Par David Brami - publié le 01 février 2008 à 06h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h48 - 7 commentaire(s)
Au fil de ces vingt dernières années, le Japon, à grands coups d’œuvres phares et d’innovations passionnées, a fini par s’imposer aux yeux de beaucoup comme l’Eldorado de l’imaginaire. En effet, là où les longs métrages live des pays occidentaux ont souvent (mis à part de rares exceptions toutes rentrées dans la légende) pâti de contraintes budgétaires, de timidités scénaristiques, de frilosité de production ou encore d’interprétations et de costumes risibles, le pays du soleil levant n’a cessé à travers de longues séries, aidées par une culture immersive du jeu vidéo omniprésente, d’offrir à ses adeptes des paysages flamboyants à perte de vue, des aventures longues et variées traitant de mythes immémoriaux, emplies de personnages iconiques et de combats dantesques.


Ainsi, là où se battent quelques rares Seigneur des Anneaux, Conan, Princesse Bride, 13ème Guerrier et autres Krull bien rares, on baigne littéralement entre les œuvres dont il serait impossible de livrer une liste exhaustive. Qu’il s’agisse de relectures classiques des mythes (Chroniques de la Guerre de Lodoss, RG Veda, la série animée Final Fantasy Unlimited), personnelles (Princesse Mononoke, et d’un certain point de vue, une majorité des films du studio Ghibli) ou de relectures à la sauce barbare (Berzerk), futuriste (Wolf’s Rain) ou mixant les influences (Bastard !!, Escaflowne), les œuvres pullulent à ne savoir qu’en faire, généralement d’une qualité remarquable. Ainsi chaque annonce de projet fait frémir les foules d’impatience alors que leurs homologues occidentaux vivent toujours dans la crainte de voir leurs œuvres fétiches mal adaptées par des réalisateurs inadaptés. On entend d’ici les claquements de dents des fans de David Gemmel qui, craignant une funeste bouse, préfèrent d’ailleurs que leur mythique Légende reste bien au chaud dans le placard.


Parmi les dernières incursions en date, Brave Story est l’exemple type de l’œuvre traitant les poncifs du genre avec une telle légèreté et un tel respect qu’on finira par penser que les créatifs nippons ont ça dans le sang. Mais une telle maîtrise est cependant facile à expliquer : les japonais sont souvent des jusqu’au-boutistes. Ils dévorent tout ce qui passe à leur portée, et il suffit qu’ils en apprécient les couleurs pour décliner celles-ci à toutes les sauces. Et c’est là que se situe l’extraordinaire contradiction de cette culture que les fans de japanime et de jeux vidéo connaissent si bien. Autant les univers sont prompts à tous les délires, tous les métissages, à toutes les aventures aussi brutes que risibles, autant les choses même les plus débiles sont toujours faites avec un sérieux et un professionnalisme qui frôle la maniaquerie.


Bref, du vrai travail de fans. Par exemple, qui aurait eu l’idée d’instaurer comme monture majestueusement ridicule, aussi crédible que risible, un gros poussin jaune de 2 mètres ? Et pourtant. Hironobu Sakaguchi l’a fait dans les jeux Final Fantasy et la bestiole s’est imposée tant comme un animal mignon et idiot que comme une fière monture noble, toujours accompagnée du même thème musical entêtant (cherchez : Chokobo). Des partis pris qui ont réussi à faire au Japon, du jeu de rôle virtuel, terrain privilégié de l’heroïc-fantasy, un médium populaire partagé par tous, petits et grands, tous capables de s’amuser en vivant des aventures grandioses, là où en Occident le genre est longtemps resté la chasse gardée de passionnés undergrounds (considérés comme bizarres par le reste de la populace) de bédéphiles obscures (également perçus d’un sale œil, la BD étant considérée par beaucoup comme une sous culture bâtarde) et de bibliophiles lettrés et vieillissants. Et pourtant, le genre a tout pour être porteur des valeurs les plus nobles et des voyages les plus passionnants. Il suffit de voir les magnifiques aventures pleines de poésies offertes par Ico ou Shadow of the Colossus, belles à en pleurer, ou encore les maintenant 10 millions de connectés actifs au jeu multi joueurs en ligne World Of Warcraft pour se convaincre de la chose.


Si ce dossier aborde tant l’univers du jeu vidéo couplé à celui de l’héroïc fantasy au lieu de louer les peintures de Frazetta ou de Brom, c’est que le Brave Story qui nous intéresse aujourd’hui, comme nombre d’œuvres nippones, entretient une parenté évidente avec ce monde, les Japonais adorant décliner sur tous supports l’objet de leur affection (alors que les occidentaux ont commencé à vraiment utiliser le concept avec Matrix et quelques licences de BD des années 80). Un melting pot multimédia avec lequel va jouer l’œuvre de Miyuki Miyabe, déclinée de roman en manga, jeux vidéo et film d’animation. Dès son arrivée dans le monde de Vision, Wataru, le héros de l’aventure, va ainsi se retrouver, à l’image d’un personnage dont le spectateur aurait le contrôle, catalogué au rang de « héros » de l’aventure.


D’une certaine manière, tout le monde a entendu parler de lui et il est déjà un personnage mythique, voire légendaire, par qui tout va arriver. De même, sa quête, parfaitement définie dès le départ alors que ses capacités seront représentées par des colonnes d’oiseaux de couleurs plus ou moins hautes, consistera à amasser des gemmes en battant des boss (de gros ennemis) ou en passant des épreuves qui lui permettront de rendre son arme plus puissante (ou de lui faire faire du level, pour parler gamer) et d’enfin débloquer le « stage final » de l’aventure, toujours équipé de son barda de base et habillé comme un personnage générique. Mais outre toutes ces considérations ludiques, le film transpire, comme toutes les œuvres de ce type, non seulement du respect des codes de l’héroïc-fantasy, mais les liste de manière si complète que cela force le respect, imposant Brave Story comme une sorte de compilation pense-bête du genre.


Ainsi, Wataru (un prénom de héros aussi générique au Japon que John aux US ou Mathieu en France) est d’abord victime d’un traumatisme qui va le plonger dans son aventure : Son père quitte le foyer familial alors que sa mère sombre dans le coma suite à un malaise (une tentative de suicide dans le roman original). Un trauma similaire dans une certaine mesure à celui de Luke Skywalker (Star Wars est un classique de l’héroïc-fantasy moderne) qui va le pousser à se dépasser et à entrer dans le monde de l’aventure, au propre comme au figuré. Il y rencontrera ainsi au fur et à mesure des rencontres, des compagnons de voyages aussi variés que complémentaires (une fille chat écolo, un voyageur homme lézard, une femme guerrière chef de cirque itinérant et membre d’une organisation secrète…) au milieu d’une terre de races (animales hostiles ou intelligentes et utiles) aussi nombreuses que variées et aux cultures également diverses et incompréhensibles, mais vivant toutes en harmonie.


Bien sûr, son premier grand combat aura lieu dans une grotte sombre face à un étrange dragon qu’il ne vaincra que grâce à son courage et à sa détermination, il rencontrera des magiciens maléfiques contrôlant en coulisses un royaume riche à la forteresse aussi majestueuse qu’emplie de secrets bien noirs, et son ennemi, à la fois Némésis et ami aveuglé par de vains espoirs, possède le même but que lui à des fins cependant égoïstes, susceptibles de détruire le monde. Bien évidement, on n’échappera pas au jouissif combat opposant les hordes de créatures des ténèbres face au petit groupe de mercenaires défendant la veuve, l’orphelin et le reste de la population, tandis que le héros devra faire face à ses démons avant de voir son vœu exaucé, un vœu qui aura beaucoup évolué au cours de l’aventure.


Epique et servie par une technique irréprochable, Brave Story est ainsi, à défaut d’être l’œuvre la plus originale que l’animation japonaise ait porté (il y en a tellement), et de mettre en scène un héros mémorable, une œuvre dans la plus pure tradition des grands romans d’héroïc-Fantasy, qui restera dans les mémoires pour son aventure entraînante et ses nombreuses séquences d’anthologie.
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