Par - publié le 26 mai 2003 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 16h58 - 8 commentaire(s)
Après les résultats de cette 56ème compétition du festival de Cannes, voici venu le moment de notre dernier compte-rendu du festival. Bien évidemment notre envoyée sur place Sophie Wittmer revient sur le palmarès, mais aussi sur les quelques derniers films projetés, notamment Mystic River de Clint Eastwood.


Voilà, Cannes s’achève sur un palmarès assez fidèle à nos propres prévisions, on reste juste surpris par le fait que Dogville n’ait eu aucun prix. La Palme d’or pour Elephant, un très bon choix mais le prix de la mise en scène, certes justifié tellement elle est excellente, originale et parfaitement maîtrisée, pouvait également revenir à d’autres films, ce qui aurait sans doute équilibré le palmarès.


Aucune récompense pour Dogville de Lars Von Trier…


Les choix du Jury se sont arrêtés au final sur seulement trois films, ceux qui les ont véritablement marqués sur le moment. Ont-ils été, eux aussi, frappés par la tristesse et la violence de films dérangeants, sinistres, par la morose lenteur d’oeuvres d’auteurs torturés dont on ne suit pas toujours facilement le cheminement ? Pour les apprécier il faudrait faire une pause, ne pas les voir à des horaires tardifs après plusieurs autres projections, la vision que l’on en a est alors forcément différente, on ne prend pas le temps d’entrer véritablement dans le film, de réfléchir, de comprendre les intentions du réalisateur. Pour certain c’est malgré tout irrécupérable, trop torturé, c’est d’ailleurs ce que l’on pourrait reprocher à ce Festival, de s’arrêter principalement sur des films très noirs, tourmentés, comme si le rire et la légèreté étaient les signes néfastes d’un cinéma peu intellectuel. Le cinéma ne doit pourtant pas seulement nous faire réfléchir, on a besoin de rêver, d’être transporté par une histoire, de s’envoler, de rire, de pleurer et, aux vues du succès qu’il a remporté sur la croisette, Les Invasions barbares confirme cette attente qui est à la fois celle du public, des journalistes et des différents membres du jury, happés par l’intensité et la jovialité de ce scénario. Mais cela n’empêche pourtant pas le réalisateur d’aborder des réalités brutales sur lesquelles il nous amène à méditer sur le sens de certaines réalités sans aucunement se poser en donneur de leçon. C'est sans doute pour cela que ce dernier peut lasser et énerver, ce qui expliquerait tout simplement qu’il n’ait reçu aucune récompense cette année.


Double prix d'interprétation masculine pour Uzak, en plus du grand prix du Jury !


Même si le sujet en est également dur, le prix du jury pour A cinq heures de l’après midi de Samira Makhmalbaf est une jolie surprise. Après Le tableau noir il y a trois ans, c’est la deuxième fois qu’elle le reçoit et le style de cette jeune réalisatrice de 23 ans est toujours aussi poignant, bouleversant. Elle sait saisir la profondeur des regards, des images et lier habilement la fiction au documentaire, mais nous aurons l’occasion de revenir plus longuement sur ce film à l’occasion de sa prochaine sortie, normalement prévue pour septembre. Même si on s’attendait à ce que ce soit une autre comédienne qui le remporte, on salue le choix du jury concernant le prix d’interprétation féminine allant à la jeune actrice canadienne Marie-Josée Croze, d’une sobriété renversante dans le rôle d’une junky désabusée, réaliste et directe cherchant à prendre enfin en main sa destinée dans Les invasions barbares. Moment saisissant enfin au cours de cette cérémonie lorsque Patrice Chéreau annonce le prix d’interprétation masculine, revenant aux deux comédiens d’Uzak (Lointain), dont l’un est décédé peu après le tournage. Touchante récompense posthume, difficile de porter un jugement puisque nous n’avons pas vu le film mais la rumeur quant à sa qualité s’est confirmée et semble parfaitement justifiée.

Une remise de prix rondement menée donc, agréablement présentée par Monica Bellucci prenant son rôle très au sérieux, défilé de lumineuses comédiennes pour remettre les prix, notre coup de cœur allant à Géraldine Chaplin. Seul et unique regret, la déplorable absence de tout hommage, voir seulement un simple petit clin d’œil au regretté Jean Yann : le festival se retrouve ainsi dépassé par le clinquant d’une superficialité parfois insupportable, allant d’ailleurs à l’encontre des films sélectionnés, de leur cruelle austérité et oublie l’importance de certaines valeurs, l’encrage du cinéma dans une réalité quotidienne.


Clint Eastwood sur le plateau de Mystic River, en compagnie ici de Kevin Bacon et Lawrence Fishburne

Avant de nous quitter, revenons sur les derniers temps forts de ce festival et pour commencer la projection du très attendu Mystic River. Nous aurons l’occasion d’en parler plus longuement dans un prochain papier qui sera entièrement consacré au dernier film de Clint Eastwood ayant suscité une déception plutôt générale sur la croisette, fin de festival, ras le bol général, on devient peut-être blasé ou alors on s’attendait vraiment à un film dans la lignée d’Impitoyable, Sur la route de Madison. C’est un bon polar, qui tient parfaitement bien la route mais dont le classicisme déçoit. Beaucoup avaient probablement mis la barre trop haute avant la projection. Mystic River reste néanmoins l’un des meilleurs moments cinématographiques de ces dix jours. Malgré quelques longueurs, on se laisse facilement captiver par cette histoire réunissant autour du meurtre d’une adolescente trois copains d’enfance marqués par un terrible traumatisme.

La mauvaise surprise suivant la projection de Mystic River fut le film d'Alexander Sokurov, Père et Fils, zoom sur la relation ambiguë et possessive entre un père et son fils ne réussissant pas à exister l’un sans l’autre, une relation fraternelle dévorante sur laquelle Sokurov pose sa caméra, soignant l’esthétisme d’une image magnifique dont la teneur n’est malheureusement pas relevée par la pertinence du scénario ou encore de dialogues presque inexistants. Conclusion : on s’ennuie très vite, dommage, le sujet était plutôt intéressant.

Petit détour ce jour là également par l’espace DVD du marché, afin d’y rencontrer Warren N. Lieberfarb auquel Gilles Jacob a remis la médaille du Festival. Qui est Warren N. Lieberfab ? Tout simplement celui que l’on surnomme "le père du DVD" ! Président de la Warner durant près de 20 ans, il est effectivement l’architecte de cette innovation technologique pour laquelle il s’est battu, cherchant à convaincre ingénieurs, fabricants, créateurs et diffuseurs, de les amener à réfléchir ensemble au développement d’un standard unique résolument tourné vers le grand public. Une médaille méritée puisque sans son entêtement nous n’aurions pas la chance aujourd’hui d’écrire sur DVDrama…


Les Côtelettes de Bertrand Blier, avec Philippe Noiret et Michel Bouquet


Dernier jour, Les Côtelettes de Bertrand Blier, hué, sifflé lors de la projection de presse, nous mettrons cette exagération sur le compte de la fatigue. Si ce n’est certes pas un grand Bertrand Blier, le film ne méritait pas un tel accueil mais nous y reviendrons plus longuement demain.

Clôture du festival avec Les temps modernes de Charlie Chaplin, une émouvante projection pour sa fille Géraldine, ravie de voir enfin les films de son père restaurés et proposés en DVD, une édition qui elle l’espère donnera enfin à de nombreuses personnes, notamment aux Etats-Unis, l’occasion de découvrir ces films d’une incroyable modernité.

Dernière brève, les résultats du Prix DVD tournant autour d’une pré sélection peu représentative du marché DVD, se distinguant par l’absence condamnable de certains titres, voire tout simplement de certains éditeurs dont le travail éditorial méritait d’être salué. Les résultats : Ex æquo pour le prix du meilleur DVD de création, Capitaine Conan (StudioCanal) et Le sixième sens collector (Hollywood Pictures), pour le prix du meilleur DVD patrimoine, le label Festival de Cannes a été décerné au Coffret Paul Morissey (Carlotta Films).
Ce Festival s’achève, nous sommes rentrés indemnes à Paris, pas de suicide et merci pour vos encouragements !


Le coffret DVD de la Trilogie Paul Morrissey récompensé à Cannes.



Rappel du palmarès du 56ème Festival de Cannes :
Palme d’or : Elephant de Gus Van Sant
Grand Prix : Uzak de de Nuri Bilge Ceylan
Prix de la mise en scène : Elephant de Gus Van Sant
Prix du scénario : Les invasions barbares de Denys Arcand
Prix du jury : A cinq heures de l’après-midi de Samira Makhmalbaf
Prix d’interprétation féminine : Marie-Josée Croze dans Les invasions barbares
Prix d’interprétation masculine : Mehmet Emin Toprak et Muzaffer Ozdemir dans Uzak
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