Connus pour leur humour décapant, les frères Farrelly prouvent une nouvelle fois avec Bon à tirer qu'un "coeur gros comme ça" se cache derrière les gags les plus outranciers...

Par Benjamin MURIOT - publié le 26 avril 2011 à 21h30
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Quand on pense au cinéma des frères Farrelly, notre esprit est assailli de visions grotesques à mourir de rire allant des testicules de Ben Stiller coincées dans une fermeture éclair à Jim Carrey urinant au petit matin à un angle de 90° ouest. A forte raison puisque dès leur première réalisation en 1994, Dumb and Dumber, Peter et Bobby redéfinissaient les standards de la comédie Rated R (interdite aux moins de 17 ans non-accompagnés) en repoussant les limites du bon goût et de la bienséance comme peu avant eux, nous faisant nous esclaffer d'un rire un peu coupable mais ô combien franc. Pourtant, si l'humour outrancier est bien un élément déterminant de leur succès, il n'est pas le seul à l'expliquer comme le prouve leur petit dernier, Bon à tirer (B.A.T.). Car derrière les blagues salaces et les gags politiquement incorrects se cache autre chose : un coeur sincère et aimant... voire deux, même !

Bon a tirer (B.A.T.) de Peter et Bobby Farrelly

Deux hommes de(ux) coeur(s)

Là où la plupart des comédies Rated R se contentent de flatter les zygomatiques adolescents en se vautrant dans la vulgarité, les frères Farrelly se démarquent donc en premier lieu de la concurrence par une démarche éminemment auteurisante : ils font des films qui leur ressemblent, tout simplement. Et si tel est le cas, c'est avant tout parce que ces films ressemblent à ce qu'ils connaissent, à ce qu'ils aiment, sans se soucier de devoir viser un public spécifique ou surfer sur la dernière mode. Leur attachement à leur Rhode Island natal en est une preuve flagrante car, disons-le, il y a plus sexy où installer l'action de ses films, mais cela ne les empêche pas d'y revenir à chaque fois ou presque, un peu à la manière de Kevin Smith avec le New Jersey.
Et comme l'interprète de Silent Bob, leurs passions transparaissent dans leurs oeuvres, tout particulièrement le sport auquel ils ne cessent de faire des clins d'oeil (les caméos de gloires sportives sont nombreux chez eux). Ou qui peut même les pousser à accepter un projet clé en main, ce qui s'est passé avec un Terrain d'entente qui tournait autour de leur équipe de base-ball favorite, les Red Sox. Et sans aller jusqu'à être autobiographiques, si ce n'est avec Outside Providence qu'ils ont produit d'après un roman de Peter, il est alors indéniable que les frangins parlent souvent d'eux mêmes dans leurs travaux, même de manière détournée : les siamois de Deux en un, l'apprenti-scénariste débarquant à Hollywood dans la série avortée Why Blitt ?...

Ceci dit, la meilleur preuve qu'ils font leurs films en fonction de ce qui leur est familier, c'est l'omniprésence des handicapés dans ceux-ci, dans des premiers rôles ou même en simples figurants. Ayant entre autre grandi avec un ami tétraplégique, les Farrelly ont en effet toujours trouvé normal d'intégrer ces personnes et, plus important, de les traiter à égalité avec le reste de la distribution, ce qui n'est pas franchement courant au cinéma.

Image The Ringer de Barry W. Blaustein

The Ringer, une de leurs productions dans laquelle Johnny Knoxville participe illégalement aux Jeux paralympiques, constitue ainsi un des métrages dont ils sont le plus fiers car s'il arrive qu'on y rit des handicapés, on ne peut que désirer les avoir pour amis une fois arrivés à la fin. Parce que quoi qu'ils fassent, même quand ils se "moquent", Peter et Bobby le font toujours avec tendresse. Une vérité qui vaut également pour leurs héros, leurs alter ego, handicapés eux aussi d'une façon ou d'une autre. Parfois de manière visible (la main manquante de Woody Harrelson dans Kingpin) mais la plupart du temps non, le duo considérant que les plus grandes faiblesses qui puissent être sont celles que nous nous sommes forgés nous-mêmes. Les défauts qui nous empêchent... de trouver l'amour. Car oui, les Farrelly sont d'indécrottables romantiques !

L'amour, toujours l'amour

Dans leurs réalisations comme leurs productions (Trop c'est trop avec Heather Graham, la série Unhitched...), il est ainsi presque toujours question pour le personnage principal de surmonter ses faiblesses afin de conquérir la femme idéale, l'amour de sa vie. Une règle trahie en deux occasions seulement : Kingpin tout d'abord, calqué sur le modèle des films sportifs, et un Osmosis Jones auquel ils ont accepté de participer uniquement pour travailler avec Bill Murray. Hormis cela, l'amour est donc à chaque fois le moteur de l'intrigue, même si ce n'est pas pour déboucher sur le traditionnel happy end hollywoodien. Dumb and Dumber en témoigne, la paire de benêts se contentant à l'évidence très bien de leur "amitié", et leur troisième long-métrage Mary à tout prix s'amuse doublement à nous faire croire à un final de la sorte. Avec celui-ci néanmoins, ils cèdent pour la première fois pleinement aux exigences de la comédie romantique et permettent à Ben Stiller d'enlacer la belle Cameron Diaz, parvenant alors à une alchimie parfaite entre humour hardcore et tendresse des sentiments qui sera récompensée par leur plus gros succès public et critique. La "formule Farrelly" dans toute sa splendeur.

Il n'en ira pas tout à fait de même avec leur effort suivant, Fous d'Irène, qui privilégie davantage le Rated R sur la romance et s'avère être celui de leurs films que les Farrelly apprécient le moins. En conséquence de quoi, et plutôt que de capitaliser sur ce qu'il y avait de plus notable chez eux, ils inversent la tendance avec trois métrages PG-13 (autorisation parentale pour les enfants de moins de 13 ans) d'affilée où les tracas du coeur prédominent clairement : L'amour extra-large, Deux en un et Terrain d'entente, ce dernier étant même une pure comédie romantique sans plus aucune trace des leurs bravades humoristiques. Le public ne les suivant cependant pas dans cette orientation tendrounette, les frangins vont revenir à un comique plus costaud.

Image Terrain d'entente de Peter et Bobby Farrelly


Mais pas n'importe comment non plus. Les Femmes de ses rêves leur donne en effet l'opportunité de remaker un classique de l'idylle cinématographique tout en revisitant sa morale douteuse (dans le film original le héros épouse la fille sympa avant de tomber amoureux du canon de beauté, soit l'inverse de chez les Farrelly) puis aujourd'hui, avec Bon à tirer (B.A.T.), ils évoquent pour la première fois la crise de couples installés comme peuvent l'être les leurs. Ce qui en fait à la fois un de leurs longs-métrages les plus personnels selon leur propre aveux et une nouvelle preuve de leur romantisme échevelé, car l'époque où Harry et Lloyd s'éloignaient en célibataires dans le lointain est définitivement du passé. Que voulez-vous, les frères sont heureux en amour !

S'ils resteront donc certainement dans l'histoire du cinéma pour leur comique semblant n'avoir aucune limite, ce n'est pas rendre honneur à ces auteurs dont la longévité s'explique avant tout par le coeur qu'ils mettent dans leurs oeuvres et qu'ils savent nous communiquer comme personne. Et ce sera encore le cas avec leur prochain film, The Three Stooges, qui ne comportera peut-être pas de romance mais offrira en tout cas aux Farrelly la chance de rendre hommage à ceux par qui est né leur humour, alors qu'ils regardaient enfants leurs aventures sur petit écran. Encore une histoire d'amour, en somme...

 

 

Bon à tirer (B.A.T.) de Peter et Bobby Farrelly avec Owen Wilson et Jason Sudeikis est sur les écrans le mercredi 27 avril.


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