Par Gilles BOTINEAU - publié le 30 novembre 2009 à 16h57 ,
MAJ le 01 décembre 2009 à 18h15 - 0 commentaire(s)

Né le 6 mai 1952, Christian Clavier demeure l'une des figures incontournables de notre patrimoine cinématographique. Il a participé à de nombreux films aujourd'hui cultes (beaucoup trop pour être cités ici) et il l'est l'un des rares en France à avoir joué dans trois longs-métrages ayant dépassé les dix millions d'entrées (Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Les Visiteurs et Les Bronzés 3, Amis pour la vie, respectivement 14, 13 et 10 millions de spectateurs cumulés). A l'heure où l'on ne parle plus que de Dany Boon, (beaucoup considèrent même Bienvenue chez les Ch'tis comme l'une de leurs comédies favorites, si l'on en croit certains sondages), l'actualité nous rappelle que l'ex-membre du Splendid poursuit sa carrière avec une réelle passion et un talent qui lui est définitivement propre. Cette semaine, en effet, sort sur nos écrans La Sainte Victoire, dans lequel Christian Clavier confirme son aspiration à des rôles plus sérieux et où il donne notamment la réplique à Clovis Cornillac, sous la direction de François Favrat. L'occasion de revenir sur un parcours certes fait de hauts et de bas mais toujours exemplaire.
 
La splendide équipe
 
Tout le monde connaît l'histoire. Christian Clavier, Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot et Michel Blanc se sont rencontrés sur les bancs du lycée Pasteur, à Neuilly. Là, ils décident de prendre des cours, sous l'autorité de Tsilla Chelton, avant de monter leur propre troupe, l'équipe du Splendid. Marie-Anne Chazel, Bruno Moynot, Valérie Mairesse puis Josiane Balasko les rejoignent très vite. Parallèlement, ils côtoient la troupe du Café de la Gare, constituée alors de Coluche, Miou-Miou, Henri Guybet et Patrick Dewaere. Ils écrivent quelques pièces, dont la plupart connaissent de très bons retours. A commencer par Amour, coquillages et crustacés, devenu Les Bronzés au cinéma. Suivront ensuite Le Père Noël est une ordure, puis Papy fait de la résistance, créées par Clavier et Martin Lamotte seulement. Toutes ont d'ailleurs droit à une adaptation cinématographique. Alors que Blanc et Jugnot composent généralement des personnages de beaufs, Clavier, à l'image de Lhermitte, joue souvent les séducteurs. Dans Les Bronzés, il incarne un médecin prétentieux, limite exhibitionniste, désireux de passer ses vacances au club dans le but de vivre quelques relations, et qui sait, peut-être, de rencontrer la femme de sa vie. Souvent, sa séduction est poussée jusqu'au ringardisme le plus total. Ainsi, dans ce même film, on le découvre récitant un poème de Saint John Perse, les fesses à l'air, avant de déguerpir fissa, en prétextant être attaqué par « une bête ». Notons au passage, lors de cette séquence, un jeu des plus hystériques, qui n'est pas sans évoquer le futur Jacquouille/Jacquart des années 90. A l'instar des grands comiques, Christian Clavier travaille donc SON personnage de films en films, et ce, jusqu'à atteindre la perfection ultime. Mais il est acteur avant tout et ne résiste donc pas à s'orienter peu à peu vers l'émotion. Son personnage de travesti dans Le Père Noël est une ordure, bien que caricatural et en conséquence très drôle, se révèle tout aussi touchant, de par sa dépression et son désespoir. D'ailleurs, dans la pièce, il met lui-même fin à ses jours, avant d'être charcuté par l'odieux Félix. Jean-Marie Poiré, réalisateur du film, conservera cette idée de dramatiser le personnage, notamment dans un plan où on le voit retirer sa perruque et la jeter violemment, les yeux emplis de larmes.

 

 


 
L'envol en solitaire (ou presque)
 
Au milieu des années 80, l'équipe du Splendid atteint son apogée. Papy fait de la résistance, version cinéma, réunit plus de quatre millions de spectateurs. Mais à présent, chacun désire prendre sa carrière en main et découvrir de nouveaux horizons. Clavier est d'ailleurs l'un des premiers à tenir le haut de l'affiche d'un film en solitaire. Ce sera pour Je vais craquer de François Leterrier, dans lequel il joue un rôle plutôt calme et posé. L'entente avec le cinéaste se passe d'ailleurs très positivement, si bien qu'ils se retrouvent un an plus tard pour Les Babas cool (également connu sous le titre Quand tu seras débloqué, fais moi signe !), ainsi qu'en 1984 pour Tranches de vie, long-métrage à sketchs où le comédien n'obtient qu'un personnage secondaire, à l'instar de tous ses camarades réunis pour cette même occasion. Professionnel sur-actif, Christian Clavier continue également à écrire. Il signe notamment le script d'un très grand succès populaire, La vie dissolue de Gérard Floque, mis en scène par Georges Lautner, avec Roland Giraud, Clémentine Célarié, Jacqueline Maillan et Gérard Rinaldi. Clavier y fait une petite apparition, tout comme dans un autre triomphe, réalisé cette fois-ci par Didier Kaminka, Les Cigognes n'en font qu'à leur tête, en 1989. Mais c'est avec Jean-Marie Poiré que le comédien trouve une véritable complémentarité. Ils se connaissent parfaitement et partagent les mêmes délires. Après l'adaptation du Père Noël est une ordure et de Papy fait de la résistance, les deux hommes se lancent donc dans une comédie d'action originale, agrémentée d'une satire politique sur l'ancienne URSS. Le film s'intitule alors Twist again à Moscou. L'humour y est parfaitement efficace, mais la mise en scène de Poiré apparaît quant à elle dépassée, y compris à l'époque, avec un rythme plus ou moins bancal. L'oeuvre aurait ainsi très bien pu sombrer dans l'oubli le plus total s'il n'y avait pas eu la présence de Philippe Noiret, de Bernard Blier ou bien encore de Jacques François à l'affiche de cette comédie sans grande prétention et finalement à peine divertissante. Le duo Clavier/Poiré ne désespère pas pour autant et poursuit sa collaboration d'arrache-pied.
 
Précisons que Jean-Marie était l'un des fils du célèbre et puissant producteur Alain Poiré. Ce dernier l'aida donc en toute logique dans le financement de ses différents longs-métrages. Jusqu'à une ultime embrouille. Leur dernier film en commun sera donc Mes meilleurs copains, considéré au passage comme la plus grande réussite de Jean-Marie Poiré en tant que cinéaste. A juste titre d'ailleurs. Mais le public, lors de sa sortie, en jugea autrement. Et le long-métrage est un échec retentissant. Dès lors, Alain ne produira plus jamais un film de Jean-Marie. Dommage. Car cette histoire de potes qui se réunissent le temps d'un week end, se rappelant de bons souvenirs tout en en fabriquant de nouveaux, est une pure merveille d'humour et d'émotion. Quelques années plus tard, Marc Esposito s'en inspirera lourdement pour Le coeur des hommes, 1 et 2. Remis de ce non-succès, Clavier et Poiré décident une fois encore de repartir dans la comédie pure, en étudiant finement la mouvance américaine. Il est vrai qu'en ce début des années 90, le cinéma venant d'outre-Atlantique occupe sur notre territoire une place de tout premier ordre. Les films à très grand spectacle et aux effets virtuels généralement novateurs révolutionnent le marché. C'est l'époque de Terminator 2, The Mask ou Jurassic Park. En conséquence, le cinéma français connaît une véritable agonie. Les stars des années 70/80 vieillissent et ont perdu leur public depuis fort longtemps. Ainsi donc, les Pierre Richard, Jean Lefèbvre, Aldo Maccione et autre Pierre Tornade se réfugient au théâtre, ainsi qu'à la télévision, où ils connaissent une seconde carrière assez agréable. Quoi qu'il en soit, la production française a besoin de se renouveler. Clavier et Poiré participent pleinement à cette relance. S'inspirant du « modèle » américain, les deux compères écrivent une série d'histoires toutes aussi rocambolesques les unes que les autres, faites de cascades, d'explosions, de fusillades et d'effets spéciaux. Voilà comment naissent L'Opération Corned Beef, Les Visiteurs, et Les Anges Gardiens. Chaque long-métrage est un réel succès, désormais produit par le chanceux Alain Terzian. 1 475 580 entrées pour le premier en 1991, 13 782 853 pour le second en 1993, et enfin 5 735 300 pour le dernier en 1995. La « formule » marche à plein régime. Pour disparaître tout aussi vite. En 1998, la suite des Visiteurs attire presque deux fois moins de spectateurs et on ne parle pas du troisième volet/remake, avec à peine un million d'entrées sur le seul territoire français. Un véritable échec. Les deux hommes se remettent en question et se séparent pour un nouvel envol. Rien n'est jamais acquis. Et tout est encore possible. En 1990, alors que la comédie française était au point mort, ils redonnèrent aux spectateurs l'envie de rire. Avant, il n'y avait plus rien ou presque. Mais au milieu des années 90, après l'immense succès des Visiteurs, de nombreuses productions virent enfin le jour, telles que Les Trois Frères, Gazon Maudit, Un Indien dans la ville, Grosse Fatigue ou bien encore Pédale Douce. Aujourd'hui encore, la cadence est loin de ralentir. Sans eux, il est certain que le paysage cinématographique eut été bien différent... Et ils n'ont pas dit leur dernier mot, surtout Christian.

 

Les Couloirs du temps - Les Visiteurs 2 de Jean-Marie Poiré
 
L'art du renouvellement
 
L'acteur ne manque pas de ressource. Ni même de culot. Ainsi, il part très vite dans tous les sens, non sans y réfléchir à deux fois. Ils travaillent donc aussi bien avec des auteurs confirmés, spécialistes de la comédie « made in France », comme Gérard Oury (La soif de l'or), Hervé Palud (Albert est méchant) ou bien encore Alain Berbérian (L'Enquête Corse), qu'avec la « famille ». Il accepte par exemple de tenir le rôle principal d'un scénario écrit par Marie-Anne Chazel, son épouse à l'époque, intitulé La Vengeance d'une blonde, dans lequel le couple semble régler ses comptes, puis d'être dirigé par son frère, Stéphane de son prénom, célèbre metteur en scène de télévision. Lovely Rita mérite d'ailleurs une attention toute particulière. Comédie réunissant quelques vieux de la vieille, de Pierre Mondy à Eddy Mitchell, en passant par Marthe Villalonga et Jean-Claude Dreyfus, elle n'en est pas moins travaillée, chose devenue extrêmement rare de nos jours. Malgré une fin pour le moins bâclée car beaucoup trop extravagante, la mise en scène du film se révèle extrêmement originale, avec une ambiance plutôt sombre digne des plus grands polars et des idées de cadres mais aussi de montage assez délirantes (flash-back, multicadres, etc...). A redécouvrir. En fait, le comédien aime les paris fous, et interpréter le rôle d'Astérix sur grand écran en est un. Avec Astérix et Obélix contre César, il réalise certainement l'un des enjeux les plus importants de sa longue carrière (Louis de Funès, son idole de toujours, rêvait lui aussi d'un tel rôle). Malgré des critiques virulentes, Christian Clavier propose une composition tout à fait crédible, certes plus ou moins fidèle au personnage créé par Goscinny et Uderzo. L'esprit, en tout cas, reste sauf, même si l'acteur impose sa vision et son style de jeu. Il est vrai qu'Astérix ne devrait pas apparaître aussi hystérique, mais cela apporte une certaine pêche au personnage et accentue en même temps son rôle de meneur face au mastodonte Obélix. Clavier peut, pour cela, remercier Claude Zidi de lui avoir laissé une aussi grande liberté, chose que ne fera pas Alain Chabat dans le second volet, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. Une aberration totale, surtout lorsque l'on découvre Jamel Debbouze et Edouard Baer exécuter leur shows habituels. Les détracteurs applaudissent, les fans pleurent. Passons. Le film est une belle réussite et un immense succès (plus de 14 millions d'entrées). Pour autant, Clavier refuse d'incarner une troisième fois le petit Gaulois teigneux. Sans se désintéresser de la comédie populaire, bien au contraire. Il est d'ailleurs une fois de plus à l'origine de nombreux projets, comme celui de donner une nouvelle suite aux Bronzés, vingt-sept ans plus tard, ou de lancer le remake d'un célèbre film tourné au début des années 50, L'Auberge rouge, avec Fernandel.
 
Parallèlement, Christian Clavier s'assagit. L'envie de faire le clown demeure, mais ses désirs de jouer ne sont pas totalement assouvis. Ainsi, son ami Gérard Depardieu le convainc tout d'abord de lui donner la réplique dans une nouvelle adaptation télévisuelle des Misérables, d'après Victor Hugo, histoire de s'échauffer quelque peu. Car ceci n'est qu'une mise en bouche. L'ex-Cyrano prépare un coup. Il refuse d'incarner Napoléon, en faveur de Christian, jurant qu'il serait l'interprète idéal. En effet, sous la direction d'Yves Simoneau, Clavier excelle littéralement. Dans ce téléfilm de plus de 400 minutes, il porte le personnage à un niveau d'humanité jamais égalé. Sa performance est gigantesque, à l'image de la reconstitution historique. La plupart des critiques sont d'ailleurs unanimes. L'acteur démontre un vrai talent dramatique que peu de gens soupçonnaient jusqu'à présent. De même, ses derniers choix cinématographiques ont eu tendance à le confirmer. Dans Le prix à payer d'Alexandra Leclère, il donne à son personnage une émotion des plus touchantes, jouant les amoureux transis à cinquante ans passés, et ce, face à une femme qui ne l'aime plus. La Sainte Victoire lui offre enfin la possibilité de jouer un rôle plus sérieux encore, celui d'un politicien austère et intègre en pleine ascension mais qui finit par se perdre dans la folie du Pouvoir. Une composition juste, simplement remarquable.
 
Aujourd'hui, le comédien continue de développer son énergie au profit d'un éclectisme détonnant. Il s'apprête ainsi à retrouver son vieux complice Jean-Marie Poiré pour une comédie familiale intitulée Des parents formidables, avant de rejouer un texte de Molière dans Le Bourgeois Gentilhomme (nouvelle adaptation télévisuelle signée Christian de Chalonge après le succès il y a un an du Malade Imaginaire). Parallèlement, Christian Clavier triomphe encore et toujours au Théâtre de la Porte Saint-Martin dans La Cage aux folles aux côtés de Didier Bourdon, d'après la pièce écrite par Jean Poiret. Toujours là où on ne l'attend pas, l'acteur n'a pas fini de nous étonner, et ses projets de se multiplier...
 
 
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