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L'histoire : "L'histoire d'un homme solitaire nommé Eli, qui doit se frayer un chemin à travers les terres dévastées d'une Amérique post-apocalyptique afin de ..."
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Cadres légendaires : mondes post-apocalyptiques

Par Nicolas HOUGUET - 24 janvier 2010 - 1 commentaire(s)

Que se passe t-il une fois la planète dévastée par la folie des hommes ? Cette inquiétante question a souvent occupé le cinéma, donnant lieu à des oeuvres sombres, se déroulant sur des terres désolées et stériles où l'homme est ramené à son instinct de survie. Il devient traqué, obligé de se débattre dans une existence gouvernée par l'anarchie ou la violence. Cela sert de contexte au nouveau film des frères Hughes, Le Livre d'Eli (sortie le 20 janvier). Les villes sont en ruines, infestées de criminels. Un voyageur solitaire, Denzel Washington, les parcourt. Il se débat pour sauvegarder une parcelle de pureté et d'humanité (ici une jeune femme qui s'attache à son sort), pour échapper au chaos et à la loi du plus fort (imposée par le grand Gary Oldman).

 

Le livre d'Eli - Denzel Washington
 
Errances et terres désolées
Récemment, Viggo Mortensen a évolué dans la même désespérance errant sur La Route de John Hillcoat, protégeant son petit garçon contre les « autres », devenus anthropophages. A la nécessité de survivre et de péniblement soulager sa faim, s'ajoute celle de se souvenir d'une civilisation volatilisée, d'en traquer les vestiges. Les personnages sont en quête de ces parenthèses, veulent se réfugier dans les réminiscences d'un passé où l'on n'en était pas réduit à de telles extrémités : ce temps déjà lointain où les arbres étaient vivants et les familles heureuses.
Dans ce genre de films, il s'agit de remettre en cause le présent du spectateur, tout ce qu'il considère comme acquis.
Il s'agit de ranimer dans nos esprits la crainte fondamentale que l'on perd souvent de vue : la Terre n'est pas une corne d'abondance inépuisable et l'homme est avant tout un animal mortel. Grâce aux étendues dévastées, aux carcasses de bâtiments et aux épaves de voitures, on prend conscience de cette vérité première.
On se souvient de l'enfer mécanique et de l'errance qui nous a frappés dans Mad Max de George Miller. Une humanité désemparée et livrée à elle-même y déchaînait sa violence pour un peu d'essence au milieu d'un désert sans fin. Mel Gibson affrontait ici des bandes de voyous sans idéal, incarnant un héros dépossédé de sa famille et de tout ce qui donnait un sens à sa vie. Le personnage principal est presque toujours solitaire (ou en danger de l'être), seul face à une situation barbare et abjecte, dans un cadre aride et désespéré. Dans le même ordre d'idée, mais dans un monde cette fois submergé par l'océan, Kevin Costner errait dans Waterworld.
A l'âge d'or des films d'anticipation pessimistes, dans les années 70, Soleil vert de Richard Fleischer a marqué les esprits. Même si ce film a esthétiquement un peu vieilli, le message en demeure toujours aussi puissant. La nourriture vient à manquer, la Terre est surpeuplée et n'offre plus de ressources. La viande et les légumes sont devenus denrées rares dont seuls les vieux se souviennent encore et dont seule une élite fortunée peut encore jouir. Le citoyen moyen se nourrit du soleil vert, pastille à la composition longtemps tenue secrète. Pour contenir la démographie, les gens sont appelés à disparaître avant l'heure. Le cinéma a soulevé de manière assez spectaculaire, et pas si fantaisiste, l'urgence de développer une conscience écologique.

 

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Villes désertes
Le spectacle des villes dont l'activité a cessé est toujours traumatisant. Le mouvement perpétuel et frénétique dans les rues est pour tous une évidence. Malgré ses défauts, le New York abandonné (et silencieux) qui fait l'ouverture de Je suis une légende avec Will Smith est saisissant. Les marques de la civilisation sont encore là (les voitures, les enseignes sur Broadway). Mais tout est immobile, sous le coup d'une menace que l'on peine d'abord à identifier. Au delà du virus qui transforme ceux qui sont contaminés en créatures terrifiantes et nocturnes, le mal est déjà là : dans les herbes folles qui poussent sur Central Park, dans les troupeaux d'animaux sauvages qui arpentent la ville, sur les routes déjà délabrées. Le malaise s'installe, et l'homme semble bien seul et les accessoires d'avant la catastrophe bien dérisoires (dans le vidéo-club déserté). Le rescapé est ramené à son impuissance première.
La vision est efficace à défaut d'être nouvelle, puisque Londres connaissait le même sort à l'ouverture du très bon 28 jours plus tard de Danny Boyle. Un jeune homme y erre, reprenant conscience dans un univers métamorphosé, comme figé dans la stupeur d'une horloge qui s'arrête. Après, il y a des zombies certes, incarnations extrêmes d'une humanité condamnée à s'autodétruire tant la sauvagerie a pris le dessus. Finalement, c'est le grand châtiment qui se joue, le fameux jugement dernier : la toute puissance et l'inconséquence des hommes qui paient pour leurs offenses et leur arrogance. L'horreur n'est finalement qu'un symptôme, la conséquence d'une société qui a sans cesse poussé ses ambitions trop loin, jusqu'à oeuvrer à sa propre perte. Et même après la première alerte, des personnages sont de nouveau malmenés et montrés sous des jours pas très glorieux dans 28 semaines plus tard de Juan Carlos Fresnadillo, suite brillante s'il en est.
L'humanité peut être profondément changée après une guerre totale comme dans Le Dernier combat de Luc Besson, où les protagonistes sont privés de langage. Il s'agit alors de reconquérir le verbe, attribut fondamental. Il y a une volonté et une dynamique communes à beaucoup de ces œuvres : aller à l'origine du mal pour le résoudre. C'est le cas de Bruce Willis dans L'Armée des douze singes de Terry Giliam, renvoyé dans le passé  pour empêcher la propagation d'un mal funeste qui a incité les survivants à se réfugier sous terre. Ils vivent avec l'espoir de respirer un jour de nouveau l'air libre, repeupler ces villes envahies par la vie sauvage.  

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Sociétés détraquées et anéantissements spirituels
Les Fils de l'homme de Alfonso Cuaron offre une variation intéressante : la menace de l'extinction et de la stérilité sur la race humaine. Les générations ne se renouvellent plus, la société a durci ses règles, est devenue liberticide et totalitaire. Pourtant, c'est une étrangère et une indésirable qui est enceinte et doit être protégée contre la fureur par Clive Owen. Dans un univers de batailles, de cris, de sang, de camps de concentration et de désespoir, elle est l'étincelle qu'il faut à tout prix sauvegarder, comme un dernier espoir.
Car la perte peut ne pas être biologique ou écologique mais découler directement des créations humaines, de règles édictées par des pouvoirs fermés et rigides. Il en est ainsi dans THX 1138 de George Lucas et sa société aseptisée où tout rapport sensuel est proscrit. On brûlait les livres dans Farhenheit 451 de Truffaut. Dans 1984 de Michael Radford, la vie de chacun est rythmée par la tyrannie de « Big Brother » contre lequel John Hurt s'élève, dans la belle adaptation du chef d'oeuvre de George Orwell. L'apocalypse peut donc être existentielle, l'espoir disparaître et nous priver du sel de la vie même, de toute raison de continuer. Si ce décor là est apocalyptique, c'est qu'il dépossède de tout avenir et maintient les personnages dans un état de soumission perpétuelle sans nourriture spirituelle. La dégradation du monde peut être métaphorique, comme dans la folie de Brazil (de nouveau signé Terry Giliam) où tout épanouissement devient impossible. De même, on ne peut se déployer et vivre pleinement dans Equilibrium où la culture est devenue subversive.
On ressent ici la blessure des grands totalitarismes et une hantise toujours présente de voir notre inconscient collectif.
Une autre peur revient régulièrement au cinéma, le spectre de la bombe atomique, que l'on ressent fort dans ce chef d'oeuvre de l'animation qu'est Akira. Le coeur de l'histoire c'est cette capacité à plonger dans le néant une humanité déjà chancelante et gangrénée par la violence. Il y a aussi dans l'oeuvre du grand Miyazaki, cette hantise du progrès et de la pollution. La nature se rebelle contre les hommes qui l'ont tant blessée (de Nausicaä de la vallée du vent à Ponyo sur la falaise, en passant par Princesse Mononoke).
L'ombre menace et le progrès peut s'avérer destructeur, capable d'anéantir la noblesse et la poésie qui trouvent encore refuge dans une nature perpétuellement fragile.
Cette paranoïa biblique de l'homme qui détruit tout à force d'idolâtrer ses propres créations, trouve son paroxysme avec Matrix. Notre monde n'est ici plus qu'un leurre, le réel un voile pour masquer l'horrible réalité, celle où les machines dominent le monde. Même s'il y a un messie pour reprendre le dessus, on a le sentiment que le mal a été commis : il faudra beaucoup pour dépasser les simulacres et émerger des ruines d'une Terre dévastée. L'avenir est sombre, dominé par les robots. L'humanité est contrainte à une âpre résistance et nourrit de maigres espoirs. On attend souvent l'avènement d'une sorte d'homme providentiel qui nous sauverait de ce désastre programmé. C'est pourquoi il est si important de sauver John Connor et sa mère dans Terminator.
Si James Cameron et les frères Wachowski offrent une sorte de rédemption à l'humanité, telle n'est pas le cas de John Carpenter et son magnifique diptyque formé par New York 1997 et Los Angeles 2013, où un héros nihiliste tente de sauver sa peau dans des villes à l'abandon, livrées aux mains de tous les pervers, tandis que les Etats sont sous l'emprise des corrompus. Snake Plissken n'aura aucun scrupule à renvoyer cette chienlit à l'âge de pierre, à anéantir un système totalement dégénéré. 
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Il y a dans ces décors désolés quelque chose d'irrémédiable, de définitif qui ne peut entraîner que le cri impuissant de Charlton Heston à la fin du premier volet de La Planète des singes : « ils l'ont fait ! ». Cela laisse à penser qu'il n'y a pas de fin heureuse, ni d'espoir de rédemption pour notre espèce qui a infligé à la planète des blessures trop profondes.
Pourtant, même au milieu des ordures, sur la surface d'une Terre enveloppée dans un nuage de pollution perpétuelle, la grâce peut subsister. On le découvre avec émerveillement dans Wall-E. Ce petit robot, au milieu de la désolation, va retrouver une plante découvrir l'amour et donner l'envie de tout recommencer aux hommes impotents réfugiés dans un vaisseau spatial.
C'est peut-être là la grandeur de l'humain et son grand paradoxe : il est capable de déchaîner les catastrophes mais de s'accrocher à l'espoir,  à la beauté et au rêve. C'est finalement ce que ces décors post-apocalyptiques mettent en lumière : cette aspiration pure de grandeur et de noblesse même quand tout semble perdu.


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