Glenn Ford est mort fin août 2006 à 90 ans, si vieux qu’on le croyait déjà décédé. Pour une toute génération de jeunes cinéphiles pour qui le cinéma commence avec
Star Wars et le THX Sound, Glenn Ford ne dira probablement rien. Pourtant c’était l’un des acteurs les plus populaires du cinéma américain des années 40/50. Voire, comme le précise l’excellent Philippe Garnier dans Libération "l’acteur le plus populaire de l’année 1958".
HAPPY BIRTHDAY TO MEMais, toute star qu’il a été, Glenn Ford n’a pas pu échapper au vieillissement, aux impôts et aux nouvelles stars arrivantes. C’est pour cette raison que, comme beaucoup de ses collègues de l’âge d’or d’Hollywood, il est parti remplir son compte bancaire en allant tourner du nanar en Italie. En 1989, après huit ans d’une semi retraite et un rôle peu glorieux (dans le
Happy Birtdhay de Jack Lee Thompson en 1981, film d’horreur gore Z dont les jets de sang intempestifs avaient choqués les critiques les plus coincés de l’époque), Glenn Ford atterrit au pays de la Cicciolina et de Bud Spencer pour tourner dans
Casablanca Express de Sergio Martino, un film de guerre ou un commando allemand attaque un train à destination du Maroc dans lequel se trouve Winston Churchill. Glenn Ford, l’air hagard, y jouait un quatrième rôle en apparaissant brièvement dans la peau d’un général américain. Le film, plat et ennuyeux, avait quand même le vague atout d’avoir un casting de noms célèbres comme "Quinn" (pas Anthony, mais son fils Francesco !) et Connery (pas Sean, mais son fils Jason !).
Casablanca Express marquait donc les dernières heures de gloire d’un réalisateur naguère plus inspiré (Sergio Martino avait fait mieux dans le film de genre fou avec
la Queue du scorpion ou
2019, après la chute de New York), d’un genre (le cinéma bis italien) et, surtout, d’un grand acteur.
A l’époque où tournait le sublime mélo
Gilda de Charles Vidor, le polar nerveux
Règlements de compte de Fritz Lang et le western tendu
Trois heures dix pour Yuma de Delmer Daves (pour prendre ses trois films les plus célèbres), Glenn Ford ne pensait certainement pas qu’il aurait cette fin de carrière. Pourtant, il faut croire que c’est un peu le lot de toute grande carrière d’acteur hollywoodien. Prenez Henry Fonda par exemple. Le comédien/emblème du cinéma américain (il a quand même joué Abraham Lincol dans
Vers sa destinée de John Ford), s’est, lui aussi, retrouvé dans trois films en Italie une fois la soixantaine arrivée. Pour
Mon nom est personne de Tonino Valerii et Sergio Leone (coup de bol, c’est un grand film),
La Grande bataille d’Umberto Lenzi (film de guerre anémique d’une torpeur absolue pour le spectateur) et le terriblement Z
Tentacules de Ovidio G. Assonitis où une pieuvre géante (traduction : vraie pieuvre de taille normale filmée dans un aquarium mal nettoyé) attaque une station balnéaire.
Quant à Jack Palance, le bounty-killer hystérique de
L’Homme des vallées perdues de Georges Stevens et le soldat furibard d’
Attack ! de Robert Aldrich, il aura carrément fait la moitié de sa carrière dans le bis italien. Jusqu’à tourner dans des films érotiques softs comme la comédie paillarde
Défense de toucher de Nello Rossati aux côtés d’Ursula Andress avec ses seins à l’air ou
Voluptueuse Laura de Joe D’Amato où il joue rôle d’un plaboy sur le retour qui collection des serpents dont l’un va s’introduire dans l’entrejambe de la magnifique Laura Gemser !

Finalement, Glenn Ford peut donc s’estimer chanceux puis que,
Casablanca Express mis à part, il aura fait partie des rares grand d’Hollywood (avec Richard Widmark, John Wayne et Gregory Peck) à avoir eut une fin de carrière finalement assez digne. Et encore, s’il avait été un second couteau, Glenn Ford aurait peut-être atterri dans des pornos sans le sous. Voir Reggie Nalder (le vampire chauve et inquiétant des
Vampires de Salem de Tobe Hooper) aperçu en créature de la nuit dans une parodie X de Dracula (
Dracula Suck de Phillip Marshak. Sortit en France en vidéo sous le titre de
Draculax). Ou encore Aldo Ray (sublime dans la peau tannée du sergent Sam Croft dans
Les Nus et les morts de Raoul Walsh) qui, rongé par l’alcool, tourna en 1982 dans le porno/western culte
Sweet Savage. Un western que Glenn Ford, c’est sûr, aurait refusé…