Né le 6 mai 1952, Christian Clavier demeure l'une des figures incontournables de notre patrimoine cinématographique. Il a participé à de nombreux films aujourd'hui cultes (beaucoup trop pour être cités ici) et il l'est l'un des rares en France à avoir joué dans trois longs-métrages ayant dépassé les dix millions d'entrées (Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Les Visiteurs et Les Bronzés 3, Amis pour la vie, respectivement 14, 13 et 10 millions de spectateurs cumulés). A l'heure où l'on ne parle plus que de Dany Boon, (beaucoup considèrent même Bienvenue chez les Ch'tis comme l'une de leurs comédies favorites, si l'on en croit certains sondages), l'actualité nous rappelle que l'ex-membre du Splendid poursuit sa carrière avec une réelle passion et un talent qui lui est définitivement propre. Cette semaine, en effet, sort sur nos écrans La Sainte Victoire, dans lequel Christian Clavier confirme son aspiration à des rôles plus sérieux et où il donne notamment la réplique à Clovis Cornillac, sous la direction de François Favrat. L'occasion de revenir sur un parcours certes fait de hauts et de bas mais toujours exemplaire.
La splendide équipe
Tout le monde connaît l'histoire. Christian Clavier, Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot et Michel Blanc se sont rencontrés sur les bancs du lycée Pasteur, à Neuilly. Là, ils décident de prendre des cours, sous l'autorité de Tsilla Chelton, avant de monter leur propre troupe, l'équipe du Splendid. Marie-Anne Chazel, Bruno Moynot, Valérie Mairesse puis Josiane Balasko les rejoignent très vite. Parallèlement, ils côtoient la troupe du Café de la Gare, constituée alors de Coluche, Miou-Miou, Henri Guybet et Patrick Dewaere. Ils écrivent quelques pièces, dont la plupart connaissent de très bons retours. A commencer par Amour, coquillages et crustacés, devenu Les Bronzés au cinéma. Suivront ensuite Le Père Noël est une ordure, puis Papy fait de la résistance, créées par Clavier et Martin Lamotte seulement. Toutes ont d'ailleurs droit à une adaptation cinématographique. Alors que Blanc et Jugnot composent généralement des personnages de beaufs, Clavier, à l'image de Lhermitte, joue souvent les séducteurs. Dans Les Bronzés, il incarne un médecin prétentieux, limite exhibitionniste, désireux de passer ses vacances au club dans le but de vivre quelques relations, et qui sait, peut-être, de rencontrer la femme de sa vie. Souvent, sa séduction est poussée jusqu'au ringardisme le plus total. Ainsi, dans ce même film, on le découvre récitant un poème de Saint John Perse, les fesses à l'air, avant de déguerpir fissa, en prétextant être attaqué par « une bête ». Notons au passage, lors de cette séquence, un jeu des plus hystériques, qui n'est pas sans évoquer le futur Jacquouille/Jacquart des années 90. A l'instar des grands comiques, Christian Clavier travaille donc SON personnage de films en films, et ce, jusqu'à atteindre la perfection ultime. Mais il est acteur avant tout et ne résiste donc pas à s'orienter peu à peu vers l'émotion. Son personnage de travesti dans Le Père Noël est une ordure, bien que caricatural et en conséquence très drôle, se révèle tout aussi touchant, de par sa dépression et son désespoir. D'ailleurs, dans la pièce, il met lui-même fin à ses jours, avant d'être charcuté par l'odieux Félix. Jean-Marie Poiré, réalisateur du film, conservera cette idée de dramatiser le personnage, notamment dans un plan où on le voit retirer sa perruque et la jeter violemment, les yeux emplis de larmes.
L'envol en solitaire (ou presque)
Au milieu des années 80, l'équipe du Splendid atteint son apogée. Papy fait de la résistance, version cinéma, réunit plus de quatre millions de spectateurs. Mais à présent, chacun désire prendre sa carrière en main et découvrir de nouveaux horizons. Clavier est d'ailleurs l'un des premiers à tenir le haut de l'affiche d'un film en solitaire. Ce sera pour Je vais craquer de François Leterrier, dans lequel il joue un rôle plutôt calme et posé. L'entente avec le cinéaste se passe d'ailleurs très positivement, si bien qu'ils se retrouvent un an plus tard pour Les Babas cool (également connu sous le titre Quand tu seras débloqué, fais moi signe !), ainsi qu'en 1984 pour Tranches de vie, long-métrage à sketchs où le comédien n'obtient qu'un personnage secondaire, à l'instar de tous ses camarades réunis pour cette même occasion. Professionnel sur-actif, Christian Clavier continue également à écrire. Il signe notamment le script d'un très grand succès populaire, La vie dissolue de Gérard Floque, mis en scène par Georges Lautner, avec Roland Giraud, Clémentine Célarié, Jacqueline Maillan et Gérard Rinaldi. Clavier y fait une petite apparition, tout comme dans un autre triomphe, réalisé cette fois-ci par Didier Kaminka, Les Cigognes n'en font qu'à leur tête, en 1989. Mais c'est avec Jean-Marie Poiré que le comédien trouve une véritable complémentarité. Ils se connaissent parfaitement et partagent les mêmes délires. Après l'adaptation du Père Noël est une ordure et de Papy fait de la résistance, les deux hommes se lancent donc dans une comédie d'action originale, agrémentée d'une satire politique sur l'ancienne URSS. Le film s'intitule alors Twist again à Moscou. L'humour y est parfaitement efficace, mais la mise en scène de Poiré apparaît quant à elle dépassée, y compris à l'époque, avec un rythme plus ou moins bancal. L'oeuvre aurait ainsi très bien pu sombrer dans l'oubli le plus total s'il n'y avait pas eu la présence de Philippe Noiret, de Bernard Blier ou bien encore de Jacques François à l'affiche de cette comédie sans grande prétention et finalement à peine divertissante. Le duo Clavier/Poiré ne désespère pas pour autant et poursuit sa collaboration d'arrache-pied.
Précisons que Jean-Marie était l'un des fils du célèbre et puissant producteur Alain Poiré. Ce dernier l'aida donc en toute logique dans le financement de ses différents longs-métrages. Jusqu'à une ultime embrouille. Leur dernier film en commun sera donc Mes meilleurs copains, considéré au passage comme la plus grande réussite de Jean-Marie Poiré en tant que cinéaste. A juste titre d'ailleurs. Mais le public, lors de sa sortie, en jugea autrement. Et le long-métrage est un échec retentissant. Dès lors, Alain ne produira plus jamais un film de Jean-Marie. Dommage. Car cette histoire de potes qui se réunissent le temps d'un week end, se rappelant de bons souvenirs tout en en fabriquant de nouveaux, est une pure merveille d'humour et d'émotion. Quelques années plus tard, Marc Esposito s'en inspirera lourdement pour Le coeur des hommes, 1 et 2. Remis de ce non-succès, Clavier et Poiré décident une fois encore de repartir dans la comédie pure, en étudiant finement la mouvance américaine. Il est vrai qu'en ce début des années 90, le cinéma venant d'outre-Atlantique occupe sur notre territoire une place de tout premier ordre. Les films à très grand spectacle et aux effets virtuels généralement novateurs révolutionnent le marché. C'est l'époque de Terminator 2, The Mask ou Jurassic Park. En conséquence, le cinéma français connaît une véritable agonie. Les stars des années 70/80 vieillissent et ont perdu leur public depuis fort longtemps. Ainsi donc, les Pierre Richard, Jean Lefèbvre, Aldo Maccione et autre Pierre Tornade se réfugient au théâtre, ainsi qu'à la télévision, où ils connaissent une seconde carrière assez agréable. Quoi qu'il en soit, la production française a besoin de se renouveler. Clavier et Poiré participent pleinement à cette relance. S'inspirant du « modèle » américain, les deux compères écrivent une série d'histoires toutes aussi rocambolesques les unes que les autres, faites de cascades, d'explosions, de fusillades et d'effets spéciaux. Voilà comment naissent L'Opération Corned Beef, Les Visiteurs, et Les Anges Gardiens. Chaque long-métrage est un réel succès, désormais produit par le chanceux Alain Terzian. 1 475 580 entrées pour le premier en 1991, 13 782 853 pour le second en 1993, et enfin 5 735 300 pour le dernier en 1995. La « formule » marche à plein régime. Pour disparaître tout aussi vite. En 1998, la suite des Visiteurs attire presque deux fois moins de spectateurs et on ne parle pas du troisième volet/remake, avec à peine un million d'entrées sur le seul territoire français. Un véritable échec. Les deux hommes se remettent en question et se séparent pour un nouvel envol. Rien n'est jamais acquis. Et tout est encore possible. En 1990, alors que la comédie française était au point mort, ils redonnèrent aux spectateurs l'envie de rire. Avant, il n'y avait plus rien ou presque. Mais au milieu des années 90, après l'immense succès des Visiteurs, de nombreuses productions virent enfin le jour, telles que Les Trois Frères, Gazon Maudit, Un Indien dans la ville, Grosse Fatigue ou bien encore Pédale Douce. Aujourd'hui encore, la cadence est loin de ralentir. Sans eux, il est certain que le paysage cinématographique eut été bien différent... Et ils n'ont pas dit leur dernier mot, surtout Christian.


