Cars 2 est seulement le deuxième film de l'écurie Pixar à connaître une suite. Depuis la création du célèbre studio seuls les personnages de Toy Story avaient eu le droit à d'autres aventures sur grands écrans. Un troisième succès Pixar est aussi en train de connaître le même sort, Monstres et Cie. Alors y-a-t'il forcément des idées dans les suites des films d'animation...
Disney: les maîtres du genre.
Pendant près de 60 ans la politique des studios Disney est restée la même: faire des grands films d'animation n'ayant rien à envier à leurs consœurs en images réelles. Les fameux "Grands Classiques Disney" en somme. Aussi, les créateurs pouvaient parfois passer plusieurs années sur la conception d'une œuvre, s'acharnant à exceller aussi bien à l'écriture qu'à la réalisation. L'un des exemples peut-être les plus éloquents reste celui de La Belle et le clochard ayant connu un peu moins de 20 ans, non pas de création, mais de gestation, ce qui impose tout de même le respect. C'est grâce à cette exigence narrative et esthétique que le studio s'est imposé en maître, s'est taillé la réputation qui est (qui a été?) la sienne, et qu'il a su livrer les chefs-d'œuvre que l'on connaît. Mais en 1994, la suite d'Aladin, baptisée Le retour de Jafar, vient rompre cette logique et initie ce qui deviendra bien vite un ressort systématique s'affirmant d'emblée strictement commercial, ou presque. Le film sort directement en vidéo et ne peut alors être considéré comme un "Grand Classique Disney" dont nous parlions plus haut. C'est là une autre caractéristique de ces suites, et bonne balise quant à leurs qualités artistiques que de constater la manière dont ils boudent le grand écran. Seuls quelques-uns (Toy Story 2 & 3, Peter Pan 2) se verront honorés par la toile. A peine deux ans plus tard, une nouvelle suite aux aventures d'Aladin, Jasmine et leur Génie (Aladin et le roi des voleurs) est réalisée et sort, elle-aussi, directement en vidéo. Si les auteurs font ici l'effort d'oublier la lampe magique et d'intégrer d'autres personnages, le film reste toutefois largement en dessous de l'original.
Ce qu'il convient cependant de préciser à ce stade, c'est que les moyens mis à disposition par le studio pour ces suites se résument à peau de chagrin, les pontes ayant justement peu de scrupules à galvauder ainsi des produits de seconde zone, quand bien même ceux-ci viendraient ternir la qualité des franchises. Déjà, il faut savoir que la réalisation des suites chez Disney, sauf rare exception, n'est pas confiée aux auteurs des "Grands classiques", et que les productions sont mêmes parfois délocalisées hors des États-Unis, et les valeurs précieuses du studio ne deviennent plus alors qu'un vague écho à peine audible. Loin des yeux, loin du cœur que l'on dit! De fait, l'esthétique et le graphisme des films deviennent franchement contestables, les animations grossières et les scénarios de pâles reprises des œuvres originales. L'intrigue peut soit poursuivre gauchement celle du premier film (Bambi 2, Pocahontas 2, Les 101 Dalmatiens 2 : Sur la trace des héros), soit en être littéralement un remake, et ce malgré les tentatives pour brouiller les pistes. L'astuce consiste souvent à remplacer une héroïne par un héros, ou l'inverse, et donner aux protagonistes des motivations contraires à celles de leurs parents, parce que dans les suites Disney c'est aux fils de... que nous avons affaire. Voyons plutôt. Dans la suite de la Petite Sirène, La Petite Sirène 2 : Retour à l'océan, Mélodie, la fille d'Ariel, veut devenir une sirène alors que sa mère souhaitait être humaine, et affronte Medusa, la sœur d'Ursula, la méchante du un. Dans le Roi Lion 2: l'Honneur de la Tribu, ce n'est plus Simba qui est victime de son oncle Scar, mais sa fille, Kiara subissant la vengeance de Zira, la veuve du méchant lion à la crinière noire. Dans la Belle et le clochard 2: L'appel de la rue, Scamp, le fils de la Belle et du Clochard, fait l'inverse de son père, et part jouer les vagabonds par amour pour la belle chienne des rues Angel. Les auteurs des suites vont même jusqu'à reprendre parfois à l'identique certaines scènes issues des "Grands Classiques", telle celle des spaghettis dans notre dernier exemple. Quelques films font toutefois l'effort de proposer une intrigue originale (Cendrillon 2, le Bossu 2), et certaines d'entre elles réussissent même à surpasser leurs aînées (Toy Story 2, Fantasia 2000 et Bernard et Bianca 2). Pourtant, rien n'arrive à dissimuler le véritable enjeu de ces suites Disney: l'argent. L'hommage aux œuvres originales n'est bien sûr que prétexte. Seuls comptent les bénéfices engrangés par ces films.
Le cas Pixar.
Pendant longtemps, le studio de John Lasseter s'est refusé à faire des suites, estimant qu'une création originale valait toujours mieux qu'une suite réchauffée. Toy Story 2, en 2008, était la première suite que Pixar offrait à l'une de ses œuvres. Toutefois, il s'agissait là d'une commande de Disney qui faisait pression sur le studio depuis son acquisition en 2006. Initialement prévu pour le circuit vidéo, Pixar resta fidèle à ses principes et effectua un véritable travail artistique, à tel point que les pontes de Disney décidèrent finalement de le sortir en salle. Deux ans plus tard, un troisième volet des aventures de Woody et Buzz l'éclair sortait sur les écrans, confirmant alors davantage l'intention du studio Pixar de compter dorénavant lui aussi sur les suites de ses créations originales. La tendance s'affirme plus encore aujourd'hui avec la sortie de ce Cars 2, et les annonces de Monstres et Cie 2, et celle d'un Toy Story 4 évoqué par Tom Hanks, voix originale de Woody. Mais là où Disney ne cherche même plus à faire passer leurs suites pour autre chose que des tiroirs-caisses, Pixar ne se détourne à aucun moment de sa ligne de conduite, et continue de proposer de vrais objets artistiques à ses fans. Reste maintenant à savoir si le phénomène va se multiplier et si, par conséquent, la qualité restera elle aussi au rendez-vous.
Les autres studios.
Disney et Pixar ne sont bien évidemment pas les seuls à avoir succombé aux sirènes et à la tendance très prononcée des suites. Dreamworks a par exemple offert trois suites à son ogre mascotte, Shrek, Madagascar 3 sortira en 2012, la suite de Dragon est annoncée pour 2014, et l'art martial de Kung Fu Panda devrait encore au moins durer sur trois voire quatre films. Contrairement à Pixar, le résultat de ces suites, sans pour autant s'assimiler aux ersatz disneyens, reste néanmoins boiteux. Même constat pour la franchise l'âge de glace, et Garfield.
Et quand est-il ailleurs? En France par exemple. Le cinéma d'animation, même bien moins prolifique et présent que chez nos voisins américains, répond toutefois au même schéma. La preuve. Si la création de Luc Besson, Arthur et les minimoys, transformée en franchise et suite face au succès du premier volet, est très honnêtement fort peu louable, une œuvre telle que Kirikou et les Bêtes sauvages, suite de Kirikou et la Sorcière, est quant à elle de qualité égale sinon supérieure à l'originale.
Reste un cas marginal, à savoir le cinéma d'animation japonais, pourtant l'un des plus fleurissants au monde. Que ce soit dans l'un ou l'autre des grands studios d'animation (studio Ghibli, I.G Productions, Madhouse), on ne trouve quasiment aucune trace de suite. Du moins, celles-ci sont rares. Ghost in the shell, Patlabor ou encore Evangelion, sont quelques-unes des rares œuvres ayant enfanté des suites. Le cas du cinéma d'animation japonais, en particulier celui de son auteur le plus illustre, Hayao Miyazaki (Mon voisin Totoro, Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro), qui ne se répète jamais et qui arrive systématiquement à se renouveler artistiquement, a de quoi mettre sérieusement mal à l'aise, avant d'autres, le studio aux grandes oreilles et sa logique commerciale et paresseuse.

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