Par Cédric Rénier - publié le 26 janvier 2009 à 03h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 21h37 - 1 commentaire(s)
"Les films sur la seconde guerre mondiale ont bercé mon enfance : Les douze salopards, Le jour le plus long, Le pont de la rivière Kwai. Avec l'âge je suis devenu assez critique de certains films hollywoodiens que je ne trouvais pas assez précis historiquement. D'ailleurs c'est ce qui pêche souvent : le manque de soin dans le détail. J'ai remarqué d'ailleurs que les meilleurs films sur la seconde guerre sont ceux où les Allemands parlent leur langue. C'est pour cela que j'ai un peu peur de Walkyrie ! Pour l'authenticité, le film de guerre le plus documenté est Un pont trop loin, desservi par sa mise en scène parfois plate. Pour l'intensité, Klimov et Spielberg viennent toujours en tête mais on ne connaît pas les films de propagande russe, qui sont stupéfiants, comme la Bataille de Berlin. J'aimerais faire un jour un film sur la résistance, comme l'Armée des Ombres. C'est une période qui est pour moi la plus traumatisante de notre Histoire récente. Les films de guerre tournés dans les années 40 sont aussi très importants pour compredre les enjeux historiques et politiques de cette guerre : Objective Burma de Walsh, Bastogne de Wellmann, Paisa de Rossellini, le 49ème Parallèle de Powell... il y en a tant."

Nicolas Saada



Bryan Singer s'est fait connaître dans le petit milieu des cinéphiles avec une bombe, Usual Suspects, réalisé en 1995. Depuis, il n'a cessé d'alterner, un peu à la manière d'un Steven Soderbergh, les petites productions (Un élève doué) et les gros blockbusters (Superman Returns). Walkyrie, son dernier long-métrage, se situe entre ces deux branches, avec une vraie envie de revenir sur un thème qui l'obsède depuis la nuit des temps : la seconde guerre mondiale.

Un freak ami des freaks
Bryan Singer est l'un des cinéastes les plus fascinants que l'on ait vu apparaître ces dernières années. Déjà parce qu'il est doué, capable de faire aussi bien dans les petits films indépendants que dans les grosses machines Hollywoodiennes. Ensuite parce que son parcours personnel (enfant adopté par une famille juive, homosexuel ayant fait son coming-out très tôt) en dit long sur ce qu'il a eu à subir en tant qu'être humain. Des événements personnels qui l'ont construit et nourri sa sensibilité freak. Cela lui a donné suffisamment de force pour construire des projets à son image : hors des normes. D'ailleurs, il suffit de regarder son regard bleu pour saisir toute la complexité qui se dégage du personnage. Avec Walkyrie, il a trouvé un sujet à la hauteur de son talent. L'histoire ? Serviteur de son pays, le colonel Claus von Stauffenberg (Tom Cruise) revient de la guerre, des blessures sur le corps et dans la tête. Il voit son pays se fissurer. Comprenant que le temps presse, il décide de passer à l'offensive : en 1942, il convainc des officiers supérieurs de joindre son combat et rejoint la Résistance allemande pour mettre au point l'Opération Walkyrie. Le but est simple : éliminer le Führer. Pour les fans absolus que nous sommes, pas de doute que s'il devait y avoir un réalisateur pour raconter une telle histoire, ce devait être Bryan Singer, cinéaste qui depuis ses débuts dissèque l'ambiguïté chez des personnages différents qui se protègent du réel ou alors doivent surmonter l'horreur du monde.



Walkyrie, son pari le plus audacieux
Pour rassurer ceux que ça inquiète, disons que Bryan Singer reste fidèle aux événements sans chercher à modifier leur perspective historique. Son but : ne pas en faire trop pour éviter de paraître trop pédant (il a aussi comme principale qualité la discrétion). Malgré des projets différents les uns des autres, on retrouve dans son cinéma des thèmes qui reviennent à chaque fois : l'importance de la famille comme cellule, la recherche d'une identité, et surtout la seconde guerre mondiale, une obsession qui n'est pas née d'hier. Par exemple, dans X-men, la scène d'ouverture a lieu dans les camps de concentration et le comic-book dont il est tiré est une métaphore du racisme aux Etats-Unis. C'est d'autant plus flagrant lorsque l'on sait que le metteur en scène a fait partie plus jeune d'un groupe appelé "nazi-club" qui n'avait rien d'un groupuscule d'extrême-droite mais unissait lui et ses amis dans l'analyse de la seconde guerre mondiale, qui reste pour lui l'événement majeur du siècle dernier. Cette époque l'effraie autant qu'elle le fascine pour la facilité des êtres humains à se dégrader entre eux. C'est là où l'on comprend aussi d'où vient sa fascination pour le mal en tant qu'entité et qui se trouve partout, même dans les petites villes américaines.


A la recherche du mal perdu
"Le mal est partout", semble nous dire Bryan Singer. Et le mal est effectivement partout dans ses films ! Dans Walkyrie, il s'attaque à celui qui représente le mieux cette époque sinistre : Hitler. Ce qui est étonnant, c'est le point de vue : des colonels allemands haut placés tentent de tuer le Fuhrer pour éviter que le mal empire. C'est de ce point de vue qu'il faut considérer Walkyrie. Dans la filmographie du cinéaste, c'est extrêmement cohérent avec son parcours, notamment dans Un élève doué où un lycéen découvre l'existence d'un ancien nazi dans son quartier. L'histoire est adaptée d'un roman de Stephen King que Bryan Singer modèle avec beaucoup de facilité, en misant surtout sur les échanges verbaux. Pour Singer, ce n'est pas une facilité, bien au contraire : cette astuce consiste à évoquer plus qu'à représenter des événements. Ainsi, à travers des dialogues violents, le spectateur est sous tension et peut revivre une page de l'Histoire sans qu'il soit nécessaire de proposer des reconstitutions.



Ce qui est amusant, c'est que la première scène d'X-men, qui a été réalisé après Un élève doué, se déroule dans les camps de concentration. On comprend alors que Magneto est un survivant de l’Holocauste qui trouve sa représentation comme mutant. Walkyrie repose sur les mêmes artifices : ne pas sous-estimer l'intelligence du spectateur en jouant sur la présence du mal. Et la manière dont il envenime l'esprit. Ce n'est pas le seul film qui ose revenir sur cette époque avec la même ambiguïté. Souvenons-nous de La chute, d'Oliver Hirschbiegel, grand film allemand qui proposait une forme de catharsis en même temps qu'il se privait d'une image forte : montrer Hitler mort. D'une nature pessimiste, Singer préfère sur l'échec humain, le sacrifice d'un homme pour sauver une nation. Et même lorsque celui-ci est joué par Tom Cruise, il ne parvient pas à bout de ses pires ennemis. Cela suffit à en dire long sur la force de ce projet extrêmement audacieux où Bryan Singer se met en danger comme la star à l'affiche de son film. Rien que pour ça, Walkyrie est un film assez incroyable qu'il faut aller soutenir en salles. Pour que d'autres projets de la sorte continuent de fleurir à Hollywood...




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