Le nouveau film de
Baz Luhrmann, la fresque épique
Australia avec
Nicole Kidman et
Hugh Jackman, a été vu et analysé par le blogueur
jp33.
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AUTANT EN EMPORTE… LE KANGOUROU Il aura fallu attendre sept années pour découvrir le nouveau long métrage de
Baz Luhrmann après son chef d’œuvre coloré et musical,
Moulin Rouge, l’un des meilleurs films des années 2000. Sept ans de projets avortés (Alexandre le grand avec DiCaprio), de suspense quant à son prochain, pour finalement finir sur un projet bien particulier : une œuvre épique sur l’Australie d’avant la seconde guerre mondiale, avec de nouveau
Nicole Kidman, intitulée sobrement
Australia.
Kidman y interprète une aristocrate anglaise, partie sur les terres des Kangourous, vendre des terres familiales, que son mari, infidèle, devait vendre : Faraway Downs. Elle est hautaine, coincos mais elle va rencontrer l’amour. Amour multiple, tout d’abord pour « Drover », le cow boy un peu rustre qui va l’aider a vendre son bétail (
Hugh Jackman), Nullah, petit aborigène qui ne trouve pas sa place dans cette société qui condamne la mixité (il est métis), et évidemment le pays.
Tout d’abord félicitons les acteurs, tous très bons. En tête on retrouve une
Nicole Kidman changée. Comme je l’avais dit la semaine dernière dans un courrier paru dans Les Inrocks (petite pub allez hop !), la carrière de Kidman laissait de plus en plus à désirer de par ses choix trop attendus, ses interprétations figées, et son visage Botoxé à l’extrême. Ici, retrouvant l’homme qui lui a offert son meilleur rôle (Satine) elle s’abandonne totalement, faisant retrouver à sa palette de jeu ses couleurs d’antan. Dans les présentations des personnages,
Baz Luhrmann a, comme toujours, une façon très personnelle de commencer un récit. Ainsi sa Sarah Ashley, misis Boss, est une femme pincée, complètement à côté de la plaque. La première rencontre avec
Hugh Jackman est à cet égard croquignolette. On pourra citer aussi une scène de voiture très drôle (« Ohh I love the kangaroosssss ») et une autre où elle chante Somewhere over the rainbow, sans rythme, au petit Nullah, avec énormément d’humour. Comme quoi la comédie lui va comme un gant, lui permettant de faire oublier quelques instants l’importance de son statut de star. Ici, non plus filmé comme une femme parfaite mais comme une actrice, Kidman est à son zénith, et cela faisait bien longtemps qu’on ne l’avait vue comme ça. Première réjouissance. Ensuite son personnage s’attendrit, tombe amoureux et donc revient vers une nuance de jeu qu’on connaît plus. Elle se remet à chuchoter, à prendre des mines contrites mais nous ne sommes jamais dans l’excès et tout ceci passe très bien.
Enfin nous voyons une femme d’une quarantaine d’années, filmée avec amour pour ce qu’elle est et non plus ce qu’elle représente. Merci Baz.
Hugh Jackman interprète solidement le cow boy bourru qui a souffert. Mais le cas Jackman reste, pour moi, un mystère. Même si il exécute parfaitement sa tâche, il ne me convainc qu’à moitié comme toujours. Cet acteur, d’origine australienne comme Kidman, qui retrouve ici l’accent de son pays, est pour moi le parfait Wolverine mais sinon il ne m’a jamais fait palpiter. Ce qui altère un peu l’harmonie de leur couple à l’écran. C’est quand même autre chose que Kidman/McGregor. M’enfin… Il plaira beaucoup aux spectateurs(trices) avec ses muscles saillants et sa barbe de trois jours. Perso j’achète pas ! Mais de toute façon la relation la plus touchante du film se situe à un autre niveau : la relation entre Sarah et le petit Nullah, interprété par Brandon Walters, narrateur du film. Cet amour maternel qui naît sur des terres sauvages est l’angle le plus intéressant de l’œuvre. Grâce, justement, à l’interprétation, on y croit dur comme fer.
Australia se révèle être une fresque épique fort réussie sur plusieurs plans. Tout d’abord formellement.
Baz Luhrmann n’a pas son pareil pour filmer. Il le fait avec une telle passion, aidé en cela par toute son équipe, vraie famille de cinéma (sa femme Catherine Martin signe les costumes et les décors), qui le soutient dans sa vision. Donc déjà pour la réalisation sublime le film est à voir. Et ce malgré des effets spéciaux visibles (la course effrénée des vaches par exemple) qui donnent un aspect fabriqué, qui faisait le sel de
Moulin Rouge, rappelant sans cesse que l’on est au cinéma, un peu comme chez Méliès, mais qui ici peut apparaître un peu too much. Sinon malgré cette réserve, le film est visuellement splendide et donne à la terre natale de Luhrmann, Kidman et Jackman (tiens que des noms en -an), un écrin à la démesure de ses paysages.
Ensuite suivant un script classique (trop par endroits), Australia marque des bons points en voulant situer son film auprès des grandes fresques épiques typiquement Hollywoodienne (Lawrence d'Arabie, Autant en emporte le vent…) et embrasse un souffle que l’on a rarement la chance de voir sur un grand écran. Donc cet aspect là est là aussi très réussi. Toutes les références au Magicien d’Oz, se référant au voyage intérieur, sont aussi très bien amenées, et servent la cause cinématographique de la plus belle manière, ouvrant à un enfant une porte dans l’imaginaire, très important dans la construction psychique. Ce voyage intérieur sera autant celui de Sarah, de Drover que de Nullah, qui lui, l’attend ce voyage (le walkabout) avec impatience.
Quelques longueurs tout de même sont à mettre au compte de l’œuvre. Mais malgré cela, en ces fêtes de Noël, Luhrmann vous offre un beau livre plein d’images magnifiques. Pas la grande œuvre espérée mais une belle déclaration d’amour au cinéma et à ses comédiens ainsi qu’ à l’Australie et ses générations volées.
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jp33