David Cronenberg. Comme le grassouillet Ron Jeremy, 2000 pornos au compteur, qui vient de terminer le rôle d’un vieux fou déjanté dans un gore à priori débile made in Troma (Poultrygeist : Attack of the Chiken Zombies !).


Dany Verissimo alias Ally Mc Tiana dans "Banlieue 13"


En France, par contre, les producteurs et les réalisateurs sont plus lâches pour donner leur chance à des personnes ayant oeuvré dans le coïtus ininteruptus. Ou alors, c’est pour les montrer une fois de plus à poil comme Catherine Breillat qui ne peut s’empêcher de dévoiler la bistouquette à Rocco dans Anatomie de l’enfer et Romance. Seul Luc Besson a osé offrir un rôle important et non dénudé à la mignonnette Dany Verissimo (alias Ally Mc Tiana, égérie des pornos peace & Love de John B Root) dans Banlieue 13. Et, côté mâle, le réalisateur Claude Duty a, lui, saisi le potentiel comique de ce cabot de Sébastian Barrio dans sa comédie champêtre Bienvenue au gîte.



Et tout ça pour dire quoi ? Hé bien qu’il faudrait un jour casser définitivement la frontière existant entre le cinéma porno et le cinéma traditionnel (un souhait cher au réalisateur Gaspar Noé) puisque, comme chacun sait, tout acteur/actrice est un peu prostitué sur les bords et tout hardeur/hardeuse est aussi un comédien en puissance. Car, que ce soit dans ses pornos ou dans On ne devrait pas exister, HPG s’avère être – niveau jeu - bien meilleur que Samuel Le Bihan dans Jet Set, que Christophe Lambert dans Vercingétorix, que Vincent Cassel dans le Sheitan. Ou que Tom Cruise dans Mission impossible 3 tiens !
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