Avant Inception, retour sur le parcours (sans faute) de Christopher Nolan : Following, Memento, Insomnia, Batman Begins, The Prestige, The Dark Knight...

Par - publié le 18 juin 2010 à 08h30 ,
MAJ le 18 juin 2010 à 09h46 - 0 commentaire(s)
Avant Inception, retour sur le parcours (sans faute) de Christopher Nolan : Following, Memento, Insomnia, Batman Begins, The Prestige, The Dark Knight... Qui dit mieux ?

 

 

 

 

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FOLLOWING, LE SUIVEUR
Né en 1970, Christopher Nolan commence à réaliser avec la caméra 8mm de son père. Tarantella, son premier court métrage, tourné en 8mm, est diffusé aux Etats-Unis sur la chaîne PBS alors qu'il est étudiant en lettres à l'Université de Londres. Après avoir enchaîné les courts-métrages en 16 mm, il finit par réaliser Following où il annonce ses thèmes de prédilection: l'illusion, la quête identitaire, la dualité, l'ambivalence. Avec les moyens du bord et des inconnus, Nolan y raconte le parcours d'un romancier qui file des inconnus jusqu'au jour où l'un d'eux, cambrioleur professionnel, l'entraîne dans ses combines. Cet exercice de style où les codes du polar (voyeurisme, manipulation, frontière entre bien et mal, femme fatale...) sont dynamités annonçait la naissance d'un des cinéastes les plus passionnants de la prochaine décennie.

 

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MEMENTO

Christopher Nolan réalise deux ans plus tard une version longue de Following avec Memento («souviens-toi» en latin) en creusant le même genre (le film noir) et en racontant une nouvelle quête identitaire : celle de Leonard Shelby, un homme socialement inadapté et souffrant d'affres mnémoniques. Pour ne jamais perdre son objectif de vue, ce dernier a structuré sa vie à l'aide de fiches, de notes, de photos, de tatouages sur le corps. C'est ce qui l'aide à garder contact avec sa mission, à retenir les informations et à garder une trace, une notion de l'espace et du temps. L'atout, c'est un montage à rebours (on commence par la fin et on finit par le début, ou presque), et donc une narration minutée à la seconde près, qui resserre une à une les mailles distendues de son énigme. Les scènes en noir et blanc marquent le présent tandis que celles, en couleur, doivent se voir comme des flash-back. En littérature, on a déjà vu ça dans Betrayal, de Harold Pinter ou encore La flèche du temps, de Martin Amis, où l'on suit la vie d'un homme du dernier à son premier souffle. Au cinéma, cette astuce est plus rare. Gaspar Noé avoue s'en être inspiré pour raconter Irréversible à l'envers. Autrement, l'utilisation de la voix-off permet de travailler la subjectivité et la notion de point de vue : lors d'une course-poursuite où il pense être le prédateur, Shelby se rend compte qu'il est en réalité la proie. Autrement, Nolan annonce déjà un sens incroyable du casting en confiant un rôle culte à Guy Pearce - à l'origine, ce devait être Brad Pitt - et en recrutant dans son univers deux acteurs vus dans Matrix des frères Wachowski (Carrie-Ann Moss et Joe Pantolano).

 

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INSOMNIA
Insomnia, c'est le remake américain d'un thriller européen réalisé par le norvégien Erik Skjoldbjaerg et le premier film Hollywoodien de Christopher Nolan qui conserve le meilleur de l'original (l'ambiguïté morale des caractères) pour y greffer sa sensibilité. Comme chez les frères Coen (Fargo) et Sam Raimi (Un plan simple), la résolution de l'intrigue (le whodunit) n'est pas l'attrait majeur du récit. Ce qui est intéressant, c'est de voir comment les personnages vont s'y prendre pour modifier la vérité en bouleversant le manichéisme des figures imposées (l'héroïsme du flic vertueux et la condamnation immédiate du tueur). Par-dessus tout, la force vient de l'utilisation du lieu : l'Alaska, royaume du doute avec son soleil de midi, ses secrets jamais cachés ni révélés. Il suffit à n'importe quel personnage de dire une phrase de trop (Maura Tierney qui balance à demi-mot qu'elle s'est réfugiée là-bas pour fuir ce qu'elle a été avant) pour qu'il gagne en ambiguïté. Le traitement classique a rassuré les plus sceptiques qui ne voyaient en Nolan qu'un petit malin.

 

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BATMAN BEGINS
Aux commandes d'un block-buster de 150 millions de dollars, Christopher Nolan fait renaître de ses cendres le héros crée par Bob Kane et enterré huit ans plus tôt par Joel Schumacher (Batman et Robin). Pour cela, il revient aux origines du mythe en s'inspirant de Batman: Year One, comic-book de David Mazzucchelli et Frank Miller et en continuant à travailler la narration morcelée (la vision subjective d'un personnage et la réalité objective), le mélange des genres (film d'espionnage des années 70, parabole contemporaine sur l'obsession sécuritaire des Etats-Unis), les obsessions personnelles et les thématiques sombres (le conflit entre le bien et le mal, l'incarnation paranoïaque du mal, la tension horrifique). Nolan entraîne dans un univers où la mélancolie et les contradictions psychologiques cherchent de jolies noises aux lois de l' entertainment. 

 

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THE PRESTIGE

A la manière de Inception, The Prestige ressemble à une pause entre deux épisodes de Batman. Des "petits films" en apparence qui bénéficient pourtant de moyens considérables. Cette parabole féroce sur l'ambition et le pouvoir, dans laquelle on retrouve le duo de Batman Begins (Christian Bale et Michael Caine), a souvent été comparée à Usual Suspects pour son coup de théâtre final et sa capacité à surprendre au détour de chaque plan. En réalité, cette adaptation du roman de Christopher Priest tient plus de L'arnaque, de George Roy Hill en fonctionnant comme un tour de magie. Un trompe-l'oeil, aussi manipulateur que ses personnages, qui gagne à être vu à répétition. La relation entre les deux meilleurs amis devenus pires ennemis (Christian Bale et Hugh Jackman) s'exprime dans l'univers presque rassurant de la prestidigitation. Comme toujours, Christopher Nolan gratte le vernis des apparences et laisse les personnages repousser les limites de la magie et de l'illusion au détriment de leur humanité. Il faut bien entendu y voir un sous-texte : la magie étant au même niveau que le cinéma. Cerise sur le gateau : la présence de Michael Caine qui renvoie au Limier (Joseph L. Mankiewicz, 1972).  

 

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THE DARK KNIGHT

Malgré sa dimension industrielle (un grand film de studio Hollywoodien produit par Warner), The Dark Knight trahit à chaque plan l'identité de son auteur et surtout son état d'esprit. Cohérence dans l'univers de Batman mais aussi dans le parcours du réalisateur. Nolan a un sens du rythme consommé et sait ménager les respirations aussi bien que les temps forts sans jamais fatiguer. Même si le récit repose sur la déliquescence tragique de Harvey Dent/Double Face (Aaron Eckhart), Heath Ledger, à qui le film est naturellement dédié, délivre une prestation monstrueuse et hallucinante en Joker et respecte le caractère ludique de son personnage. L'ambivalence psychologique des autres protagonistes (tous plus ou moins atteints de schizophrénie et remarquablement interprétés par des pointures) s'accorde avec la spirale événementielle tendue, elle-même reflet de la déréliction qui sert de matière première au film. Si Batman Begins revenait aux sources et aux traumatismes d'un super-héros neurasténique, The Dark Knight propose une plongée intense et délétère dans Gotham, ville gouvernée par la peur et gangrenée par l'insécurité, à travers différents milieux (la police, la pègre). Les ombres de cinéastes comme Don Siegel et Michael Mann planent sur le récit et donnent une puissance supplémentaire aux images crépusculaires. A la fois hommage aux grands thrillers paranoïaques des années 70, réflexion sur le pouvoir et immense film de super-héros (peut-être le meilleur ?), The Dark Knight n'est rien de moins qu'un authentique chef-d'œuvre.


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