Par Kevin Dutot - publié le 18 juin 2008 à 11h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h36 - 2 commentaire(s)
Panorama actuel du cinéma du plat pays

Cette semaine sort dans nos salles un OVNI venu d’une planète peu éloignée : la Belgique... Il s’agit du nouveau film de Bouli Lanners, Eldorado, gros coup de coeur à la rédac qui nous a autant émus que fait marrer. Si nous partageons une frontière, une langue et une certaine passion pour les blagues cons, la France et la Belgique semblent néanmoins assez éloignées en matière de cinéma. Alors que nous nous attachons de plus en plus à brandir l’étendard du drame bourgeois, nos amis belges semblent se tourner ces dernières années vers un cinéma réaliste mais très souvent à la lisière du burlesque, du cynisme le plus profond et terriblement généreux. Petit pays ne veut pas nécessairement dire petites ambitions... A travers un panorama de l’actualité du cinéma belge, DVDRama/Excessif vous propose de passer quelques instants en compagnie de nos autres voisins du nord. Vous verrez, ils sont tout aussi sympa que les ch’tis ! Si ce n’est plus.


VA TE MARRER CHEZ LES BELGES...
Deux belges regardent la lune :
- Tu crois que la lune est habitée ?
- Ben ouais, il y a de la lumière !


Oui, ils sont bien pratiques les belges pour animer des soirées un peu moroses ! Et oui, on leur fait confiance pour voir sur la lune des habitants imaginaires qui allumeraient la planète avec cette volonté d’éclairer la galaxie toute entière. Car la Belgique est ce pays dans les hauteurs de l’Europe qui, partageant ses frontières avec la France, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Luxembourg, tente d’offrir un peu de sa lumière à ses amis limitrophes. Et comme ils ont sacrément d’humour ces belges, surtout lorsqu’il s’agit de faire dans l’autodérision, ils ont décidé de nous faire rigoler... mais à leur sauce. Car il faut l’avouer, la Belgique n’a pas forcément une image ultra-sexy et Woody Allen n’a pas encore tourné son Vicky Cristina Bruxelles (à tort) alors quitte à avoir une mauvaise réput’ autant jouer la carte à fond. C’est ce que le cinéma belge a compris. C’est arrivé près de chez vous qu’ils disent ! Car on en a lu des faits divers sordides, des rubriques de chiens belges écrasés et des chroniques du malheur et c’est grâce, notamment, au film de Rémy Belvaux réalisé en 1992 que toutes ces terribles histoires ont réussi à quitter notre conscience collective pour rejoindre un imaginaire certes tordu mais franchement libérateur. La Belgique en noir et blanc, triste, sociale, abjecte mais désinvolte, rebelle, cavalière et prenant à bras le corps les attaques qui lui sont imputées... Dans cet esprit, la campagne belge se fait aussi l’autoportrait dans les séries animées PicPic et André ou Panique au Village dès 1995 qui, l’air de rien, nous font reconnaître un humour proprement belge à 15 kilomètres. Irrévérencieuses et délirantes, presque aussi déjantées qu’un épisode de South Park, ces séries devraient prochainement arriver dans nos salles obscures à travers un long métrage actuellement en production...


Car la tendance est au rire belge, ne l’oublions pas, et si Dikkenek est passé quelque peu inaperçu malgré des séquences énormissimes et instantanément cultes, impossible néanmoins de ne pas sentir quelques têtes belges venant surfer sur la mode Poelvoorde. Le comédien ayant ouvert la brèche avec ses rôles mémorables dans Les convoyeurs attendent, Le vélo de Ghislain Lambert ou plus récemment Cow boy (film français réalisé par Benoît Mariage), les « comiques » du plat pays se font doucement connaître sur notre territoire...


Outre Bouli Lanners, que nous venons de quitter dans un excellent sketch de J’ai toujours rêvé d’être un gangster et que l’on retrouve ce mois-ci aux commandes du génial Eldorado, et outre la coproduction franco-belge consacrée à Jean-Claude Van Damme, il faudra également compter sur Jean-Luc Couchard (Calvaire, Komma...) ou encore François Damiens que l’on retrouve actuellement en salles dans pas moins de six films en même temps (Le premier venu, Les hauts murs, 15 ans et demi, JCVD, La personne aux deux personnes et Seuls Two). Bref, vous l’avez compris, pour dérider les zygomatiques il va falloir bouffer de la gauffre au sucre. Mais ne vous en faites pas, si vous préférez flipper, comptons également sur Fabrice Du Welz qui, après le très angoissant Calvaire, nous offrira cette année Vinyan, un thriller cauchemardesque se déroulant à Phuket après le tsunami... Emmanuelle Béart et Rufus Sewell seront à l’affiche de ce film intriguant auquel suivra L’île aux trente cercueils, un film fantastique que prépare également le cinéaste belge. Donc pour flipper, gauffre itou !


COLLIER DE PALMES...

D’autres rigolent moins en Belgique... Il en faut ! Sur le podium, nous retrouvons à la première place les siamois Dardenne qui palmés jusqu’à l’os ne savent plus quoi faire de leurs prix cannois. Les rumeurs font état d’une palmeraie établie sur les côtes de la Meuse. Mais en tout cas, leur cinéma se porte bien... Preuve en est leur présence au dernier palmarès du festival qui les a récompensés du meilleur scénario. Chapeau bas aux deux frères qui à travers leur cinéma social et profond ont su insuffler une véritable dimension cinématographique à des histoires aussi banales qu’intensément humaines. Si l’on attend Le Silence de Lorna, qui semble emprunter une voie quelque peu différente du cinéma habituel des frérots, on se souvient néanmoins de La promesse, Rosetta, Le fils et L’enfant qui ont offert à la production cinématographique belge de véritables titres de noblesse. On ne peut que les remercier d’avoir fait découvrir au monde entier un cinéma exigeant et décomplexé qui a pu ouvrir la brèche pour d’autres cinéastes... tout aussi passionnants.

C’est ici que l’on retrouve notre deuxième place du podium : Lucas Belvaux ! Acteur, scénariste et réalisateur, ce natif de Namur a su également fonder une carrière atypique en réalisant une série de métrages différents mais ayant en commun cette « belge touch » indéniable. Si ses deux premiers opus passent quelque peu inaperçus (Parfois trop d’amour et Pour Rire), son tryptique composé d’une comédie (Un couple épatant), un thriller (Cavale) et d’un mélodrame (Après la vie) obtient les faveurs de la critique et du public. La singularité du projet (les personnages principaux de chaque film devenant les personnages secondaires des deux autres) éveille nos consciences cinéphiliques et nous rassurent sur la santé du cinéma belge dans une période où l’on entend peu parler de nos voisins. Et ancrant son cinéma dans une faille policière, à la lisière du polar noir américain des années 1950 et teinté d’une vraie pensée sociale, Belvaux réalise par la suite La raison du plus faible et devrait prochainement nous étonner avec Rapt !, l’histoire du baron Graf, kidnappé et victime d'une vraie barbarie qui, s'en sortant miraculeusement, devient une figure publique déballée aux yeus de tous : ses maîtresses, ses dettes de jeu... De victime, coupable.


Le cinéma belge est donc actuellement en ligne de mire et semble illuminer de son audace une production européenne quelque peu convenue à certains égards... Et ce n’est pas Eldorado de Bouli Lanners qui viendrait nous convaincre du contraire. Nous ne saurions d’ailleurs trop vous conseiller d’aller découvrir cette petite perle au bon goût de road movie façon Léon de Bruxelles. Tendre, émouvant et carrément attachant, ce petit film, mine de rien, redonne des couleurs au cinéma belge... Qui va bien d’ailleurs, merci.
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