La fin du Festival approche et cette journée restera certainement la plus marquante de ces 10 jours passés sur la Croisette. Une journée ancrée autour d'une violente polémique, celle soulevée par le film de Rachid Bouchareb, Hors-la-loi. Dès ce matin la ville s'est embrasée, les contrôles se sont multipliés, il m'a même fallu laisser ma bouteille d'eau, oh combien précieuse, à l'entrée du Théâtre Lumière. Des manifestants défilent dans les rues cannoises, accusant Rachid Bouchareb de détourner l'Histoire. S'il m'est difficile de réagir directement à cette controverse, ne maitrisant pas suffisamment cette problématique historique, rappelons qu'elle a été déclenchée dès l'annonce de sa sélection par le député UMP Lionel Luca et que si certains historiens remettent en cause la position du cinéaste, d'autres, renommés, ainsi que la Ligue des Droits de l'Homme soutiennent le film. Une polémique dont la violence se révèle injustifiée, le film de Rachid Bouchareb se focalisant plus sur le cheminement de ses personnages et leur histoire personnelle. Sans justement se laisser emporter par son implication directe, le cinéaste nous offre un film vibrant, loin des clichés manichéens ou mélodramatiques vers lesquels le sujet pouvait tendre. Plus qu'un film politique, Hors-la-loi s'impose en ce sens comme un film humaniste, plus puissant dans sa forme qu'Indigènes, reposant sur une mise en scène maitrisée, aux allures de western, porté par l'interprétation engagée de ses comédiens.
Quatre ans après d'Indigènes, Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila et Bernard Blancan, dont les prestations furent saluées à l'époque par un prix d'interprétation commune, sont de retour sur la Croisette pour une montée des marches qui devrait allumer vendredi soir le tapis rouge, aussi houleuse qu'émouvante puisqu'en réponse à toute cette véhémence le Festival a choisi de dédier cette journée à toutes les victimes de la guerre d'Algérie, une décision replaçant Hors-la-loi dans un débat plus humain que politique et c'est avant tout ce qui ressort du film.
Quelques derniers échos du côté des différentes compétitions. Si je n'ai pas eu l'occasion de les voir, deux films ont jeudi soulevé l'enthousiasme de certains journalistes. Simon Werner a disparu... de Fabrice Cobert, présenté dans le cadre d'Un certain regard. Une disparition au cœur d'un lycée, lors d'une fête les étudiants se retrouvent brusquement face à un corps qu'ils ne peuvent identifier, est-ce celui de leur compagnon ? Une atmosphère ténébreuse, entre le film d'horreur et le teen movie, un scénario particulièrement bien écrit autour de différents points de vue, une réflexion variée reprenant plusieurs fois les mêmes scènes avec une incroyable maitrise, Fabrice Cobert sachant les rendre incroyablement prenantes quel que soit l'axe pour lequel il opte. Une grande réussite pour un premier film signé par un jeune réalisateur français.
Un véritable coup de cœur également autour du film du cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures. Un récit poétique autour de la mort. Un homme se meurt, les fantômes de sa femme et de son fils, réincarnés en singes, viennent le chercher, l'accompagner. Un film très lyrique dans sa construction, lent, mais visuellement sublime, presque irréel, hypnotique dans sa mise en scène d'une rare élégance.
Un édito très cinéphile aujourd'hui, aucune rumeur excitante, aucun potin sulfureux, mal informée, j'ai attendu Sean Penn désespérément toute la nuit, croisé les excentriques réalisateurs de Mammuth, manqué de renverser au coin d'une rue Hippolyte Girardot très concentré... Espérons que ce soir Benicio Del Toro, que je n'ai pas revu depuis quelques jours, m'emportera pour une danse endiablée.

L'histoire : Algérie, quelques années avant la seconde Guerre Mondiale, chassés violemment de leur terre natale alors qu'ils ne sont encore que des enfants, troi[…]
