De
Kids à
Ken Park, Larry Clark a toujours scruté dans les yeux tristes d’ados fâchés avec l’existence et révélé en creux des tonnes de choses très douloureuses (rejet des parents, haine de soi, haine des autres, haine du corps…). Après le faussement soft
Wassup Rockers, le cinéaste pourrait revenir en force avec une adaptation trash de Peter Pan baptisée
Blood of Pan (tout un programme) qui se présente comme son film le plus déjanté depuis
Teenage Caveman et devrait sans peine faire couler beaucoup d’encre.
Si on le savait sur
Shame, le remake de
Mona Lisa du mésestimé Neil Jordan, qu’il co-scénarise avec David Reeves, Larry Clark, réalisateur sulfureux spécialisé dans l’outrance qui n’aime rien tant que tordre le cou à la morale, compte revisiter le monde imaginaire de Peter Pan d’une manière moins angélique que Steven Spielberg avec
Hook, en exploitant à fond le sous-texte pervers propre au conte d’origine de James Barrie. L’action se déroulera non pas dans un contexte victorien mais dans les bas-fonds New-yorkais avec un Peter Pan qui se tape tout ce qui bouge et une Wendy junkie et nymphomane. Dans le rôle du capitaine crochet, Clark souhaiterait Mickey Rourke, acteur immense injustement réduit aux rôles anecdotiques (ses simples apparitions dans
The Pledge et
Animal Factory ont rappelé à quel point il manquait au cinéma actuel).
L'univers de Peter Pan peut trouver une correspondance avec celui de Larry Clark, qui dans sa jeunesse fugueuse, n'a fait que se battre contre le système et n'a pas évolué en dépit du temps. Le cinéaste est resté le même depuis ses débuts: rebelle, provocateur et ado dans la tête. D'où son attachement à la période adolescente qu'il s'amuse à détailler. Loin d'une quelconque perversité ou complaisance, Clark ne fait que raconter son vécu et ne cherche qu'à cerner les adolescents au plus près de leur intimité. D'où une vraie empathie et une compassion réelle (pas étonnant qu'il incarne la figure tutélaire dans
Ken Park, son objet le plus abrasif). Ceux qui détiennent les droits de l’œuvre de James Barrie se montrent sceptiques face à cette transposition trash, mais ce n’est pas la première fois : Alan Moore a connu les mêmes galères avec
Lost Girls, sa bande dessinée sur les premières tentations sexuelles de plusieurs personnages issus de l’inconscient enfantin dont Wendy. Un film qui ne sera certainement pas pour les enfants mais on peut se demander si, à force de donner plus de frivolité que de gravité à ces opus (
Wassup Rockers peut être vu comme une tragi-comédie), Larry Clark ne rêverait pas de nous faire un remake d’
Elle voit des nains partout (Jean-Claude Sussfeld, 82), comédie salace et drôle made in France où tous les contes étaient revisités de manière lubrique et ludique.