Catherine Jacob est une comédienne française parmi les plus populaires de sa génération, mais dont la carrière continue d'être sous-estimée

Par Gilles BOTINEAU - publié le 02 mars 2010 à 15h40 ,
MAJ le 03 mars 2010 à 12h36 - 0 commentaire(s)

Née le 16 décembre 1956, Catherine Jacob est une comédienne française parmi les plus populaires de sa génération, mais dont la carrière continue d'être encore et toujours sous-estimée par bon nombre de critiques souvent ignorants. A tort. Car depuis près de trente ans, l'actrice ne cesse de nous amuser (ou de nous émouvoir), grâce à une extravagance et une sincérité de jeu qui lui sont définitivement propres. Bien que nommée trois fois aux César, toujours pour la même catégorie, celle de la Meilleure Actrice dans un second rôle (Tatie Danielle, Merci la vie, Neuf mois), Catherine Jacob n'en obtient aucun et se contente alors de celui du Meilleur Espoir Féminin, en 1989, pour sa prestation dans le film d'Etienne Chatiliez, La Vie est un long fleuve tranquille. Depuis, elle navigue avec talent entre le cinéma, la télévision et le théâtre, donnant la réplique à des partenaires prestigieux, sous la direction des plus grands metteurs en scène.
 
La voilà aujourd'hui en tête d'affiche du nouveau film réalisé par Benoît Pétré (Foon), aux côtés de Jane Birkin et de Caroline Cellier. Une occasion en or pour évoquer l'ensemble de son parcours et lui rendre enfin l'hommage qu'elle mérite.

 

Catherine Jacob
 
Des débuts tonitruants
 
La comédie, Catherine Jacob l'apprend dès la fin des années 70, à l'école de la Rue Blanche. Elle ne tarde pas à se faire remarquer et obtient son premier rôle au cinéma en 1984 dans Les Nanas, une comédie poussive aujourd'hui totalement oubliée malgré un casting de choc, constitué uniquement de femmes (Macha Méril, Anémone, Marie-France Pisier, Dominique Lavanant, Juliette Binoche, Odette Laure, Clémentine Célarié et Catherine Samie), sans oublier une musique (kitch, cela va sans dire) composée par François Valéry. Intérêts limités pour la jeune comédienne, si ce n'est de créer des liens cruciaux au sein de la profession. Néanmoins, c'est seule que Catherine Jacob fera ses preuves, moins d'un an plus tard, sur scène, lors d'un one-woman-show intitulé Bienvenue au club. Triomphe retentissant. Dès lors, un réalisateur débutant, Etienne Chatiliez, la sollicite pour son tout premier long-métrage, La Vie est un long fleuve tranquille. Le personnage proposé n'est que secondaire mais néanmoins essentiel. Il s'agit de Marie-Thérèse, une domestique enceinte (selon elle, par la simple opération du Saint-Esprit), travaillant pour une famille on ne peut plus chrétienne, laquelle ne croit bien évidemment pas à son hypothèse et qui lui demande surtout de ne pas jurer. Un an plus tard, Catherine Jacob est élue Meilleure Espoir Féminin suite au succès du film mais aussi à son immense et irrésistible prestation. Elle devient en outre une actrice « régulière » du cinéaste Etienne Chatiliez et cumule généralement les rôles de victime, supportant tant bien que mal la méchanceté de Tsilla Chelton (Tatie Danielle) ou les excès d'un Michel Serrault complètement saoul (Le Bonheur est dans le pré). Parallèlement, l'actrice découvre avec beaucoup de plaisir l'univers de Pascal Thomas (Les Maris, les femmes, les amants) et de Bertrand Blier (Merci la vie, l'une de ses plus grandes réussites à ce jour), avant de tomber amoureuse de Gérard Depardieu dans Mon père, ce héros (réalisé par Gérard Lauzier). Les propositions s'enchaînent donc à un rythme extrême, car généralement auréolées d'un véritable succès, aussi bien critique que public. Catherine Jacob devient alors LA gentille par excellence du cinéma français, alternant les personnages de bonne copine ou de mère de famille (Neuf mois), ainsi que celui de la célibataire endurcie en perpétuelle recherche d'échanges sentimentaux. Son indéniable charisme a fini par l'imposer aux yeux de tous et le public s'y est en somme définitivement attaché.

 

Catherine Jacob
 
Mais il ne faut jamais se fier aux apparences. Catherine Jacob le démontre en changeant brusquement de registre. Le milieu des années 90 sera ainsi pour elle l'occasion de se lâcher littéralement et de proposer une nouvelle image, celle d'une excentrique aux délires souvent très poussés. L'un des premiers à lui offrir ce type de rôle n'est autre que Gérard Oury, pour son quinzième film, La Soif de l'or. Il faut dire que dans ce nouveau long-métrage tous les personnages, ou presque, semblent être atteints d'une effroyable démence (celle de l'argent, comme l'indique si bien le titre), d'Urbain Donnadieu à Mémé Zézette, en passant par Jacques, leur chauffeur, et le Comte Müller. Face à Christian Clavier, plus cabotin que jamais, Catherine Jacob réussit à se faire une place de tout premier choix (bien qu'une fois encore reléguée au « second plan » par rapport à l'ex-Jacquouille), de par son phrasé inimitable et un extraordinaire tonus. A l'arrivée, La Soif de l'or comptabilise 1 517 890 entrées. Un score honorable pour une comédie, mais décevant pour le cinéaste et Clavier. Malgré tout, Catherine Jacob « nouvelle formule » séduit. L'hystérie lui va à merveille. Elle rempile donc dans la peau d'une femme à poigne quelques mois plus tard sous la direction de Jean-Paul Salomé pour Les Braqueuses. Enfin un vrai rôle principal ! Elle retrouve d'ailleurs à cette occasion la pétillante Clémentine Célarié et se voit l'honneur de donner la réplique à Annie Girardot. Si le film a quelque peu vieilli dans sa narration et son traitement, la sympathie qui s'en dégage reste quant à elle intacte, en grande partie grâce à l'abattage des différentes comédiennes, toutes aussi merveilleuses les unes que les autres.
Mais c'est en 1996 que Catherine Jacob rencontre l'un de ses plus grands emplois. Dans Les Grands Ducs, chef d'oeuvre incompris sur l'amour des acteurs signé Patrice Leconte, elle interprète Carla Milo, une vedette de théâtre, régnant en maître sur un genre bien précis, le boulevard. Jusqu'au jour où le producteur de sa nouvelle pièce fait faillite et décide de saboter la représentation, espérant ainsi toucher la prime d'assurance (brillant Michel Blanc). Philippe Noiret, Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle complètent cette incroyable distribution, sous l'apparence de trois saltimbanques vieillissants, totalement dépassés par leur métier, mais qui tentent néanmoins un retour sur scène. Contre toute attente, car largement défendu par la presse, le film est un échec sans appel. A l'époque, très peu de spectateurs auront donc le privilège de connaître l'incommensurable bonheur généré par le jeu de Catherine Jacob. Elle est un spectacle à elle-seule, présentant le summum de ses délires et de sa nervosité, utilisés pour la toute première fois à bon escient. Entre des répliques bien senties et une série de cascades pour le moins inattendues, Catherine Jacob donne ici à son personnage toute la folie et l'énergie nécessaires pour rendre cette Carla cultissime. A redécouvrir... 

 

Catherine Jacob


Du grand au petit écran
 
Délaissée par le grand public, Catherine Jacob reprend alors les rôles de second plan. Pour autant, les échecs, souvent justifiés, continuent de se multiplier. Oui, La Balade de Titus, Pourvu que ça dure, Messieurs les enfants et XXL, voilà en effet une série de films tout à fait oubliables. Dès la fin des années 90, et à quelques exceptions près (Que la lumière soit !), la comédienne ne trouve donc plus aucun rôle à la hauteur de sa démesure. Comme beaucoup d'autres, Catherine Jacob se réfugie finalement à la télévision. Non contente d'y jouer aux côtés d'immenses acteurs (Julien Guiomar, Laurent Spielvogel, Nicolas Vaude, François Perrot, Marie Trintignant, Lambert Wilson, Wladimir Yordanoff...), elle se voit surtout offrir de très jolis scénarii, parfois légèrement satiriques (la série des Qui mange qui ?, La Torpille) et même historiques (Les Faux-Fuyants, grand classique des rediffusions hertziennes, Colette, une femme libre).
En 2001, Florence Quentin, scénariste des premiers films réalisés par Etienne Chatiliez, lui propose de tenir une fois de plus le haut de l'affiche d'un nouveau long-métrage cinématographique, J'ai faim !!!. Hélas, malgré une énergie d'ensemble communicative et un sujet dans l'air du temps (les régimes), l'ensemble peine à convaincre, notamment en raison de situations extrêmement convenues. Dommage. Car il faudra attendre le courage du jeune cinéaste Benoît Pétré pour revoir Catherine Jacob dans un rôle d'une telle importance. Entre temps, la comédienne fit quelques apparitions remarquées au sein de comédies telles que Dikkenek, Les Aristos, et, plus récemment encore, 48 heures de plus, tout en s'essayant au registre dramatique avec une certaine réussite (Les Hauts Murs).
 
Dans Thelma, Louise et Chantal, Catherine Jacob joue sur deux registres, l'un comique, l'autre un peu plus grave. Elle y prouve, si besoin est, l'étendue de son talent, l'opportunité rêvée pour lui confirmer tout l'amour que l'on a pour elle.


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